Zurich

CRISE - La Turquie soupçonnée d'espionnage à l'Université de Zurich

Hasard du calendrier ? Au moment où la tension monte entre certains pays européens et la Turquie au sujet des meetings pro-Erdogan organisés sur le continent, le Tages Anzeiger a révélé lundi que la Turquie aurait commandité l’espionnage de deux conférences à l’Université de Zurich. Une démarche inédite, et manifestement illégale, qui viserait les opposants déclarés ou supposés au régime de Recep Tayyip Erdogan, et qui pousse l’établissement d’éducation supérieure à envisager des mesures pour mettre fin à ces pratiques. 


Consulat général de Turquie à Zurich

C’est une information qui n’était pas encore remontée aux oreilles de la direction de l’Université de Zurich jusqu’à lundi. Selon des témoignages recueillis par le Tages Anzeiger, des "espions" pro-Erdogan seraient intervenus à deux occasions ces derniers mois pour prendre en photo, un à un, les auditeurs de conférences organisées dans l’enceinte de l’institution zurichoise.

Les séminaires visés portaient sur des sujets "sensibles" aux yeux du régime turc. Au mois de décembre dernier, c’est lors d’une intervention de Can Dündar, rédacteur en chef du journal d’opposition "Cumhuriyet", que certains auditeurs ont remarqué la présence de deux individus, assis sur un balcon de la salle, occupés à photographier avec un appareil reflex tous les participants. Une méthode appliquée à nouveau le 11 janvier au cours d’un séminaire d’Histoire portant sur le génocide arménien. Là encore l’œuvre de deux individus, munis de téléphones portables cette fois-ci.

Technique de fichage ou méthode d’intimidation ?

Selon les académiciens contactés par le Tages Anzeiger, les regards se portent sur la Fondation turco-islamique de Suisse, basée dans le quartier d’Oerlikon à Zurich, et sur Ergin Yilmaz, imam et membre du bureau de cette association. Il est soupçonné d’orchestrer un réseau d’espionnage visant les universités suisses et les ressortissants turcs expatriés. Pour ces universitaires, l’existence d’un système de fichage indexant les personnes intéressées par la "question kurde", le génocide arménien ou le régime turc ne fait aucun doute.

La Fondation turco-islamique aurait également une cible plus précise en tête : le FETO (pour Organisation terroriste Fethullah), une entité dont l’existence n’est pas attestée mais qui est accusée par le régime turc d’être à l’origine de la tentative de coup d’Etat de juillet dernier en Turquie, et qui disposerait de ramifications en Suisse. En octobre, un rapport rédigé par Ergin Yilmaz à l’intention du gouvernement turc désignait comme suspects certains fidèles de la mosquée d’Oerlikon, et indiquait que le FETO disposerait de revenus annuels de 2 millions de francs en Suisse.  

De leurs côtés, les étudiants turcs de l’Université de Zurich interrogés par le Tages Anzeiger se montrent de plus en plus réticents à l’idée de critiquer publiquement le régime d’Erdogan. En cause, la peur de représailles contre leur famille restée en Turquie ou la crainte de rencontrer des problèmes avec les autorités lors de leurs visites sur place.

L’Université de Zurich envisage des mesures

Mise au courant de ces pratiques lundi, l’Université de Zurich a réagi par la voix de son recteur, Michael Hengartner : "C’est clairement illégal", a-t-il expliqué au Tages Anzeiger. "Photographier les participants à un évènement public de manière rapprochée sans leur autorisation est interdite". Le Code Civil suisse prohibe effectivement dans le cadre du droit à l’image, de prendre des clichés en gros plan d’individus sans leur permission, qui plus est à des fins de fichage.

Le directeur de l’Université a d’autre part diligenté une enquête pour déterminer si de tels agissements ont pu avoir lieu à d’autres occasions. Il admet cependant que de telles pratiques seront de toutes manières difficiles à prouver. Mais l’institution envisage de prendre des mesures, comme l’interdiction générale de photographier pendant les séminaires, pour éviter leur réitération.

Dès lundi, la polémique entourant cette entreprise d’espionnage a dépassé le cadre zurichois et gagné Berne. Le conseiller d’Etat Alex Kuprecht, de l’Union démocratique du centre (UDC), a déclaré que le sujet serait abordé lors de la prochaine session parlementaire afin de déterminer les suites politiques à donner à cette affaire.  

Jean-Baptiste CHATAIN (www.lepetitjournal.com/zurich) mardi 14 mars 2017.
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