Varsovie

POLLUTION- Pourquoi tant de smog cet hiver ?

Ceux qui ont passé leur premier hiver en Pologne ont pu être surpris par l'importance de la pollution de l'air. Masques anti-pollution en ruptures de stock, concentrations extrêmement élevées de particules dans l'atmosphère, informations en continu sur le sujet... Lepetitjournal.com/Varsovie revient sur cet épisode et s'intéresse aux causes de cette pollution, à son évolution ainsi qu'à ses possibles solutions.

Retour sur un hiver polonais bien pollué

Certaines écoles ont dû fermer, plusieurs magasins se sont retrouvés à court de masques de protection dans la capitale… Et pour cause, l’hiver dernier a été marqué par une importante formation de "smog", contraction des mots anglais smoke ("fumée) et fog ("brouillard"), qui désigne une épaisse brume provenant de polluants atmosphériques. Cela peut s'expliquer par plusieurs raisons météorologiques telles que l’absence de vent qui empêche l'air de se régénérer et une vague de froid sur le pays. Mais la forte pollution liée à la dépendance au charbon de la Pologne est également à l’origine de ce phénomène.

La dangerosité du " smog" tient au fait qu'il contient des particules fines en suspension extrêmement polluantes et nocives pour la santé, notamment les particules PM 10, dont des taux record ont été reportés en Pologne cet hiver. Ainsi, sur les 180 stations qui mesurent la pollution atmosphérique dans le pays, les pires résultats ont été enregistrés dans une ville au sud de la Pologne, Brzeszcze,le 26 janvier dernier. Ce jour-là, la concentration de particules PM 10 dépasse de 854% le seuil maximum quotidien de 50 microgrammes par mètre cube préconisé par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Les standards polonais requièrent qu’une concentration excessive de particules PM 10 ne dépasse pas les 35 jours par an. Or, selon les informations de l'organisation "Polska Zielona Sieć" (littéralement "Réseau Vert Polonais"), ce maximum annuel a été dépassé dans 16 villes polonaises dès la mi-février. Dans certaines parties de Varsovie, l'indice de qualité de l'air (qui mesure les niveaux de polluants nocifs tels que le monoxyde de carbone), a enregistré un taux de 176, en sachant que le seuil à partir duquel la pollution est considérée comme très élevée est 100. En comparaison, la moyenne était de 196 pour Pekin le même jour!

Cracovie, une des villes les plus polluées d'Europe

Cracovie est une des villes les plus touchées du pays, et du continent. Cela s’explique notamment par sa situation géographique puisqu'elle est nichée au cœur d'une vallée et entourée de collines, ce qui empêche les particules polluantes de se disperser. L’OMS la place à 8ème position sur 574 villes pour son niveau de PM 2,5 (autre type de particule polluante). Dans son classement de 2014 de la qualité d'air dans les 100 plus grandes villes européennes, l'association "Respire" la place à la 95e place et Varsovie à la 88e. En comparaison, Paris et Marseille sont respectivement à la 84e et 94e place. Aneta, étudiante à Cracovie nous confie que cet hiver : "la visibilité était limitée, quand vous regardiez par la fenêtre vous voyiez comme une brume dense. Mes vêtements et mes cheveux se mettaient à sentir la fumée au bout de quelques minutes dehors, comme celle lorsqu'on fait un feu. C'était vraiment une odeur forte".

 

 

© Céline Decupper  

Un hiver pire que les années précédentes ?

