Luxembourg

SOPHIE RAUSZER – "La politique de M. Macron est en réalité aussi vieille que M. Giscard"

Pro-écologie, désireuse de faire apparaître de nouveaux “droits humains”, et plus de justice sociale, Sophie Rauszez, a décidé de se battre aux côtés de Jean-Luc Mélenchon pour défendre et représenter les idées et les valeurs de L’avenir en Commun, le programme de la France Insoumise. Pour Lepetitjournal.com, elle expose ses idées pour les Français du Bénélux.

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous résumer votre parcours et nous préciser quelles ont été vos motivations pour vous présenter à l’élection ? 

Sophie Rauszer : Je viens d’une famille aux origines multiples, européenne et engagée. Le referendum de 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen a marqué un tournant dans mon parcours. J'ai alors beaucoup réfléchi au projet européen. Lycée européen, études européennes à La Sorbonne Nouvelle : l’Europe ne m'a depuis plus quitté. En 2009, j'ai terminé un Erasmus à Budapest et observé avec effroi l’entrée de l’extrême droite au parlement européen. C'est à ce moment que j'ai décidé de m’investir activement en politique. A la fin de mes études, j'ai donc rejoint Jean-Luc Mélenchon au Parlement européen pour l’aider dans sa mandature et développer les liens avec nos partenaires européens. J’ai été particulièrement active dans la campagne des présidentielles, où j'ai été en charge des aspects européens de L'avenir en Commun, le programme de la France Insoumise.

La France Insoumise est un jeune mouvement. Au Benelux, cette jeunesse est incarnée par une vingtaine de groupes locaux. C’est pour bon nombre le premier engagement actif en politique. Depuis l’été dernier, j’ai activement participé au développement de ce réseau soudé et dynamique. C’est aussi par reconnaissance pour ce travail de terrain actif que les Insoumis du Benelux m’ont accordé leur confiance lors de notre votation en janvier dernier pour la candidature aux législatives et porter le programme L’Avenir en commun, qui a recueilli un excellent score à l’élection présidentielle, particulièrement en Belgique avec 20,4% de vote pour Jean-Luc Mélenchon.

Être député de la 4ème circonscription, qu’est-ce que cela représente pour vous ? Et comment comptez-vous mener votre action auprès des Français de l’étranger ?

Être élue comme représentante des Français du Benelux, comporte une double  responsabilité. Mettre en œuvre le projet écologique, social et démocratique que la France insoumise porte. Et respecter les engagements pour lesquels j’ai été élue, en particulier de défense des droits des Français de l’étranger. Je suis en outre convaincue que les Français du Benelux tiennent une place clé pour lier la France et l’Europe. Ils sont à la fois des ambassadeurs des valeurs françaises et un apport pour notre République de par leur regard ouvert sur le monde, et le pays dans lequel ils vivent. Avec eux, je pourrais ainsi faire avancer de nouveaux droits humains pour la France. Le droit à mourir dans la dignité par exemple, qui est garanti tant en Belgique, qu’au Luxembourg et aux Pays-Bas, alors que la France est encore très en retard. 

Si le lien avec les Français du Benelux est plus compliqué à entretenir que pour une circonscription métropolitaine, elle ne peut cependant se limiter à du tout numérique. Nous sommes bombardés de mails, particulièrement en cette période de campagne. Rien ne saurait remplacer le contact direct. Je m’engage donc à être disponible à plein temps pour nos compatriotes, organiser des rencontres régulières et des permanences, être présente sur le terrain, en lien notamment avec les associations.

Quelles sont vos 3 priorités / propositions parmi les problématiques concernant les Français vivant à l’étranger (emploi, fiscalité, éducation, culture, représentation, administration…) ?

Je suis particulièrement attachée à la revalorisation des droits des Français de l’étranger. Notre visage a changé. Pourtant, depuis 2012 et l’arrivée de députés des Français de l’étranger, peu de choses ont été faites pour renforcer notre prise en compte aux yeux de la République. Services publics, éducation et lutte contre l’évasion fiscale représentent trois piliers de défense de l’égalité républicaine que j’aurai à cœur de mettre en œuvre. Les enveloppes des bourses scolaires et le personnel consulaire se réduisent d'année en année, les hôpitaux conventionnés avec la Caisse des Français de l'Étranger ne sont pas répartis de façon homogène et beaucoup de Français ne bénéficient d'aucune aide directe de l'État français. 

L’urgence concernant les Français établis hors de France est de renforcer les services consulaires, première porte d’accès à nos droits à l’étranger. Il faut revenir aux effectifs de 2007, non par dogmatisme mais tout simplement parce que les Français du Benelux sont de plus en plus nombreux et les consulats surchargés de demandes.

Ensuite, l’éducation est une priorité. Les écoles françaises à l’étranger représentent le premier système éducatif unifié au monde. Celui-ci est de renommée mondiale et doit être préservé. Ces établissements sont gérés par une agence (AEFE) liée au ministère des affaires étrangères mais par ricochet, les coupes budgétaires dans l’éducation nationale menacent à présent nos écoles. Il faut garantir des budgets qui permettent le détachement des enseignants et garantissent ainsi la qualité de l’enseignement. En tant qu’élu, je souhaite également siéger au conseil d’administration de l'AEFE afin de garantir le meilleur niveau de bourses pour les familles qui en ont besoin.

Enfin, la lutte contre l’évasion fiscale doit être renforcée. Au Benelux, nous ne pouvons détourner notre regard de cet enjeu. L’évasion et la fraude fiscale représentent l’équivalent du déficit français. Autant de recettes en moins pour assurer les missions de services publics de notre État. Cela commence par faire appliquer la législation européenne existante et donc affecter des moyens pour le contrôle fiscal.

