Birmanie

SPÉLÉOLOGIE EN BIRMANIE – Retour sur le "Myanmar Cave Documentation Project"

Le "Myanmar Cave Documentation Project" a projeté en Europe courant 2016 le documentaire “First Step Kaya-Birmanie”. Joerg Dreybrodt, l'instigateur du projet nous explique de quoi il retourne.

Le documentaire “First Steps- Kayah” a été filmé pendant notre expédition 2016. Ce documentaire est unique de part le fait qu'il montre le quotidien d'une expédition spéléologue. Le directeur, Phil Bence, a fait un incroyable travail. Il filmait tout en explorant sans gêner ou presque pas l'équipe. Une version Française de 32 minutes, réalisée grâce au financement participatif, a été diffusée dans les festivals 'outdoor' partout en Europe. La bande annonce est accessible sur youtube.
Et nous recherchons actuellement un moyen de diffuser une version sous-titrée en anglais voire même en Birman au Myanmar. J'aimerais beaucoup la proposer en visionnage lors de ma prochaine visite à Yangon à la fin Janvier 2017. Les suggestions sont d’ailleurs les bienvenues !

Comment est né le "Myanmar Cave Documentation Project" ?
Je participe à des explorations spéléologiques en Inde, en Chine, en Thaïlande et au Laos depuis 2001. C’est pendant l’une de mes expéditions au Laos, dans le cadre du "Northern Laos – European Caving Project", que j’ai décidé d’étendre le champs de mes recherches à son voisin Birman qui a, géologiquement parlant, une origine commune ; donnant ainsi naissance au "Myanmar Cave Documentation Project" en 2009. Mais j'ai effectué ma première visite au Myanmar en 2001. J'explorais des cavernes souterraines à Meghalaya, en Inde. Le Myanmar n'était pas loin alors je suis allé y faire un tour. J'avais été tellement impressionné par le pays et la gentillesse des gens que j'en suis parti avec une envie tenace d’y retourner.
C'est à Berlin, à la foire du tourisme que nous avons eu un contact avec le Myanmar. Nous sommes donc venus rendre visite au "Tourism Promotion Board" à Yangon pour leur proposer notre projet qui a été accepté et a pu commencé en Février 2009.

Y a-t-il une spécificité Birmane géologiquement parlant ?
Le karst du Myanmar sur le plateau Shan est unique grâce à sa large superficie s’étendant sur plusieurs centaines de kilomètres carrés. La Thaïlande et le Laos ont principalement des tronçons isolés, parfois avec des grottes larges de plus de 10 km mais cela reste rare. Le plateau Shan, avec ses côtés pentus aux niveaux des plaines et ses larges rivières au Salween sont bien plus prometteurs. Il y a également la "Red River Cave" et la "Phruno Cave" dans le Kayah State.
Je recherche depuis sept ans des rivières souterraines de cette largeur dans le Nord de la Thaïlande. L’entrée de la grotte "Phruno" est haute de 50 mètres avec une cascade intérieure suivie d’un large passage. Je n’oublierai jamais notre premier passage ; tandis que nous venions de passer l’entrée longue de 100 mètres et que nous nous élancions en criant dans le passage de la rivière principale, nous continuions, après coup, d'entendre clairement l’écho résonnant dans l’obscurité la plus totale ! La cave est explorée sur 2.5 km et la rivière resurgit 10 km plus loin. Cette grotte pourrait bien être la plus large de la région. La "red River" grotte est unique avec son labyrinthe de rivières dont certaines ont des courants contraires et des espaces vraiment larges. Nous nous sentions perdus au début, puis l’exploration a révélé un superbe labyrinthe. Le site serait d’ailleurs propice pour le tourisme et nous espérons que le district de Bawlakhe le conservera ainsi. Et bien sûr, personne n’a jamais exploré ces caves alors que la Thaïlande est bien plus facile d’accès. De plus, la diversité ethnique du Myanmar fait de chaque expédition une aventure culturelle.

