Rio de Janeiro

LEGISLATIVES - Interview de Paula Forteza du Parti La République En Marche

 

Paula Forteza, candidate aux élections législatives et représentante du Parti La République En Marche depuis début 2017, a répondu à nos questions.

Nous avons choisi de proposer aux candidats un questionnaire unique.

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous résumer votre parcours et nous préciser quelles ont été vos motivations pour entrer en politique ?

Paula Forteza : Née à Paris de parents argentins, je suis partie vivre en Argentine à l’âge de 7 ans, où j’ai suivi mes études primaires et secondaires au lycée franco-argentin Jean-Mermoz de Buenos Aires. Après le lycée, j’ai étudié les sciences politiques à l’université Torcuato di Tella puis j’ai travaillé en tant que chargée de recherche au sein du Programme de Protection Social au CIPPEC (Centro de Implementación de Políticas Públicas para la Equidad y el Crecimiento) et en tant que collaboratrice au Secrétariat de l’Économie Créative du gouvernement de la ville de Buenos Aires.

Pendant mes années en Argentine, je suis devenue une membre active de la communauté française locale en militant d’abord plutôt à gauche, notamment au sein de l’Association Démocratique des Français à l'Etranger (ADFE). Cette expérience m’a permis de connaître en première ligne les préoccupations et les attentes des Français de l’étranger en matière d’éducation et de protection sociale.

Néanmoins, j’ai également été déçue par les vieux appareils partisans, et j’ai finalement mis de côté les luttes partisanes pour me consacrer à ce qui m’intéressait le plus : revivifier la démocratie par le bas et notamment par les outils numériques.

En 2014, j’ai décidé de poursuivre mes études en France, à Sciences Po. J’ai ensuite rapidement rejoint l’équipe d’Etalab, le Service du Premier ministre en charge de la politique de données ouvertes et de gouvernement ouvert, via notamment la publication des dépenses de l’administration.

En travaillant pour Matignon, j'ai appris que le numérique pouvait inspirer de nouvelles façons de s'organiser, d’agir et de prendre des décisions basées sur la transparence et la collaboration.

Aujourd’hui, j’ai 30 ans, et je dirige une entreprise que j’ai co-fondée et qui est spécialisée en stratégies et pratiques d’ouverture. Je travaille notamment au développement et la promotion de technologies civiques pour dynamiser la participation citoyenne au niveau local.

Je ne suis pas une professionnelle de la politique et je crois qu’il est possible de faire face à la crise de confiance dans les institutions démocratiques en les rendant plus transparentes et à l'écoute des citoyens.

J’ai rejoint le mouvement d’Emmanuel Macron début 2017 dans l’espoir d’incarner le renouvellement des visages et des pratiques qu’appelle de ses vœux le nouveau Président. J’ai candidaté et j’ai été officiellement investie par La République en Marche ! et par Emmanuel Macron mi-mai (voir le lien ici) pour porter les couleurs de notre mouvement en Amérique latine et dans les Caraïbes. 

Etre député de la 2ème circonscription, qu'est ce que cela représente pour vous? Quels sont vos liens avec cette circonscription?

J’ai un lien affectif fort avec l’Amérique latine puisque j’y ai grandi, étudié et travaillé et que j’y ai gardé depuis toutes ces années, au-delà de ma famille et de mes amis, de nombreux liens avec la communauté d’entrepreneurs et de chercheurs.

De par mon engagement dans le domaine de la démocratie digitale (« open government »), j’ai également tissé des liens avec les acteurs de la société civile au Mexique, en Colombie, en Argentine, et au Brésil qui œuvrent pour rendre l’Etat et la démocratie plus transparents aux yeux des citoyens.

La question démocratique en Amérique latine est un enjeu crucial sur lequel j’ai beaucoup investi personnellement et professionnellement. En tant qu’Argentine mais aussi en tant que Française, je veux mettre mes compétences au service du renouveau démocratique pour recréer du lien entre les Français.e.s d’Amérique latine et Caraïbes et leurs élu.e.s. en France.

Enfin, de manière plus intime, je me sens forte de ma double culture argentine et française. Je crois incarner aux yeux des Français.e.s d’Amérique latine et des Caraïbes ce que la France sait faire de meilleur : former, dans les murs de ses écoles à l’étranger, des citoyennes et des citoyens qui s’approprient les valeurs de la République et s’engagent à les faire vivre au quotidien pour leurs semblables. C’est le sens de mon engagement. C’est pour cela que je veux représenter les Français d’Amérique latine et des Caraïbes à l’Assemblée. 

Quelles sont vos 3 priorités /propositions parmi les problématiques concernant les Français vivant à l'étranger (emploi, fiscalité, éducation, culture, représentation, administration...) ?

Si je devais m’en tenir à trois priorités je dirais : renouveler la démocratie à travers le numérique, favoriser l’entrepreneuriat et l’innovation en France et à l’étranger,  et enfin, dynamiser l’éducation et la culture pour faire rayonner la France.