Quel bilan dressez-vous du mandat du député sortant ? Sur quel(s) plan(s) auriez-vous agi différemment ?

Je note que M. Cordery a à cœur de montrer son travail de terrain en tant que candidat. Mais il ne faut pas oublier que les possibilités locales et les votes à l’Assemblée sont liés. Comment prétendre défendre nos droits quand en parallèle on vote tous les budgets contraints et les politiques néolibérales vigoureusement dénoncés lors de l'élection primaire de son propre parti politique ? Soutenir Benoît Hamon lors d'un meeting de ce dernier à Bruxelles et annoncer son soutien à En Marche dans la foulée est incompréhensible, alors que la période nécessite clarté et cohérence. C’est précisément ce qui tue le projet socialiste. M. Cordery est tributaire du bilan du gouvernement achevant sa mue néolibérale. 

La place d’un élu, particulièrement au Benelux, doit être aux côtés des lanceurs d’alerte engagés contre les pratiques de corruption ou de fraude fiscale. Ce ne sont pas forcément des sujets populaires sur notre circonscription mais des élus courageux doivent s’engager. Je me suis rendue à l’appel du procès d’Antoine Deltour en mars dernier. A la France Insoumise, nous défendons le droit d’asile pour tous les Deltour, Snowden et Assange, bienfaiteurs de nos sociétés.  Il faut également défendre un statut européen de protection des lanceurs d’alerte.

Enfin, j’avoue avoir du mal à entendre son engagement pour l’emploi des jeunes en Europe, quand près de 18% des jeunes européens sont encore au chômage. Son fanatisme pour l’exemple allemand peine à cacher la précarisation que délivre le modèle Merkel et la généralisation de la pauvreté qu’il implique. La Garantie Jeunesse européenne est un véritable cache misère sans moyens. Nous, nous proposons une véritable allocation d’autonomie de 800 euros pour les jeunes pour une durée de trois ans pour les aider dans leur démarche de formation qualifiante.

Quels sont vos liens avec cette circonscription et quel est votre projet pour les Français établis dans ce pays ?

Je vis à Bruxelles depuis maintenant plus de 4 ans. Je suis venue pour des raisons professionnelles et j’ai découvert une ville et un pays particulièrement accueillant et cosmopolite. je connais bien les différents acteurs politiques et associatifs de nos trois pays de la circonscription. La nouveauté que représente la France insoumise attire ici aussi. De nombreux belges ont rejoint nos groupes locaux d’action. Des échevins verts ou socialistes nous soutiennent. 

La priorité de mon mandat sera de renforcer l’égalité entre les Français au-delà des frontières. Cela va du plus concret au plus large. Rétablir la diffusion de Radio France sur les grandes ondes ou encore rapprocher les parlementaires des conseillers consulaires qui possèdent une véritable maîtrise des sujets clés pour les Français de l’étranger. Mais notre programme, c’est aussi la promotion des valeurs universelles et des droits humains. A ce titre, le rôle de la France en Europe et dans le monde a été considérablement mis à mal. La collaboration des élus des différents parlements européens est cruciale pour refonder le projet européen sur des valeurs démocratiques, écologiques et sociales. Je m’engage également à travailler et suivre de près l’industrie de l’armement actuel, au détriment d’une politique en faveur de la paix. Les Français ne peuvent rester cois devant les ventes d’armes à des pays comme l’Arabie Saoudite quand la guerre au Yemen fait rage.  

Quelle sera votre attitude à l’égard du nouveau Président ? 

Tout d’abord, je respecte le résultat du scrutin qui a vu M. Macron arriver en tête du deuxième tour. Mais il faut noter que peu de personnes ont voté pour lui par adhésion réelle, mais plus par peur d’éviter un scénario catastrophe. Depuis, il n’a fait aucun signe pour rassurer et fédérer les Français. Pire, il a annoncé une méthode et une politique d’une extrême violence. Gouverner par ordonnance, c’est le paroxysme de la monarchie présidentielle. Il propose même de prolonger l’État d’urgence, qui ne protège pas mieux et qui contraint les libertés individuelles et collectives. Nous défendons au contraire un passage à une sixième République qui remette les élus en lien direct avec les citoyens. Qui propose le droit de révoquer ses élus qui ne respectent pas leurs engagements. Qui offre le droit de pétition plutôt que le 49-3.

Il ne faut pas se résigner, un autre gouvernement est possible ! Ce sont les députés qui votent les lois, les budgets de l’État et de la sécurité sociale. Ce sont eux qui investissent ou renversent le Premier ministre.

Nous rejetons un gouvernement dirigé par un homme du lobby nucléaire ! L’irresponsabilité écologique ça suffit ! L’écologie est la ligne de fond de notre programme, L’Avenir en commun. Candidats insoumis, nous sommes engagés pour la sortie du nucléaire et passer au 100% d’énergies renouvelables.

Je suis en outre personnellement très engagée pour la défense d’une reconnaissance du crime international d’écocide. A La Haye, il y a d’ailleurs un tribunal de juges et d’experts citoyens qui travaillent en ce sens. 

Derrière son vernis de nouveauté, la politique de M. Macron est en réalité aussi vieille que M. Giscard. Aux mêmes recettes, les mêmes conséquences : plus de précarisation et de paupérisation et l’argent roi pour quelques uns. Il recycle d’ailleurs tous les anciens acquis à cette politique et à leur poste. C’est le retour des Valls et compagnie afin de mettre en place El Khomri bis (ce que même la Commission européenne se refuse à oser proposer soit dit en passant).

J’avertis nos compatriotes : le projet de rigueur que porte M. Macron touchera en premier lieu les services destinés aux Français de l’étranger. 

(www.lepetitjournal.com/Luxembourg) mercredi 31 mai 2017.

 
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