Francfort

PAROLE D’EXPAT – Veemal : De l’île Maurice à l’Allemagne, il nous raconte son histoire

Veemal Chungoora, chef de projet dans l’industrie pharmaceutique, est arrivé en Allemagne il y a cinq ans suite à une mutation professionnelle. L’expatriation n’est pas une nouveauté pour ce voyageur invétéré : né à l’île Maurice, il a passé sa vie entre la France, la Suisse et son île natale. Néanmoins, c’est en Allemagne, et plus précisément à Francfort qu’il a posé ses valises dernièrement, et c’est ici qu’il compte passer les prochaines années de sa vie. Lepetitjournal.com/francfort est parti à sa rencontre.

(Photo JV lepetitjournal.com/francfort)

Avec son trench et ses longs cheveux, Veemal Chungoora, 37 ans, ne manque pas de style. Et pour cause : celui-ci travaille en tant que chef de projet dans l’industrie pharmaceutique chez Merck. Ce Franco-mauricien, nouvellement papa, habite depuis cinq ans en Allemagne, et il s’y plaît. L’Allemagne lui permet notamment de s’épanouir pleinement dans son rôle de père, grâce aux congés paternité, plus longs en Allemagne qu’en France. Certes, le soleil de son île lui manque parfois, mais il y rentre tous les deux ans afin de retrouver sa famille et ses amis. Veemal n’a également aucune difficulté pour se faire comprendre : en plus du français et du créole mauricien qu’il a appris dès sa plus tendre enfance, ce polyglotte parle parfaitement l’anglais, qu’il pratique au quotidien avec sa femme, Allemande d'origine espagnole, et il a appris l’allemand en un temps record. 

Lepetitjournal.com/francfort : Vous êtes né à l’île Maurice et vous avez grandi là-bas, pourquoi avoir choisi l’Allemagne ? 

Veemal Chungoora : J’ai eu l’occasion d’avoir une bourse du gouvernement français, me permettant de continuer mes études en France. Là-bas, j’ai notamment eu l’occasion d’aller à Nantes et à Montpellier pour mes études. J’ai deux masters : un en bio-informatique, et un en gestion de projet et biotechnologies pharmaceutiques. Ensuite, j’ai directement commencé à travailler en consulting, en gestion de projet à La Seyne-sur-mer. En tant que consultant, j’ai exercé à Lyon de 2006 à 2008, puis à Paris jusqu’en 2010. J’ai aussi eu l’occasion de travailler en Suisse pour la société Merck Serono, dans la biopharmaceutique. Quand celle-ci a fermé ses quartiers généraux en Suisse à Genève, on m’a proposé une mutation à Darmstadt, que j’ai acceptée après mûre réflexion. Je suis donc arrivé en Allemagne fin 2012. 

Donc vous êtes venu en Allemagne uniquement pour des raisons professionnelles ?  

Effectivement, j’aurais bien voulu dire que c’est par amour, mais ce n’est pas le cas ! Entre temps j’ai trouvé l’amour, j’ai une compagne et je suis un heureux papa depuis 6 mois environ. 

La langue allemande vous paraît-elle accessible ?

L’allemand est la première langue étrangère que j’apprends, parce que j’ai grandi avec l’anglais et le français depuis l’âge de 3 ans, donc c’était un peu un challenge l’allemand. D’ailleurs c’est ce qui m’a motivé à venir en Allemagne, quand la société a fermé ses portes en Suisse. J’ai vu ça comme l’occasion d’apprendre une nouvelle langue et de connaître une nouvelle culture. 

Vous dites que chaque pays a ses avantages, mais également ses inconvénients. Qu’en est-il de l’Allemagne selon vous ? 

Les choses sont très structurées en Allemagne, parfois trop. Les Allemands ne sont pas assez flexibles. Prenons l’exemple de l’administration allemande. Parfois, il faut forcer pour se faire comprendre et faire passer un message. La chose qui m’a le plus choqué en Allemagne, c’est le service client, que ce soit dans les restaurants ou ailleurs, je ne le trouve pas terrible. Quand on a connu autre chose, c’est difficile. Je me rappelle d’un ami francophone qui était en terrasse, et qui avait commandé de l’eau plate. On lui ramène une eau pétillante. Il dit au serveur qu’il avait commandé de l’eau plate, et non pétillante. Le serveur lui répond : « non, c’était sur ma fiche, c’est une eau pétillante ». C’est le genre d’expérience qui n’arrive pas à tout le monde, mais c’est vrai que j’ai eu l’occasion de la partager avec d’autres personnes. 

Y-a-t-il des aspects de la France qui vous manquent ?

La gastronomie française ! En Allemagne, ce n’est vraiment pas ça. Le fait de vivre dans une ville internationale comme Francfort me donne la possibilité d’avoir accès à tous types de cuisines : thaï, française, italienne… Mais c’est vrai que des plats comme la blanquette de veau par exemple, me manquent vraiment. Après il est vrai que je cuisine d’avantage des plats mauriciens puisque j’ai grandi à l’île Maurice. Et naturellement, ma famille étalée entre l’île Maurice, l’Angleterre et la France et mes amis me manquent aussi.

