Zurich

SEMAINE DE LA LANGUE FRANCAISE ET DE LA FRANCOPHONIE - Rencontre avec Sandrine Charlot Zinsli

La Semaine de la langue française et de la francophonie c’est parti ! Rencontre, avec Sandrine Charlot Zinsli, coordinatrice de la SLFF à Zurich et responsable de l’association Aux Arts etc.


Sandrine Charlot Zinsli, coordinatrice de la Semaine de la langue française et de la francophonie (Jean-Baptiste Chatain)

Lepetitjournal.com Zurich : Bonjour Sandrine Charlot Zinsli, quel est votre rôle dans le tissu associatif francophone de Zurich et dans l’organisation de la Semaine de la langue française et de la francophonie ?

Sandrine Charlot Zinsli : Je suis la responsable du site, de la plateforme et de l’association Aux Arts etc. Et je m’occupe de la Semaine de la langue française et de la francophonie à Zurich depuis le début, donc depuis 12 ans environ. Il y a deux ans j’étais la coordinatrice de la SLFF à l’échelle nationale. L’année dernière j’ai fait une pause. Mais cette année on m’a demandé d’assurer à nouveau la coordination au niveau zurichois. Et j’ai dit oui.

LPJZ : Quel est le concept de la Semaine de la langue française et de la francophonie à Zurich?

SCZ : L’idée c’est de mettre en valeur, pendant une ou deux semaines, les énergies francophones dans la région de Zurich. En fait il s’agit de montrer le français dans sa diversité d’accents, d’origines mais aussi d’expressions. C’est pour ça qu’il y a des concerts, du cinéma, des conférences, des ateliers etc... Dévoiler la richesse autour d’une langue en quelque sorte. Et montrer qu’il est possible de s’adresser à d’autres publics que le public francophone et de viser aussi un public francophile via la langue française. C’est pour ça qu’il existe également des projets scolaires à destination des germanophones. Parce que s’il s’agissait de faire uniquement du français pour les Français ou du français pour les Romands, la SLFF aurait moins de sens.

LPJZ : Quels sont justement les publics visés par la SLFF ?

SCZ : Nous visons les francophones, les francophiles et même au-delà. La SLFF s’adresse vraiment à tout le monde. La Nuit Francofolle, par exemple, c’est pour tous ceux qui s’intéressent un peu à la musique et qui ont envie de faire la fête. Donc un public assez large. Pour les évènements plus pointus, comme la rencontre à l’Université de Zurich avec l’auteur romand Pierre Chapuis, il y aura sans doute moins de monde mais ça sera par contre d’une grande qualité. Quand nous proposons des conférences, c’est sûr que c’est compliqué d’attirer un public très large si elles ne sont pas traduites. Mais c’est vrai aussi que vu les canaux de communication, et vu l’offre culturelle zurichoise, nous serons déjà bien contents si les francophones viennent. Parfois c’est difficile.

LPJZ : Quel est le thème de la SLFF 2017 ?

SCZ : Il n’y en a pas vraiment cette année ! Pendant des années nous avions un slogan, un thème et c’était assez compliqué de s’y tenir. C’était parfois un peu artificiel. Mais peut-être que le concept va complètement changer à partir de l’année prochaine. Avec un thème qui pourrait tourner autour du voyage et d’un continent. Il y aura un fil rouge. Mais cette année le fil conducteur c’est juste de faire des choses autour de la francophonie.

LPJZ : Un des évènements phares de la SLFF c’est la Nuit Francofolle, au Moods. D’où vient cette idée ?

SCZ : C’était l’idée d’avoir un grand évènement francophone festif qui rassemble les gens. A l’origine il y avait ce petit groupe très sympa, De Rien, que nous avions entendu à Chansons en Stok.  A ce concert nous étions assis, et j’avais pensé que ce serait une bonne idée d’entendre ce groupe debout, dans une ambiance encore plus festive. Et donc c’est ce coup de cœur pour ce groupe qui nous a donné l’idée de faire quelque chose de plus grand dans une institution zurichoise. Ce concept a peut-être un petit peu changé mais en tout cas la Nuit Francofolle a perduré jusqu’à aujourd’hui, et se tient toujours au Moods. La première année il y avait 500 personnes. C’était plein à craquer, assez fantastique.

LPJZ : Quels groupes sont programmés cette année ?

SCZ : Cette année il y aura Henri Dès et Explosion de Caca, le groupe de son fils. C’est un groupe qui déménage, assez rock : du "punk trash musette". Le DJ de la soirée (Thomas Bohnet, N.D.L.R.) est également vraiment très bien. Il fait danser à Berlin ou à Munich : c’est le grand connaisseur du son francophone en Allemagne. Il y a fait les premières parties de Stromae et quand il y a des concerts francophones il est souvent présent.

LPJZ : La SLFF, c'est également une semaine de culture avec plusieurs conférences. Qui sont les invités ?

SCZ : L’Alliance française de Zurich organise deux conférences dont une en collaboration avec Aux Arts etc. La première avec Pierre Assouline. Et l’autre sur le thème de la parole manipulée dans la publicité avec Laurence Hainault-Aggeler.

LPJZ : Cette année la poésie sera également à l’honneur.

SCZ : L’Université de Zurich propose une rencontre autour d’un poète romand renommé, Pierre Chapuis. Et c’est une nouveauté, cette année il y aura une soirée printemps de la poésie que nous avons intégré à la SLFF. Nous allons voir ce que ça va donner mais en tout cas c’est vraiment bien d’essayer. Un concours de poésie a été lancé à cette occasion. Il y aura donc de la poésie vivante. Et également un spectacle, vraiment bien, proposé par la Compagnie Nacéo. C’est un très bon collectif de théâtre, qui fera une réinterprétation des Exercices de style (Raymond Queneau, N.D.L.R.). Très chouette.

