

Le sommet de Vilnius, qui se tiendra les 28 et 29 novembre, pourrait marquer le "premier pas" de la République de Moldavie vers l'intégration à l'Union européenne, selon Chisinau (la capitale). Cette vision est toutefois un peu optimiste pour le sociologue Dan Dungaciu, l'un des grands spécialistes roumains de ce pays. D'après lui, il s'agit d'un rendez-vous qui n'aboutira sur rien de concret pour la Moldavie mais qui sera d'une importance primordiale pour l'avenir de toute la région.
Photo : vox.publika.md
Lepetitjournal.com/bucarest - Pourquoi les dirigeants moldaves affirment que le sommet de Vilnius pourrait marquer le premier pas vers l'intégration à l'UE ?
Dan Dungaciu - C'est un petit pas. A Vilnius, la République de Moldavie doit parapher les accords économiques (entrée dans le marché commun européen, ndlr) et d'association (promesse d'adhésion, ndlr) avec l'UE. Si tout se passe bien, Chisinau peut espérer une signature de ces documents en 2014. L'Ukraine par contre va à Vilnius pour signer ces accords.
Que doit-on comprendre par "parapher" ces accords économiques et d'association ?
Cela veut dire simplement que les deux parties se mettent d'accord sur les documents. Cette démarche n'implique aucun des partenaires puisque la signature se fera ultérieurement. Il est toutefois intéressant de suivre la situation de l'Ukraine. Si elle signe, la Moldavie se trouvera dans une position favorable car elle sera entre l'Ukraine, Etat associé à l'UE, et la Roumanie, Etat membre de l'UE. Mais si l'Ukraine ne signe pas, cela signifiera que le partenariat oriental (partenariat stratégique censé approfondir les relations entre l'UE et l'Ukraine, la République de Moldavie, la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan, ndlr) entrera en crise.
Que pensent les Moldaves de l'UE ?
Si l'on regarde les sondages, qui sont le seul indicateur que nous ayons, un tiers de la population n'est pas intéressée par la politique, un tiers votent les partis pro-est et un tiers les partis pro-ouest. En enlevant le tiers qui ne s'intéresse pas à ces questions, on peut dire que la moitié des Moldaves souhaitent entrer dans l'UE.
Une importante manifestation pro-européenne a réuni des dizaines de milliers de personnes dans les rues de Chisinau début novembre. N'est-ce pas un signe que le pouvoir politique souhaite également cette adhésion ?
Ce rassemblement a évidemment montré qu'il existait en République de Moldavie une partie de la population souhaitant entrer dans l'UE. Mais cette manifestation a eu un air bureaucratique, si l'on peut dire. Tout le monde était très discipliné, même les drapeaux ne bougeaient pas. Les officiels qui y ont participé n'ont rien dit de concret contre le parti des communistes, ni contre la Russie.
Objectivement, peut-on dire que la République de Moldavie a une chance d'adhérer à l'UE ?
Je suis assez sceptique vu ce qui se passe au sein même de l'UE. Les Européens ne veulent plus parler d'agrandissement. Je vois mal un politique français proposer dans son programme de libéraliser les visas pour la République de Moldavie. Le niveau de populisme et le refus de l'immigration est-européenne est tellement grand à l'Ouest que l'UE ne va probablement pas donner de perspectives d'intégration à ces Etats.
Comment pourrait réagir la Moldavie si l'UE ne lui offrait pas de perspectives concrètes d'intégration ?
Dans les années 1990, personne en Roumanie n'a imaginé intégrer une quelconque union créée par la Russie, comme la CEI ou plus récemment l'union eurasiatique. Pour nous, c'étaient l'OTAN et l'UE sinon rien. Il n'existait pas d'alternative. En République de Moldavie et en Ukraine, l'idée d'une alternative russe à l'Union européenne commence à apparaître. Et je pense que les leaders politiques de Moldavie vont jouer aussi bien avec l'Ouest qu'avec l'Est. Le cas de la République de Moldavie illustre parfaitement cette situation : elle veut intégrer l'UE mais elle vient de privatiser son aéroport et sa banque au profit d'investisseurs russes. Pour conclure, je pense que cette région va rester "grise" : ni avec l'Ouest, ni avec l'Est. Propos recueillis par Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) lundi 18 novembre 2013







