

Après vous avoir proposé un article décrivant le processus de création d'une entreprise (lire notre article), nous partons à la rencontre de Cyprien Hoffet qui a ouvert son entreprise au Brésil il y a tout juste un an. Une expérience qui lui a appris que patience était le maître mot lorsque l'on songeait à fonder son entreprise dans le pays.
Parmi les plaintes plus couramment déposées contre notre cher Brésil d'accueil, celle-ci intègre facilement le Top 3 : "la bureaucratie pèse lourd, trop lourd, les démarches administratives sont interminables ; le potentiel est immense, mais entreprendre ici est un vrai parcours du combattant".
Les données publiées par la Banque mondiale sont sans appel : en 2012, alors qu'il a fallu en moyenne 6 jours pour créer une entreprise aux Etats-Unis, 7 jours en France ou encore jusqu'à 28 jours en Argentine, au Brésil, le chiffre a atteint 119 jours (contre 149 jours en 2008, comme quoi, le progrès est en marche) !
Face à cette improbable statistique à 3 chiffres, une vérification par l'exemple s'imposait. Cyprien Hoffet, jeune entrepreneur français dynamique et enthousiaste, fête aujourd'hui le premier anniversaire de sa grande aventure professionnelle au Brésil : Novatrade. Il s'est prêté au jeu de l'interview pour nous ôter un affreux doute : les statisticiens de la Banque Mondiale seraient-ils marseillais ? (mes excuses au lectorat du 13)
Lepetitjournal.com - Novatrade, c'est quoi ?
Cyprien Hoffet - Novatrade est une plateforme logistique et d'importation qui propose une large gamme de services "Clé en main" pour faciliter l'importation de produits au Brésil. L'externalisation de la fonction import et gestion de stock permet à nos clients de se focaliser sur leur "core business" (ndlr. activité principale). Au-delà de la gestion opérationnelle, Novatrade réalise des études fiscales d'importation permettant à des sociétés en création de faire les bons choix d'implantation fiscale et logistique.
Quand Novatrade est-elle née ?
Novatrade est née il y a un an exactement, en février 2012. Mais le lancement officiel date de mai dernier, le temps de tout mettre en place. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis, de beaux contrats et partenariats forts, des embauches de la main d'?uvre qualifiée. Aujourd'hui nous sommes 5 sur São Paulo, sans compter l'équipe Com/Marketing partagée en commun avec les autres sociétés soutenues par mon Business Angel (ndlr. particulier qui investit dans une entreprise innovante et lui fait profiter de son réseau et de son expérience).
A quel moment l'idée a-t-elle commencé à germer, et combien de temps as-tu pris pour te lancer ? As-tu été accompagné dans le processus de création de l'entreprise ?
L'idée de monter une trading d'importation, ne proposant pas uniquement des bénéfices fiscaux mais un réelle Gestion d'importation, me trottait dans la tête depuis fin 2010. Ne me sentant pas prêt face à la complexité fiscale brésilienne, j'ai multiplié les formations professionnelles (SENAC, ADUANEIRAS, etc.) qui m'ont permis de mûrir l'idée. Début 2012 j'ai présenté le projet et le business plan à mes Business Angel et en février le lancement a été validé.
La création de société n'est pas compliquée en soi, c'est juste plus long qu'ailleurs. Pour la création de l'entreprise je me suis appuyé sur mon comptable.
?Confirmes-tu le pessimisme des analystes de la Banque Mondiale ?
Oh que oui ! Malheureusement la bureaucratie ralentit tout au Brésil. Le chemin à parcourir avant d'être opérationnel est un peu fastidieux. Que ce soit la création de société, l'obtention des différentes autorisations, l'ouverture du compte en banque, la location de bureau, le branchement d'internet, l'activation d'une ligne téléphonique professionnelle : tout prend du temps.
Il faut s'armer de patience, répondre aux demandes irritantes et parfois incongrues des interlocuteurs, se plier aux exigences, et surtout prendre du recul ; car on finit bien par y arriver ! A ce moment-là tu te retournes, contemples satisfait le travail effectué pour rendre ta société opérationnelle, et ris car ce n'est que le début?
Je me suis souvent cru dans les 12 travaux d'Astérix à faire des allers retours documents en main sans vraiment savoir ni pourquoi ni pour qui, mais l'essentiel est qu'il y a un beau sanglier en récompense. D'un côté ça fait partie du charme brésilien.
Que conseillerais-tu à un Français qui voudrait ouvrir son entreprise au Brésil ?
Un peu comme partout, se lancer. Une fois au galop, les obstacles sont plus faciles à sauter qu'ils ne le paraissent de l'extérieur. La bureaucratie brésilienne demande beaucoup d'énergie et de temps mais n'est pas insurmontable.
Niveau business plan et projections, ne pas s'emballer et rester réaliste, car tout est long au Brésil, pas uniquement la création de société, l'acquisition de clients et la confiance du marché aussi !
S'entourer de Brésiliens rapidement me semble extrêmement important aussi, car qui mieux qu'un Brésilien pour comprendre le contexte du pays. Un "jeitinho" par-ci par-là peut également aider !
Aujourd'hui dans les grandes capitales brésiliennes les incubateurs et business centers se multiplient, c'est un super moyen de ne pas se sentir tout seul, de partager des expériences et d'être entouré, mettre en commun certaines dépenses etc.
David DE ALMEIDA (www.lepetitjournal.com - Brésil) mercredi 27 mars 2013





