Birmanie

SOCIÉTÉ - Association François-Xavier Bagnoud (FXB) : Promouvoir la dignité humaine en Birmanie

Le 14 mars 2017, Albina du Boisrouvray, fondatrice de l’Association François-Xavier Bagnoud, recevait les insignes d’officier de la Légion d’honneur. Blessée à jamais par la mort de son fils dans un terrible accident d’hélicoptère aux côtés de Daniel Balavoine et Thierry Sabine, en janvier 1986, sur le rallye Paris-Dakar, cette femme a depuis métamorphosé sa peine en une lutte humanitaire sur le terrain. Son ONG, destinée à venir en aide aux enfants défavorisés et à leurs familles, est présente en Birmanie depuis 1992.

Analyse des actions de l’association au Myanmar
L’organisation non gouvernementale François-Xavier Bagnoud (FXB), présente dans 13 pays du monde et en Birmanie depuis 25 ans, développe des programmes d’éducation, de formation professionnelle, de prévention contre le SIDA et contre le trafic d’êtres humains. Après être venue en aide à plus de 17 000 personnes vulnérables au Myanmar, en 2016, l’association, en 2017, voit encore plus grand.

Les premières années, l’ONG s’est focalisée sur la réinsertion des jeunes filles en développant des formations professionnelles dans le domaine du textile. “À l’époque, nous travaillions depuis la Thaïlande et nous avions organisé des opérations dans des maisons closes où travaillaient plusieurs centaines de jeunes Birmanes forcées à la prostitution. On leur faisait croire que si elles rentraient dans leur pays, elles seraient exécutées. Alors nous avons demandé au gouvernement d’assurer la sécurité de ces femmes. C’est ainsi que l’association, en cumulant des visas de trois à quatre jours pour les visites de terrain, a pu aider ces personnes à se réinsérer dans la société, grâce à un programme économique établi en six mois”, se souvient Christine Eggs, directrice de l’association depuis sa création en Birmanie.

Aujourd’hui, l’organisation possède à Yangon son propre magasin, qui emploie 40 personnes titulaires d’un diplôme issu d’une formation apportée par FXB. Toutes participent activement à la gestion et aux décisions de cette petite entreprise. Meubles en bois, rideaux, vêtements, artisans comme couturiers rassemblent leurs savoir- faire pour remplir la boutique. “Les bénéfices servent bien entendu à rémunérer ces 40 personnes, à acheter des matières premières, mais aussi à assurer une petite allocation aux apprentis des différents sites où FXB mène ses programmes de formation professionnelle. Cette année, pour la première fois, nous sommes bénéficiaires. C’est encourageant”, se réjouit-t-elle.

De fil en aiguille
Chaque année, ce sont entre 100 jeunes femmes et 20 jeunes hommes qui, quatre mois durant, sont formés au métier du textile. “Après ces quatre mois, les étudiants, âgés de 14 à 25 ans, peuvent se spécialiser dans le tissage (pour les plus patients), la broderie, le travail du bois ou encore la décoration d’intérieur”, explique la directrice. “Le but est avant tout de réinsérer les plus jeunes dans le système scolaire afin de les préserver du travail pour enfants ou des mariages forces”. Dans la même veine, près de Yangon, un centre accueille quotidiennement 30 enfants des rues et déscolarisés. Ils y suivent une éducation informelle dans des matières comme les mathématiques, la lecture et l’écriture. Mais l’ouverture du pays a aussi fait surgir de nouveaux défis : sur fonds de mondialisation, la Birmanie devient un terrain privilégié pour l’établissement de nouvelles usines textiles, qui misent sur les bas salaires pour être toujours plus concurrentielles. 

“Pas loin de 1200 industries textiles ont prévu de s’installer au Myanmar. Le problème, c’est que ces entreprises n’offrent que quelques jours de formation aux postulants. Tout ça pour ensuite ne pas les rémunérer à leur juste valeur. Notre formation leur permet de posséder un diplôme et donc une rémunération adéquate. Ça leur permet de suivre une formation au-delà de leur branche de métier, et donc de développer leurs compétences personnelles et leur valeur sur le marché du travail”, déclare Christine.