A l’image du tourisme, que pourrait apporter la spéléologie et une connaissance approfondie de ses sous-sols à la Birmanie ?
La spéléologie est une science pluridisciplinaire. Cela va de l’exploration et de la documentation des cavernes à la recherche géologique, biologique et même archéologique. Les stalagmites, par exemple, sont des témoins climatiques et fournissent des informations sur les conditions climatiques d’antan. C’est d’autant plus vrai dans les régions affectées par la mousson. Un chercheur de l’université d’Oxford nous a accompagnés une année pour recueillir des échantillons de spéléothèmes et d’eau. Les saisons des pluies et autres changements influencent les modèles climatiques. Ces variations doivent être comprises pour améliorer ces modèles climatiques.

Les karsts fournissent également à la faune et à la flore des environnements uniques stimulant les mécanismes d’adaptation des espèces. La F.F.I (Flora Fauna International) a un programme de trois ans appelé la "Biodiversité dans les karts". Ils utilisent nos données relevées dans les cavernes ainsi que nos études pour planifier leurs expéditions et identifier de nouvelles espèces. Les archéologues sont intéressés par les entrées des grottes qui peuvent abriter des reliques préhistoriques. Nous sommes des spéléologues ; nous nous concentrons sur l’exploration et la documentation des cavernes et des karsts. Cela fournit une base solide pour d’autres projets de recherche. Et puis il y a également l’aspect de l’écotourisme. La Chine a de nombreux sites protégés par l’UNESCO ainsi que des parcs nationaux qui sont dans des karsts, cela montre le potentiel commercial des cavernes, celles-ci pouvant aider à développer le tourisme de zones rurales. Le Myanmar a de grands karsts qui sont d’une beauté incroyable et propices à une activité touristique. 

Où en est l’exploration des sous-sols birmans en 2016 ?
Connaît-on la superficie totale nationale du sous-sol et combien il reste à découvrir ?
Les sous-sols Birmans restent parmi ceux ayant été les moins explorés. Cela pour différentes raisons. D’abord, la superficie. La Birmanie e de grandes zones, surtout sur le plateau Shan, qui ne sont pas accessibles aux étrangers et nécessitent des permissions spéciales. Parallèlement, le pays, toujours dans le plateau Shan, est composé d’un des plus larges massifs de calcaire de l’Asie du Sud-Est. L’accès y est limité par le manque de routes et les temps de voyage que cela implique.
Le support du MOHT (Ministry Of Hotels and Tourism) avec ses permis d’accéder à des zones autrement interdites ouvre des portes pour l’exploration, mais celle-ci, en elle-même, implique de limiter la taille des équipes. Il y a donc tout un tas de raisons humaines et géographiques qui ralentissent l’exploration des sous-sols. Mais l’intérêt grandi. Nous rencontrons toujours beaucoup de monde à chaque projet et nous sommes toujours supportés. On retrouve partout cette curiosité de savoir ce qu’il y a sous nos pieds. Beaucoup des locaux que nous rencontrons nous accompagnent jusqu’à l’entrée mais peu osent s’aventurer au-delà. Il y a aussi l’exemple des moines bouddhistes qui utilisent et développent les cavernes comme sites de pèlerinage depuis très longtemps. Donc l’intérêt est là, il faut juste le développer encore plus.

Mon souhait serait d’enseigner à un groupe les techniques pour explorer et cartographier les karsts afin qu’ils puissent pratiquer et enseigner à leurs tours. Depuis l’année dernière, nous avons créé un groupe Facebook pour partager des photos ainsi que des cartes et notre groupe a très vite atteint les 350 membres. Donc encore une fois, l’intérêt est là, il faut juste y insuffler de l’éducation, montrer les techniques et expliquer les tenants et les aboutissants, à savoir que les intérêts vont au-delà de la spéléologie. Je crois que pour l’heure, l’intérêt est encore sous-estimé et qu’une systématisation des programmes de préservations serait bénéfique.

Site internet: www.myanmarcaves.com
Facebook: Myanmar Cave Documentation Project
Contact: joerg.dreybrodt@myanmarcaves.com
Jeudi 5 Janvier 2017 (www.lepetitjournal.com/Birmanie) Sébastien Lafont-Frugier 

 

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