Y-a-t-il des choses qui au contraire ne vous manquent pas ? 

Les grèves, il y en a moins en Allemagne. Mais comme ll’Allemagne fait quand même partie de l’Europe, je trouve qu’il y a beaucoup de choses similaires avec la France, c’est pour ça que je ne vois pas forcément de grandes différences.

Vous parlez beaucoup anglais ici en Allemagne, mais avez-vous également l’occasion de parler français ? 

Oui, j’ai pas mal de collègues français ou francophones, donc j’arrive à pratiquer la langue quasiment tous les jours. C’est une chance inouïe. Certains de mes collègues ont été, comme moi, mutés dans l’entreprise. En tant que chef de projet, la langue utilisée reste cependant l’anglais. On travaille dans des équipes réparties dans le monde entier : en Chine, au Japon, en Allemagne évidemment, et aux États-Unis. 

Vous ne devez donc pas vous sentir trop dépaysé !

Pas vraiment ! Enfin parfois si, dans des moments où j’ai besoin de me vider la tête, ou lorsque j’ai besoin de soleil. Mais les voyages m’aident. Je vais parfois dans le sud de la France ou en Espagne, et je rentre tous les deux ans à l’île Maurice. Revoir la famille, retrouver la cuisine de maman, ça fait toujours du bien ! Je me sens quand même chez moi ici en Allemagne.

Qu’est-ce que votre expatriation en Allemagne vous a apporté ?

C’est vraiment bien de connaître une autre culture, ça ouvre l’esprit. Ce n’est pas forcément évident d’apprendre une nouvelle langue, surtout l’allemand, qui est une langue difficile, mais j’ai pu atteindre un niveau intermédiaire en 4 ans, rencontrer des personnes, non seulement grâce à mon emploi, mais également grâce à mon principal hobby, la photographie, qui m’a permis de rencontrer des gens formidables, et notamment d’autres artistes. C’est un échange à la fois culturel et humain. 

Vous parlez de photographie, d’où vous est venue cette passion et qu’est-ce que cela vous apporte ?

La photographie est arrivée en 2011. J’utilisais des appareils compacts comme la plupart des gens et j’ai réalisé que je n’arrivais pas à obtenir le résultat que je voulais. J’ai eu la chance de participer aux activités d'un club photo au sein de l’entreprise, c’est là que j’ai appris les bases de la photographie. Le reste vient avec de la pratique. J'aime faire partager mon travail, puis voir comment les gens le perçoivent. Je suis biologiste, j’aime la biologie. Je fais donc de la macrophotographie. J’adore photographier les insectes, les araignées, j’aime les détails. Je fais aussi des photos de voyages et d’animaux et de la photographie urbaine, forcément à Francfort ! La photographie est un hobby, cela me permet de me déconnecter du travail, de développer une certaine créativité, et de voir autre chose que le quotidien.

En vue du contexte international de menace terroriste, notamment en Angleterre ces temps-ci, où vit votre famille, la photographie vous aide-t-elle à vous évader de la réalité ?

La réalité, elle est là, on ne peut pas l’ignorer. Je suis concentré sur ma famille, le quotidien. Je dois subvenir aux besoins de ma famille, donc continuer à tourner même après les attentats. Après c’est sûr que la photographie me permet de m’échapper aussi et d’apporter ce côté qui me tranquillise quand je suis concentré dessus. Lorsque l’on fait de la photographie, on prépare la photo, on la prend, puis on la développe. Quand je m’étale sur ces trois étapes, cela me permet de m’occuper l’esprit. Mais je ne dirais pas qu’on peut ignorer les attentats. Quand je vois qu’il y a un attentat, j’envoie directement un message à ma famille pour leur demander s’ils vont bien. Nos habitudes changent, on hésite à aller à un concert ou à prendre les transports en commun, mais on ne peut pas s’arrêter de vivre pour autant. 

Pensez-vous rester en Allemagne dans le futur ? 

Pour le moment, oui. En tout cas pour une dizaine d’années, après on verra. L’Allemagne fait partie de l’Europe, et j’ai déjà vécu dans quatre pays jusqu’à maintenant, incluant l’Allemagne. Ensuite ça dépend des opportunités, mais pour l’instant cela se passe bien. Il y a des moments où ça ne va pas du tout, et où j’aimerais retourner en France. Puis, quand ces moments de doutes passent, ça va mieux. Lorsque j’étais en Suisse à Genève, je me sentais vraiment bien aussi mais ça ne bougeait pas suffisamment. Selon moi, la Suisse c’est bien pour la montagne, le ski et les randonnées, mais je pense que Francfort offre plus de possibilités qu’à Genève sur le plan culturel. Et pour l’instant, c’est en Allemagne que je veux élever mon enfant. 

JV (www.lepetitjournal.com/francfort), lundi 19 juin 2017

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