Sur le renouveau démocratique, d’abord, je crois que pour retrouver la confiance des citoyens, il nous faut mettre fin aux pratiques que l’on pensait révolues (clientélisme, népotisme, inefficacités, gaspillages), qui minent la démocratie et font le jeu des extrêmes. Il nous faut aller plus loin dans la transparence de la conduite des différents mandats pour permettre aux citoyens de suivre et de contrôler l’activité de leur gouvernement et de leurs élus (publier totalement l’agenda des élus, rendre public les dépenses du Député). Ce que je fais déjà pour ma part en campagne (je suis la seule) avec des consultations, des permanences virtuelles et un agenda et des comptes de campagne ouverts. Je continuerai à le faire comme Députée. 

Sur l’entreprise et l’innovation, j’appuierai les Français d’Amérique latine et Caraïbes dans leurs projets de vie et de réussite partout où ils sont. J’aiderai les entreprises françaises (les grandes mais aussi les commerçants, les artisans, et les start up) à créer des réseaux, à partager les bonnes pratiques, et à collaborer pour mieux réussir. A cette fin, je ferai en sorte qu’il existe une plateforme en ligne unique pour les entrepreneurs français à l’étranger qui référence leurs initiatives, leurs projets et leur permette de se mettre en lien pour trouver des solutions à leurs problèmes de recrutement, d’investissement, leurs problèmes juridiques, etc. Penser une plateforme unique pour les Français de l’étranger, c’est moderne, efficace, et cela permet de recréer du lien.

Pour l’éducation et la culture, je jouerai le rôle de facilitatrice au niveau local pour dynamiser nos écoles et faire rayonner notre langue. Je veillerai à ce que soit tenue la promesse d’Emmanuel Macron d’élargir les critères d’accès aux bourses scolaires pour les élèves des écoles françaises d’Amérique latine et des Caraïbes, en particulier pour les enfants issus de familles modestes ou de la classe moyenne. Je mobiliserai les acteurs pertinents à la création de fondations, abondées par des particuliers ou des entreprises, qui pourront permettre d’accorder des bourses au mérite et sur critères sociaux – complémentaires à celles l’AEFE – et de lancer des projets d’aménagement ou d’élargissement des établissements scolaires.  Les projets culturels initiés par les acteurs français à l’étranger doivent aussi pouvoir bénéficier de sources de financement alternatives.

Quel bilan portez-vous sur l'action du député sortant?

Je ne nie pas au Député sortant son amour et son engagement pour l’Amérique latine.

Sur l’éducation et la culture, je suis convaincue que le Député Coronado a fait ce qu’il a pu pour venir en aide aux écoles françaises, aux associations et aux établissements culturels qu’il a lui-même aidés grâce à sa réserve parlementaire.

Simplement, il n’est pas suffisant de demander des hausses de budget pour les établissements français à l’étranger et pour les bourses. Il faut réfléchir à des alternatives de financement et à de nouveaux schémas institutionnels permettant d’innover et de former plus d’enseignants, d’ouvrir plus d’écoles bilingues, de créer plus de bourses, et de financer plus de projets culturels. 

Le rôle du (ou de la) Député.e est aussi d’aider les établissements (écoles, Alliances françaises) à utiliser le droit local et à coordonner avec les acteurs locaux des pays pour s’agrandir et prospérer.

C’est une chose de toujours compter sur l’Etat pour contribuer à l’éducation et la culture française à l’étranger. Il faut certes se battre pour conserver et augmenter les budgets publics. C’en est une autre de parvenir à faciliter les initiatives qui permettront non seulement de conserver ce qui est, mais également d’étendre le champ d’influence de notre langue et de notre culture.

Sur les questions de société (droits des femmes, égalité face au mariage, libertés publiques), comme beaucoup j’apprécie les positions qu’a pu adopter le Député sortant. Cependant, il me semble qu’au-delà de ces enjeux, les Français.e.s d’Amérique latine et Caraïbes souhaitent un Député beaucoup plus engagé sur les enjeux économiques, afin de faciliter la réussite de nos entrepreneurs et la mobilité de nos jeunes. 

Enfin, je ne comprends pas pourquoi le Député sortant a choisi de se rallier à Jean-Luc Mélenchon et d’obtenir l’investiture de la France insoumise. Les Français d’Amérique latine et Caraïbes sont des Européens convaincus. Ils n’ont pas compris la stratégie de sortie des traités européens par Jean-Luc Mélenchon.

Sur quel (s) plan (s) auriez-vous agi différemment?

