Zurich

SECHSELÄUTEN - Tout savoir sur la fête du printemps

La fête du printemps, Sechseläuten, aura lieu ce lundi à Zurich. C’est le moment de se pencher sur cette tradition originale qui fait la fierté de la ville et de ses habitants. Et qui ne cesse d’étonner les moins avertis. 

Sechseläuten et ses origines

Sechseläuten, ou Sächsilüüte en Zürideutsch, est une des fêtes traditionnelles les plus populaires de Zurich. Elle se tient tous les ans, le troisième lundi du mois d’avril, et marque l’arrivée des beaux jours. Les 26 guildes zurichoises, ainsi qu’une guilde invitée venant d’un autre canton, défilent dans le centre-ville. Elles escortent jusqu’à la Sechseläutenplatz le char du Böögg, un mannequin en bois rempli d’explosifs et représentant un bonhomme de neige - symbole de l’hiver, qui est mis à feu à 18h00. Sa combustion est utilisée comme présage météorologique : plus vite il explosera, meilleur sera l’été.

Le Böögg avant sa mise à feu (Crédits: Zurich Tourismus)

Les origines de Sechseläuten remontent au Moyen-Age, quand les guildes fêtaient l’arrivée du printemps et le début des horaires estivaux. Pendant l’hiver, le travail était autorisé jusqu’à la tombée de la nuit, soit aux alentours de cinq heures. Mais à partir du printemps, celui-ci pouvait durer jusqu'à six heures. Sechseläuten ou "la sonnerie des cloches de six-heures", c’est donc la cérémonie qui marque ce changement saisonnier et la possibilité de profiter de quelques heures de jour en plus pour travailler plus tard... mais aussi pour se détendre entre six heures et la nuit. Historiquement, c’est la Feierabendglocke, la "cloche de l’heure de fermeture" de la Grossmünster, qui sonne la sixième heure pour Sechseläuten. Aujourd’hui, ce rôle est plutôt dévolu au cadran de la St. Peter Kirsche, visible depuis la Sechseläutenplatz.

Le Böögg, entre prédictions météo et BBQ party

Si les origines de Sechseläuten se perdent dans l’histoire de la ville, l’incorporation du Böögg dans le cérémonial est plus récente. Au XIXème siècle, la crémation d’un mannequin lors des fêtes de printemps est recensée dans plusieurs quartiers zurichois. Elle est souvent pratiquée par des sociétés de jeunes. Mais les deux traditions ne se rejoignent qu’à partir de 1902. Depuis, la mise à feu du Böögg n’a jamais fait défaut… ou presque. En 1921, le Böögg est incendié avant Sechseläuten et les communistes seront accusés du forfait. En 2006, ce sont les explosifs qui sont dérobés avant la cérémonie. Enfin, l'année dernière, la pluie était tellement forte que le mannequin a refusé de brûler : il mettra finalement 43 minutes et 34 secondes à se consumer, un nouveau record !

Si la crémation du Böögg relève pour beaucoup du folklore, la cérémonie est tout de même sensée prédire la qualité de l’été à venir. Malheureusement, ces prédictions tombent souvent à côté de la plaque. Au cours des dernières années, les présages ont été régulièrement contredits par la météo. Sauf en 2003. Le Böögg avait brûlé en seulement 5 minutes et 43 secondes : un record… C’était quelques mois avant la canicule qui avait frappé l’Europe.

Depuis quelques années, la fête se prolonge après la crémation du Böögg. Sur les braises encore fumantes du pauvre bonhomme de neige, les familles font griller quelques saucisses… à leurs risques et périls ! En 2015, un pétard avait explosé en retard, blessant légèrement huit personnes. Ce qui ne devrait vraisemblablement pas dissuader la foule de venir cette année encore avec quelques Bratwürste. Mais si vous préférez les marshmallows…

Le défilé, chasse gardée des 26 guildes zurichoises

Les cavaliers lors du défilé (Crédits: Roland Zh)

Seuls les membres des guildes zurichoises, les "Zünfte", leurs invités, et la guilde hôte sont autorisés à défiler pour Sechseläuten. La fête est en effet intimement liée aux guildes de marchands et d’artisans, dont le rôle est particulièrement important dans l’histoire de Zurich. Nées à travers toute l’Europe avec l’essor économique des XI et XIIème siècles, les guildes réunissaient les professionnels d’un même métier pour organiser son enseignement et sa pratique. Elles garantissaient la solidarité entre leurs membres et pouvaient, dans certaines villes, jouer un rôle politique majeur. C’est particulièrement vrai à Zurich.