LPJZ : Des activités pour les enfants et les familles sont également au programme.

SCZ : Il y aura Parlure et Parlotte au NONAM (Musée des natifs d'Amérique du Nord, N.D.L.R.), qui organise des ateliers de bricolages ainsi que des visites comptées en français. C’est organisé par Julia Tabakhova, la médiatrice culturelle du musée, et c’est très bien fait. A Winterthur, la Bibliothèque municipale, propose une activité bilingue pour les enfants avec un kamishibai. C’est une forme de petit spectacle, un théâtre d’images, venu du Japon. Les images défilent pendant que l’histoire est racontée. Au Japon, des compteurs itinérants allaient d’un village à l’autre et utilisaient ces livres qu’ils pouvaient installer comme un petit écran de papier.  

LPJZ : Les écoles alémaniques sont invitées à participer à la SLFF. De quelle manière ?

SCZ : Avec Aux Arts etc, nous sommes derrière un projet destiné aux classes de gymnase de Suisse alémanique. Depuis plusieurs années, nous proposons la projection d’un ou deux films dans des cinémas de différentes villes. Ces séances donnent lieu à une discussion avec les élèves, en présence du réalisateur, d’un acteur ou d’un intervenant.

L’année dernière nous avion choisi Keeper et 1.200 élèves avaient vu le film avec nous. Cette année ce sera Le ciel attendra. Ce n’est pas un film suisse contrairement aux autres années mais nous avons pensé que le sujet, la radicalisation des jeunes filles, pouvait toucher les adolescents. C’est très bien fait, avec une certaine complexité cinématographique, et les comédiennes sont excellentes. Nous accueillerons la jeune actrice principale, Noémie Merlant, qui était une des actrices nominées pour le César du meilleur espoir féminin il y a quelques semaines. C’est un film pédagogique, important et qui donne à réfléchir et à parler. Et c’est justement ce que nous essayons de faire.

L’objectif c’est de montrer le français autrement en proposant aux jeunes Alémaniques et à leurs enseignants des situations extra-scolaires pendant lesquelles ils pourront rencontrer des francophones. Pour leur montrer que la langue est vivante, qu’elle peut vraiment servir à communiquer, poser des questions intéressantes, importantes, difficiles.

LPJZ : Quelles sont les associations francophones impliquées dans la SLFF ?

SCZ : J’ai proposé à toutes les associations francophones de participer, et celles qui ont eu l’envie, le temps ou l’énergie ont répondu présent. Toutes ne participent pas à chaque fois. Mais en général on retrouve Padam… Padam…, les Amis des petits lutins à Winterthur, le Lycée français et l’Alliance française.

LPJZ : Et les institutions alémaniques ?

SCZ : Certaines participent effectivement, comme l’Université de Zurich. Le Moods, lorsque nous avons lancé cette idée de Nuit Francofolle, ça a super bien marché, il y avait beaucoup de monde. Et ils se sont rendus compte que c’était possible de faire une soirée autour d’artistes francophones.  Mais il faut dire que nous ne contactons pas toutes les institutions et que nous travaillons avec des petits moyens. Et cette année, c’est une année "light", de transition. Ça n’était pas forcément le moment de mettre en place des projets ou des partenariats à long terme. Nous verrons une fois le nouveau concept défini.

LPJZ : Qu’en est-il de la ville et du Canton de Zurich ?

SCZ : La ville nous a toujours soutenu en mettant à disposition son service de communication, avec l’envoi de flyers par exemple. Mais nous n’avons jamais sollicité le Canton de Zurich.

LPJZ : Quel peut-être le rôle de la SLFF à Zurich, dans un contexte de remise en cause de l’enseignement du français à l’école ?

SCZ : C’est important d’avoir des activités dans les écoles. Dans le contexte actuel il faut soutenir les profs de français. C’est sans doute le moment de se poser des questions sur l’enseignement du français en Suisse alémanique. Il s’agit d’une question d’actualité récurrente. J’en entend parler depuis que je suis en Suisse et ça revient à chaque fois qu’il y a une initiative lancée sur la question.

La SLFF c’est donc l’occasion de montrer qu’il y a des francophones à Zurich, et qu’il y a des personnes qui proposent des projets en français intéressants et variés. Bref, que le français n’est pas une langue morte. D’un, le français ça n’est pas très loin, une centaine de kilomètres, et deuxièmement, à Zurich la communauté francophone est importante. On dit souvent que Zurich est la troisième ville francophone de Suisse.

LPJZ : Un mot de conclusion ?

SCZ : Il y a peut-être moins de projets proposés cette année, car il s’agit d’une année un peu transitoire pour la SLFF avec l’arrivée d’un nouveau responsable au niveau de la Suisse. Mais je trouve qu’il y a de la qualité. Le Benoit Paradis Trio, programmé par Padam… Padam… par exemple, je l’ai vu l’année dernière en février. Et c’est vraiment super. Ce trio de jazz-chanson musette québécois est très bon. Et les orateurs qui vont intervenir dans le cadre de conférences, que ce soit Pierre Chapuis ou Pierre Assouline, sont également des sommités chacun dans leur domaine.  

Jean-Baptiste CHATAIN (www.lepetitjournal.com/zurich) vendredi 17 mars 2017.
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