Cependant, si les chiffres paraissent inquiétants, plusieurs organisations insistent sur le fait que le degré de pollution de cet hiver n’était pas plus important que celui des années précédentes. La seule différence serait un traitement médiatique plus conséquent, voire alarmiste à ce sujet. Pour le président de la Fondation "Nasza Ziemia" ("Fondation Notre Terre"), Sławek Brzózek : "Il y a eu un intérêt particulier de la part des médias cet hiver concernant la pollution de l'air, ils ne faisaient qu'en parler. C'est lié au contexte politique, les médias ont été encouragés à aborder davantage ce problème, dont le gouvernement doit s'occuper. Ce n'était pas le cas les années précédentes alors que le smog était tout aussi présent. Je dirais même que cet hiver la qualité de l'air était légèrement meilleure et elle est en train de s'améliorer dans tout le pays". Au-delà des médias, il insiste également sur le fait que la sensibilisation autour de ce sujet était plus forte cette année: «Avant, la pollution de l'air n'était pas considérée comme un problème sérieux à régler ; il y a quatre ans, les Organisations Non Gouvernementales n'avaient pas autant de connaissances et de compétences sur le sujet. Cette année, c'était parfaitement préparé, nous avions un réseau de 300 ONG qui pouvaient mesurer la pollution et alarmer la population." Un avis que rejoint Magdalena Kozłowska qui travaille pour l'association "Krakow Smog Alert" : "L'hiver de 2012 n'a pas été vraiment différent par rapport à celui de cette année. Mais à cette époque la sensibilisation des gens était moins importante. Il aura fallu quatre ans voire plus pour faire naître cette prise de conscience."

Un problème de santé publique en Pologne

Les rapports et les classements en tout genre sont sans appel pour ranger les villes polonaises parmi les plus polluées en Europe et dans le monde. Selon Sławek Brzózek, sur les 10 premières villes européennes les plus polluées, 7 sont polonaises tandis qu'un récent classement de l'OMS indique que 33 des 50 villes les plus polluées en Europe sont polonaises également. L'Agence européenne pour l’environnement (AEE) estime quant à elle que plus de 97% des Polonais respirent de l’air potentiellement dangereux pour leur santé. Une étude de la même agence publiée en 2016 démontre que la pollution atmosphérique est la cause de près de 50.000 décès prématurés par an en Pologne, un pays de 38 millions d'habitants. Le coût de ce fléau public est estimé à 3 milliards de zlotys par an (équivalent de 710 millions d'euros) pour faire face aux maladies causées par cette pollution. Le smog rend en effet plus sensible aux allergies, aux infections et autres maladies respiratoires et cardiovasculaires selon les médecins. Il aurait également un effet négatif voire déprimant sur le moral des personnes.

© Eloise Robert 

Le charbon, principal (mais pas unique) responsable de cette pollution atmosphérique

La principale cause de ce problème est le charbon, contenant des particules de métal lourd et dont la combustion est à l'origine de 81% de la production énergétique de la Pologne en 2015. Cette dernière est d’ailleurs régulièrement l'objet de remontrances en provenance de l’Union européenne, qui lui reproche l’usage trop important qu’elle fait de cette énergie fossile, émettant des taux très élevés de CO2. Les ménages polonais ont également leur part de responsabilité, dans le cadre du chauffage, comme le rappelle Magdalena Kozłowska : "Ce ne sont pas les plus grandes villes qui ont les problèmes de pollution atmosphérique les plus importants mais les villes moyennes et petites. Cela montre que la question de la pollution est aussi liée au système de chauffage puisque les gens utilisent du charbon, du bois et parfois même des déchets. C'est ça, le problème!"

Mais faire reculer la part du charbon dans les énergies produites en Pologne reste un sujet très sensible dans le pays, notamment du fait de l'importance de ses mines industrielles, parmi les plus grandes d'Europe (pas moins de 100 000 emplois) et son faible coût de combustion pour les ménages. L'actuel gouvernement de la Première ministre Beata Szydlo, elle-même fille de mineur, voit dans le charbon une garantie de la sécurité énergétique du pays. Gérard Bourland, directeur général de Veolia Pologne déclarait à lepetitjournal.com/Varsovie il y a deux ans : " Penser que la Pologne peut se passer de charbon est illusoire. […] Ses enjeux économiques sont colossaux.". (Vous pouvez relire son interview en cliquant ici). Sławek Brzózek concède que le changement portant sur le charbon est compliqué d'un point de vue politique, à cause des répercussions qu’il entraînerait pour les mineurs et leurs familles mais qu'il faut "améliorer la qualité du charbon, qui doit être la première étape pour ensuite passer à d'autres sources d'énergie telles que les énergies renouvelables, que les grandes compagnies incluent de plus en plus dans leur porte folio".