C’est ce genre de formation qui a permis à de nombreuses jeunes femmes de poursuivre une vraie carrière et donc de véritablement prendre en main leur destin. C’est le cas de Thuzar, Choe et Thi Thi, qui, malgré leur situation économique et sociale précaire avant leur participation à FXB, ont depuis osé entreprendre.

Thuzar a environ trente ans
En 2009, elle a suivi une formation en couture de trois ans à Moulmein. “C'est à ce moment-là qu'elle s'est associée à une autre femme, Choe, qui a suivi une formation plus courte et s'est spécialisée dans la broderie. Ensemble, dans leur bidonville, elles ont créé et fait grandir un petit magasin prospère”, explique Christine Eggs. Le bénéfice mensuel de l’entreprise atteint les 600 dollars US. Quant à Thi Thi, elle a ouvert un petit atelier en bord de route et a embauché deux assistantes. “Quelques semaines avant Thingyan (le Festival de l'eau), son carnet de commandes, lui aussi, est inondé !”, s’enthousiasme la directrice.

L’action continue ! 
Forte de ses succès, l’association FXB va ouvrir en juin 2017 une formation hôtelière. “Un cursus allant de 5 à 9 mois pour former 50 jeunes par an désireux de travailler dans l’industrie hôtelière. Durant cette formation, un stage d’un mois leur est proposé dans un hôtel de Yangon. Arès quoi, les étudiants seront évalués et certifiés par le National Skills Standards Authority (Direction Nationale des Normes de Compétences, NSSA)”, explique la directrice. Afin que ce cursus bénéficie au plus grand nombre, les étudiants recevront une allocation mensuelle de vingt dollars. “Cette somme, c’est plus ou moins l’équivalent de ce qu’ils pourraient rapporter s’ils travaillaient à la maison, chez leurs parents. Ça permet souvent d’obtenir leur consentement et comme ça, ils autorisent leur enfant à s’inscrire à notre formation”, affirme Christine. Toutes les formations comprennent une prise en charge des frais alimentaires, du transport jusqu’au centre de formation, plus une petite allocation mensuelle. La réinsertion, c’est un large pan de l’association FXB, mais ce n’est pas le seul. Il y a aussi l’éducation et la sensibilisation via un théâtre social. Et c’est une troupe, composée de 12 jeunes comédiens et de deux administrateurs, qui se charge de cette mission. En 300 représentations sur quatre ans, ces spectacles ont atteint plus de 37 000 membres des communautés des États de Yangon, Tanintharyi, Kachin, Môn et Kayin. “Les pièces de théâtre traitent de questions relatives aux droits des femmes et des enfants. Cette année, la troupe va aussi aborder les problèmes de sécurité routière. En marge des représentations, nous espérons aussi équiper des centaines d’enfants de bandes réfléchissantes”, annonce la directrice.

FXB Myanmar met également en œuvre un grand projet intitulé "Promotion de l’accès à l’information pour les adolescents sur la santé reproductive et le VIH/SIDA”. Objectif : informer les adolescents et les jeunes sur la transmission du virus. En 2016, plus de 3 500 jeunes ont été atteints. En complément, un programme a été mis en place dans 40 sous-divisions administratives de l’État de Môn et les régions de Yangon et d’Ayeyarwady. Il vise à dispenser des soins médicaux complets et à apporter un soutien psychosocial aux personnes vivant avec le VIH/SIDA, ainsi qu’à faciliter l’accès aux antirétroviraux. “Deux dimanches par mois en moyenne, FXB apporte un soutien psychologique à ces personnes ainsi qu’à leurs familles. On leur apprend à acquérir une estime d’eux-mêmes” précise  la directrice. Pour les mois à  venir, FXB prévoit aussi de lancer des programmes de lutte  contre la pauvreté dans les États Mon et Kachin, où il sera question de développer des activités génératrice de revenus.

Pour plus d’informations : https://fxb.org/fr/programs/myanmar/
Adresse du showroom: No.294/3, Shwe Gon Daing Road - Middle Shwe Gon Daing Ward - Bahan Township - Yangon

Tél.: +95 9 73016552
Pauline Autin (www.lepetitjournal.com/Birmanie) Jeudi 18 Mai 2017

 

 

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