

The Queen of Ireland vient de sortir sur vos écrans et on peut déjà vous dire que vous y verserez votre petite larme.
The Queen of Ireland vient de sortir sur vos écrans et on peut déjà vous dire que vous y verserez votre petite larme
La Môme, Diana, The Queen... les biopics sur les grandes figures féminines du passé ont rencontré leur succès. Queen of Ireland pourrait en être un de plus à la différence qu'on parle ici d'une femme d'aujourd'hui et surtout qu'il s'agit d'un documentaire.
Le choix d'évincer toutes formes de fiction ne nuit en rien à la qualité de la narration, au contraire. Conor Horgan, le réalisateur, alterne savamment entre les scènes de spectacle, les images d'archives, les incrustations issues des réseaux sociaux et les interviews, rythmant ainsi le film jusqu'au dernier plan
Comme souvent, l'histoire commence lors de l'enfance du personnage central. Ici, vous l'aurez compris, il s'agit de Rory O'Neil, petit garçon irlandais sans histoires qui aimait se déguiser. Avec l'adolescence, arrivent les spectacles de drag queen, les voyages, les showssur scène, ? Rory se transforme. Le spectateur découvre un univers de strass, de paillette et de sexe, conforme aux clichés qu'on pourrait avoir. Malgré cela, le récit ne devient jamais superficiel. Via l'interview, Rory O'Neil raconte, se remémore et apporte une lecture plus profonde à toute cette page de son histoire.
Lentement Panti Bliss prend corps, s'affirme et efface Rory. Son maquillage, sa coiffure imposante, ses robes flashy occupent l'espace. Le Rory tranquillement installé dans son pavillon n'a plus qu'à lui faire place.
« Sometimes, I hate you »
Les prises de position de l'héroïne s'affirme en même temps que grimpe sa cote de popularité. Elle se décrit elle-même comme une « militante accidentelle » de la cause gay et transgenre, jusqu'à ce fameux jour à l'Abbey Theater où elle décide de pousser un coup de gueule. Panti Bliss se hisse alors au rang d'icône.
Le film retransmet entièrement le « Noble call » de l'héroïne, véritable appel à la tolérance, une plongée douloureuse dans le quotidien d'un transexuel : « Lorsque vous vous tenez au niveau d'un passage piéton et qu'une voiture de mecs vous dépasse et vous crie 'PD' en vous jetant une brique de lait, ça ne vous blesse pas physiquement, mais on se sent oppressé. L'oppression continue lorsque la voiture est partie parce que je me sens obligée de regarder mon allure pour voir si quelque chose cloche. Et je me déteste de me sentir obligée de faire cela. De même, lorsque des gens très respectables débattent à votre propos à la télé pour savoir si vous avez le droit de vous marier, d'avoir des enfants, on se sent oppressé. Et parfois je vous déteste de me faire subir tout cela ! »
Immédiatement c'est le buzz. La vidéo est visionnée un million de fois sur Youtube. Les tweet de soutien déferlent sur Twitter. Panti est l'invitée d'émissions à fortes audiences. Et c'est tout naturellement que notre héroïne va porter les couleurs du drapeau gay et prôner le mariage pour tous.
Naissance d'une icône
Ellipse. La narration nous propulse directement le jour du référendum. La victoire fait briller les yeux de Panti qui parade, une fleur à la main, entourée d'une foule qui lui répète merci. Des grandes figures politiques l'entourent, les chiffres tombent : 1 201 607 oui, 734 300 non. Le cadreur nous offre là un des plus beaux moments du film, les images sont simples, belles, l'absence de musique laisse toute la place à l'émotion, ce 22 mai 2015, pourtant si proche, devient un moment historique.
Retour sur Rory, le décorchange mais l'émotion dans ses yeux est la même. Il confie : « J'ai donné la vie à Panti, mais finalement c'est elle qui m'a donné le plus. » Les deux facettes du personnage se rejoignent, unies sous une même volonté de faire triompher l'égalité. Aujourd'hui, Panti continue sa lutte en réclamant le droit à l'avortement en Irlande.
Il y a beaucoup à découvrir dans ce documentaire sur le personnage, ses blessures, ses extravagances, sa verve et bien entendu son humour ravageur. Mais aussi, et peut-être surtout, c'est sur l'Irlande que vous apprendrez le plus. Une Irlande bien loin des images d Épinal et des clichés touristiques : Une Irlande moderne, vibrante, à l'avant-garde. Un petit pays qui, avec Panti, a fait l'histoire pas plus tard que ce mois de mai 2015.
Raphaëlle Besançon ( www.lepetitjournal.com/dublin), jeudi 29 octobre 2015
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