Quelles solutions apporter ?

Début janvier, la Première Ministre Beata Szydło a déclaré que le comité économique du gouvernement allait apporter des mesures spécifiques à ce problème. Le comité a élaboré 14 recommandations, dont un ordre exécutif urgent concernant la qualité des standards pour les combustibles solides. Selon M. Kozłowska : "Ces propositions contiennent des éléments que nous appelons de nos vœux mais c'est un simple communiqué de presse, ça a toujours l'air bien sur le papier ! En revanche les normes sur le charbon que nous demandons ne sont pas encore introduites". Pour cette dernière, une des priorités est en effet d'encadrer le charbon à usage domestique : "Aujourd'hui les gens peuvent acheter et brûler ce qu'ils veulent. Certains produits sont libellés comme du charbon mais contiennent beaucoup de souffre et d'eau. C'est mauvais car il en faut beaucoup pour chauffer et c'est très polluant. Nous voulons que les consommateurs sachent ce qu'ils achètent". Quant à Sławek Brzózek, il considère que ces 14 propositions "encouragent les gouvernements locaux à prendre des lois locales. Au moins 3 ou 4 voïvodies (équivalent des régions en Pologne) ont accepté ce type de lois. "

Au-delà du charbon, ce sont également les poêles à chauffer qui devraient être strictement encadrés selon les organisations. Magdalena Kozłowska explique ainsi que son association plaide pour que tous les poêles en vente atteignent la catégorie 5, c'est à dire la moins polluante : "En 2022, tous les poêles devront atteindre ces normes européennes mais nous voulons que cela soit le cas avant en Pologne. C'est ce que la République Tchèque fait actuellement." Dans tous les cas, elle rappelle que sur le plan local, de réels changements sont en marche afin de s'emparer de ce problème : "Des régulations ont été introduites à Cracovie par exemple où il sera interdit de brûler des combustibles solides à partir de septembre 2019 et tous les poêles devront avoir été changés pour cette date. Cet hiver, le gouvernement a promis d'agir sur ce sujet au niveau national, changement que nous souhaitons tous."

Ce problème n'est cependant pas que politique et économique ; il s'agit aussi de convaincre la population de changer ses habitudes, notamment en terme de chauffage et de consommation d'énergie. Selon Sławek Brzózek : "Convaincre les gens qu'ils devraient agir autrement est la clé car ils ne sont pas conscients qu’ ils se font du mal à eux même, à leurs voisins, à leur vie future ainsi qu'à l'industrie et à l'économie polonaises. Il faut les aider à changer leurs habitudes parce que les personnes pauvres n'ont pas l'argent pour acheter un meilleur charbon, plus coûteux. Cela prendra du temps mais le gouvernement doit commencer à mettre en place des stratégies qui encouragent les personnes en ce sens. Cette année a montré que les premières étapes ont été installées. Espérons qu'elles ne se réduisent pas qu'à cela! L'hiver prochain sera un test. "

Infos pratiques

Si vous voulez suivre en temps réel le niveau de pollution de l'air de votre ville l'hiver prochain, vous pouvez télécharger plusieurs applications spécialisées sur vos portables, telles que : Airvisual, Airmatters ou Plume. En période de pic de pollution, il est conseillé si possible de quitter la ville pour le week-end, et d'éviter d'aérer les pièces. Il est également recommandé de ne pas faire de sport dehors, ainsi que de consulter son médecin en cas de problèmes respiratoires. Utiliser un masque peut être utile mais il faut bien se renseigner au préalable car certains ne sont pas efficaces.

Un grand merci à Sławek Brzózek et Magdalena Kozłowska pour leurs témoignages et explications.

 

Constance H. (lepetitjournal.com/Varsovie) - Mardi 23 mai 2017

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