Varsovie

CRISE PARLEMENTAIRE – Les députés d’opposition passent Noël à la Diète

Depuis le 16 décembre dernier une nouvelle crise politique secoue le pays. Manifestations, siège du parlement, passe d’armes entre l’opposition et la majorité. Pour bien commencer l’année lepetitjournal.com/Varsovie vous propose de revenir sur l’origine de cette situation de blocage et ses derniers développements en attendant le 11 janvier, date de la prochaine session de la Diète.

A l’origine du conflit : un texte de loi sur l’accès des médias à la Diète
La crise parlementaire débute le 16 décembre avec l’adoption d’un texte de loi qui restreint l’accès des médias à l’hémicycle de la Diète : le nombre de chaînes de télévision autorisées à enregistrer les séances au Parlement serait limité à cinq et le nombre de journalistes accrédités serait aussi limité à deux par organe de presse. En signe de protestation, un député de l’opposition brandit à la tribune de la Diète une pancarte « Médias libres » et se fait exclure par le président de la chambre. En réaction, des députés de l'opposition bloquent la tribune puis l'hémicycle. Quelques heures plus tard, la session est déplacée dans une autre salle du parlement pour adopter le budget de l’Etat 2017. Mais alors que selon la majorité, le vote a eu lieu dans les règles, l'opposition le déclare illégal.

Vote du budget 2017: des imprécisions sur le déroulement
Selon les sténogrammes rendus publics le 22 décembre, dix députés auraient été désignés par le président de la Diète, M. Marek Kuchciński, pour compter à la main les voix des députés lors du vote sur le budget 2017 dans une salle latérale du parlement, l’hémicycle étant bloqué par l’opposition. Les sténogrammes parlent de huit députés du PiS, un député du PSL (Krystian Jarubas) et une députée de Kukiz’15 (Elżbieta Borowska). Mais ces deux derniers nient avoir occupé ce rôle. Ils déclarent même ne pas avoir été admis dans la salle du vote alors que le sténogramme ne mentionne pas leur absence. Le président de la Diète, interrogé à ce propos par les médias, rectifie l’information en déclarant que le vote a été effectué finalement par les huit députés-secrétaires du PiS.

Simultanément, le président du PiS, Jarosław Kaczyński, déclare à la radio que deux autres députés-secrétaires du PiS ont été désignés en remplacement et que les secrétaires étaient bien au nombre de dix. Pour l’opposition, le fait que deux hommes politiques fassent des déclarations divergentes confirme l’irrégularité du vote.

Noël au Parlement pour les députés de l’opposition
La PO et Nowoczesna annoncent qu’ils occuperont l’hémicycle et ce jusqu’au 11 janvier, date de la prochaine session de la Diète. Ils réclament la répétition du vote sur le budget. Une partie des députés des formations d’opposition ont donc passé les fêtes de Noël au Parlement. Ils publient un « Décalogue des libertés » dans lequel ils appellent le PiS à respecter notamment la liberté de la presse et la liberté de rassemblement remises en cause par de récentes initiatives parlementaires. 

Lors des messes de Noël, la plupart des grands archevêques de l’Eglise polonaise ont condamné le non-respect de la trêve des fêtes par les députés de l’opposition. Pour le journaliste du quotidien Nasz Dziennik, ce blocage serait en fait motivé( par la rivalité de MM. Schetyna (chef de la PO) et Petru (chef de Nowoczesna) qui briguent tous les deux le titre de leader de l’opposition. Aucun ne voudrait être le premier à renoncer à l’occupation du parlement afin de ne pas montrer de faiblesse par rapport à son rival.

 « Putsch » de l’opposition selon Jarosław Kaczyński
Elu « homme de la liberté en 2016 » par l’hebdomadaire wSieci, lequel est proche de l’actuel gouvernement, le président du PiS, Jarosław Kaczyński, a accordé à ce même magazine un entretien paru le 27 décembre. Il qualifie de « tentative de putsch » l’occupation de la salle plénière de la Diète par des députés de l’opposition ainsi que les manifestations qui se tiennent depuis le 16 décembre devant le Parlement. « C’était une tentative grave visant à paralyser le pouvoir en faisant appel à la force, par des moyens non démocratiques. Ils s’inspirent du Maïdan en inversant la signification des mots et des faits. Ils étaient préparés à cette action. […] Je voudrais le dire clairement : on ne nous brisera pas. Il y a de notre part une grande détermination, un mandat fort de la population. » M. Kaczyński a également accusé les media d’avoir « touché le fond » en « prenant directement part à cette tentative de putsch, à cette tentative d’attaque portée contre la Diète. Ils ont appelé la population à y participer. C’est quelque chose d’incroyable dans un Etat démocratique. De plus, les media ont montré ce qui s’est passé de manière entièrement mensongère. […] Il est certain qu’une restructuration des media est nécessaire, bien que par nature le rôle de l’Etat ne saurait être décisif dans ce domaine. Il est par contre possible d’instaurer les mêmes règles qui fonctionnent dans le monde, comme par exemple celle de la déconcentration. »

Pas de compromis sur le vote portant loi de finances 2017
Pour sortir de la crise parlementaire, les représentants des partis d’oppositions proposent leurs conditions. Le chef de la PO, Grzegorz Schetyna, souhaite que trois conditions soient rassemblées pour permettre le déblocage de la Diète : retour de la présence des media au Parlement, annulation de la suspension du député Michał Szczerba et nouveau vote du budget. Le PSL veut que le président de la Diète convoque une réunion des chefs des partis politiques. Pour son chef, Władysław Kosiniak-Kamysz, la Diète pourrait adopter une résolution en vertu de laquelle le vote du 16 décembre serait reconnu comme inexistant. Kukiz’15 propose pour sa part de reconnaître la légalité du vote du 16 décembre mais veut que le Sénat accepte tous les 400 amendements proposés à la loi de finances par l’opposition, ce qui pousserait la Chambre haute à renvoyer la loi à la Chambre basse où se tiendrait un débat normal sur le budget.

Mais la Première ministre Beata Szydło n’est pas de cet avis, elle confirme que « tout a été adopté conformément à la loi et à la Constitution. Le gouvernement ne cèdera pas, le PiS non plus ».

Le 11 janvier, prochaine session de la Diète
Début janvier, Jaroslaw Kaczynski, déclare dans une interview pour la radio24 qu’il est certain qu’il y a eu le nombre minimal de voix lors du vote sur le budget le 16 décembre. Il a ajouté que le PiS n’a pas l’intention de faire appel à la force le 11 janvier, quand la première session de la Diète devra débuter, mais que les actions de l’opposition « nous y autoriseront ». « Si l’opposition continue ses actions nous serons obligés de fonctionner comme lors du vote sur le budget » a poursuivi le président du PiS.  

Sources: Gazeta Wyborcza ; Nasz Dziennik ; Polska The Times ; radio24 ; wSieci

La Rédaction (lepetitjournal.com/Varsovie) - Lundi 9 janvier 2017

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