A l’origine, la vocation politique des guildes zurichoises est pourtant limitée : en ville, le pouvoir est exclusivement détenu par les nobles et les bourgeois libres. Et ce jusqu’en 1330, quand le chevalier Brun renverse les dirigeants de Zurich avec l’aide des corporations d’artisans et de marchands. C’est la "Révolution des artisans" qui porte les treize guildes historiques au pouvoir. Elles le partagent avec la société des nobles et des chevaliers, la "Gesellschaft zur Constaffel", qui réunit les anciennes classes dirigeantes, et compte dès lors comme une quatorzième guilde. Ensemble, elles domineront la cité pendant quatre siècles, jusqu’à la conquête napoléonienne.

Depuis, elles sont devenues de simples sociétés de sociabilité masculines, réunissant leurs membres autour de traditions. A la fin du XIXème et tout au long du XXème siècle, les quatorze guildes d’origine sont rejointes par quatorze guildes de quartier, à mesure que Zurich absorbe les communes voisines. Après deux fusions, elles sont aujourd’hui 26. Pour Sechseläuten, ce sont donc 3.000 membres qui défilent, costumés et en musique. L’ordre du défilé change chaque année, mais c’est le Comité central des guildes qui ouvre toujours la marche, suivi par les représentants du canton hôte. 350 cavaliers prennent également part au défilé puis font le tour de la place autour du Böögg en feu.

Sechselaüten, une histoire de (bon)homme … Et les femmes et les enfants dans tout ça ?

Traditionnellement, les femmes ne peuvent pas défiler lors de Sechseläuten. Une absence qui s’explique par les statuts des guildes zurichoises, qui n’accueillent que des hommes. La Société de Fraumünster, une guilde féminine, organisait donc son propre défilé parallèlement à la parade principale. Mais depuis 2010 ses membres sont conviées à Sechseläuten en tant qu’invitées de la Gesellschaft zur Constaffel. Une évolution qui a fait grincer quelques dents.

Le "Kinderumzug" (Crédits: Roland Zh)

La veille de Sechseläuten a lieu le Kinderumzug, ou "défilé des enfants", un évènement presque aussi attendu que celui des aînés. Il se déroule en centre-ville depuis 1896 et rassemble en moyenne plus de 3.000 enfants, de 5 à 15 ans, qui défilent en costumes d’époque, accompagnés de fanfares de jeunes. Pour finir, le cortège se réunit au Kongreshaus, où des sandwiches et des boissons sont distribués. Le Kinderumzug est plus ouvert que le défilé des guildes : il est mixte depuis ses origines, accueille des enfants venus de tout le canton et même des jeunes étrangers qui ferment le cortège. Depuis deux ans, une délégation française, également en costume traditionnel, participe à cette journée.                     

Sechseläuten et le droit des animaux

Depuis une centaine d’année, la Guilde des marins pratiquait une curieuse coutume lors de Sechseläuten : le lancer de poissons morts. Des gardons, considérés comme non comestibles, étaient jetés dans la foule, sur les balcons et par les fenêtres ouvertes. Un geste vu comme une référence à la Bible. Mais cette tradition sera définitivement abandonnée à partir de cette année. Elle suscite depuis longtemps déjà le courroux de la Société de protection des animaux de Zurich. Mais ce sont les pêcheurs, qui voyaient d’un mauvais œil ce gaspillage alimentaire, qui en sont venus à bout. Les poissons morts sont donc remplacés par des poissons en chocolat.

Le poisson n’est pas la seule préoccupation de la Société de protection des animaux. Il y a deux ans, un cheval est mort d’un arrêt cardiaque durant la mise à feu du Böögg. L’accident de trop pour les défenseurs des droits des animaux, qui dénoncent depuis des années le stress auquel sont soumis les chevaux qui galopent sur la Sechseläutenplatz. Une critique mises à mal par une étude de l'Université de Zurich démontrant que le défilé équestre n'engendre pas de stress excessif chez les chevaux. Le comité d’organisation a malgré tout revu à la hausse ses critères de sécurité. Les cavaliers doivent donc présenter des certificats d’aptitude équestre et passer un test d’alcoolémie.

Jean-Baptiste CHATAIN (www.lepetitjournal.com/zurich) vendredi 21 avril 2017.

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