Je pense qu’il est possible de rendre beaucoup plus ouvert et transparent le mandat de Député. J’aimerais par exemple mettre à contribution mon expertise dans la démocratie digitale afin d’élargir beaucoup plus la participation des Français d’Amérique latine et des Caraïbes au débat public grâce à une plateforme citoyenne en ligne qui fasse vivre le débat. Je pense également que, tant qu’elle existe, l’utilisation de la réserve parlementaire (130.000 euros en moyenne) doit être plus transparente. Un « budget participatif » serait plus opportun afin de financer des projets citoyens qui émergent, plutôt que de laisser le Député distribuer des dons uniquement aux acteurs institutionnels déjà visibles.

Sous quel parti vous présentez-vous? Depuis combien de temps êtes-vous membre de ce parti?

Je suis la candidate officielle de La République en Marche (LRM) investie par Emmanuel Macron (voir le lien ici) pour la circonscription des Français d’Amérique latine et des Caraïbes. Je suis adhérente d’En Marche ! depuis début 2017.

Combien de fois êtes vous venu à Rio? Quelle est à votre avis la priorité des français établis à Rio?

J’ai connu Rio lors de mes déplacements personnels lorsque je vivais et travaillais pour le gouvernement de la ville de Buenos Aires il y a plusieurs années. J’y suis venu plusieurs fois. J’aime Rio et je trouve que la ville a des atouts merveilleux mais que la crise a rendu les choses compliquées. Pour les Français de Rio, je pense que l’école et la sécurité de leurs enfants est un enjeu majeur. J’ai rencontré le proviseur du Lycée Molière et je comprends les attentes des parents d’élève de ce point de vue. Je sais aussi que les Français de Rio continuent d’œuvrer pour que d’autres écoles françaises ou bilingues voient le jour, telle que l’école publique bilingue de Niterói. Mais les financements et bourses pour les élèves (y compris brésiliens) manquent.

Les Français ont intérêt à ce que leur langue soit enseignée et pour cela je propose d’innover pour qu’une fondation s’occupe désormais de récolter des fonds et de financer le rayonnement de la langue française partout où c’est possible (dans les écoles, dans l’entreprise). En étendant l’apprentissage du français, et en le subventionnant par des moyens complémentaires à ceux de l’Etat, nous permettrons à des jeunes de s’ouvrir à la culture française et nous créerons les compétences nécessaires pour que nos entreprises puissent recruter à Rio des salariés locaux mieux formés qui aideront nos entreprises à s’implanter et à prospérer. A ce titre, nous ne devons plus laisser les Alliances françaises faire seules le travail de promotion de la langue française. Il faut les accompagner dans leur travail et les aider à trouver des fonds. 

J’ai rencontré lors de mon dernier passage à Rio la semaine dernière de nombreux jeunes entrepreneurs français dont certains intervenaient dans le cadre de la conférence « Rio Futuro » sur l’innovation et le digital. De nombreux jeunes basés à Rio ont besoin d’aide et d’accompagnement pour leurs démarches (santé, aide juridique). On ne peut plus avoir une politique qui ne privilégie que les expatriés des grands groupes ; il faut s’intéresser aux problèmes des petits entrepreneurs et des salariés en contrat local également.

Combien de fois êtes vous venu à Sao Paulo? Quelle est à votre avis la priorité des français établis à Sao Paulo?

Durant mes années vécues en Argentine, j’ai voyagé au Brésil, mais je n’ai pas visité Sao Paulo. Je suis venu à Sao Paulo pendant la campagne et je dois dire que j’ai aimé l’énergie que dégage cette ville.

Les problèmes que rencontrent les familles qui ont leurs enfants scolarisés au Lycée Pasteur ressemblent à ceux des autres villes que j’ai visitées. Les coûts de scolarisation sont élevés et les bourses de l’AEFE trop peu nombreuses. Lorsque ces bourses existent, les critères sont parfois injustes pour les familles qui se voient refuser une aide, alors qu’elles ne sont pas toujours dans une situation d’expatriation confortable et font face à des frais nombreux (la santé notamment).

A Sao Paulo j’ai également eu une pensée pour les familles dont les enfants sont scolarisés à l’école brésilienne et cherchent désespérément des enseignements bilingues. Il nous faut étendre le label « FrancEducation » à plus d’établissements afin de garantir l’accès à l’enseignement français et comme à Rio nous devons penser à des sources de financement alternatives (notamment via une fondation) pour récolter des fonds et promouvoir l’enseignement bilingue du français partout où c’est possible (y compris dans les entreprises).

Enfin, Sao Paulo m’a impressionnée par son dynamisme. J’ai rencontré les acteurs locaux de la « French Tech ». Les petits entrepreneurs et start-upers français installés à Sao Paulo m’ont permis de comprendre leurs attentes. Je les aiderai à être mieux entendus dans les instances classiques de représentation du milieu des affaires (Business France, Chambre de commerce franco-brésilienne) qui trop souvent s’occupent des grands groupes.

Propos recueillis par Mareeva SIBERT (www.lepetitjournal.com - Brésil) mercredi 31 mai 2017

 
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