Varsovie

DEFENSE ANIMALE - Qu'en est-il en Pologne?

 

Depuis les années 50, une tradition polonaise veut qu'avant Noël, on vende des carpes tuées par les commerçants sous les yeux des clients, qui peuvent aussi les ramener vivantes chez eux dans des sacs plastiques. Une pratique contre laquelle luttent les organisations de défense animale. Plus globalement, qu'en est-il de la protection animale en Pologne ? Quel cadre législatif pour quelle efficacité ? Lepetitjournal.com/Varsovie a mené l’enquête. 

Que dit la loi en Pologne en matière de protection animale ? 

Le premier texte polonais en la matière date de 1928 et prend la forme d'un décret présidentiel. En vigueur jusqu'en 1997, il introduit la protection humanitaire animale dans le système légal polonais. A  l'époque, il est un des textes les plus progressistes de ce type dans le monde. Le premier congrès international des associations de protection animale, tenu à Vienne en 1929, décide même qu'il serait conseillé de recommander cet acte comme modèle afin qu'il soit pris en considération par les autres pays. 

"Un animal, en tant qu'être vivant capable de souffrir, n'est pas un objet. L'homme a un devoir de respect, de protection et de soin". Voilà ce qu'indique l'actuelle loi en vigueur sur la protection animale de 1997, "Animal Act", modifiée à plusieurs reprises depuis. Avant cette date, l'animal est considéré comme un objet sur le plan légal Avec cette loi, la Pologne suit ainsi la Déclaration Universelle des Droits des Animaux de l'UNESCO de 1978, qui statue que "l'animal n'est pas une chose". A titre de comparaison, ce n'est qu'en 2015 en France que l'animal est reconnu comme un "être vivant doué de sensibilité ". 

La cruauté envers les animaux est interdite à l'article 6, entendue comme un acte délibéré, ou rendant possible la souffrance de l'animal : mutilation, coups, maintien dans des conditions de vie inadéquates...L'ensemble de cette loi s'applique aux animaux vertébrés, utilisés dans des activités d'animation (cirque, films), de sport, les animaux sauvages et les animaux de compagnie. D'aillleurs, le chapitre 2 de la loi concerne ces derniers, indiquant que leurs propriétaires se doivent de leur donner une protection contre le froid, la chaleur et la pluie, un accès à la lumière du jour, de l'espace, de la nourriture adéquate et un accès constant à l'eau. 

L'application de cette loi se fait non seulement par l'Etat et les gouvernements locaux mais d'autres organismes peuvent également en permettre la mise en œuvre, comme le corps des vétérinaires ou les organisations publiques ayant en charge la protection animale. De plus, les organisations non gouvernementales protégeant les animaux peuvent coopérer avec les autorités nationales et locales pour la divulgation et la poursuite de crimes dans ce domaine. 

Mais pour Katarzyna Biernacka, ancienne présidente d'Empatia, association de protection animale créée en 2004 et centrée principalement sur la promotion du « veganisme » : "On ne peut pas vraiment parler d'un acte de protection animale puisqu'il s'intègre dans un cadre d'exploitation, on devrait plutôt dire que c'est un texte qui régule l'exploitation des animaux. Cette loi permet en effet de tuer 800 millions animaux par an en Pologne. » 

      Cette loi est-elle bien appliquée ? 

Comme le rappelle Katarzyna Biernacka : " On croit toujours qu'une loi va résoudre tous les problèmes, mais c'est la volonté de la faire respecter qui compte. La loi de 1997 est pour les animaux domestiques un outil pour défendre leurs droits, et intervenir si besoin. Cependant, il y a de sérieuses limites. Par exemple, la cruauté envers les animaux est censée être punie de deux à trois ans de prison. Le problème, c'est qu'une personne est reconnue coupable seulement si l'on prouve ses intentions de nuire. Or, les propriétaires d'animaux inventent des excuses ridicules pour dire qu'ils n'ont pas fait exprès...et ça marche !" Un point de vue partagé par Magda Migdał , coordinatrice des bénévoles du refuge Paluch à Varsovie : "Le problème, c'est qu'il est très difficile, voire légalement impossible de prouver qu'une personne a été cruelle envers des animaux. La loi est une chose mais il faut des gens pour l'appliquer. Or la police ne veut pas s'en occuper et il n'y a pas d'unité spéciale dans la matière. Ce n'est pas non plus un sujet important pour les hommes politiques ". 

Une enquête menée il y a quelques années par la fondation de protection animale Czarna Owca Pana kota sur l'application de la loi de 1997 conclut que peu de personnes ayant fait preuve d’actes cruels envers des animaux sont sanctionnées. Ainsi, dans 74% des cas, les prévenus ne vont pas jusqu'au tribunal, la poursuite de l'affaire étant abandonnée par la police ou les procureurs. Dans la majorité des cas, les coupables (des hommes à 83%) reçoivent une peine d'emprisonnement qui est dans 86% des cas prononcée avec sursis. Les victimes de ces crimes sont principalement des animaux domestiques, chiens ou chats (plus de 83% des cas). Pour Katarzyna Biernacka, cela a pour conséquence de "montrer que l'on peut se moquer de la loi". 

De plus, internet donne des possibilités pour que la loi soit contournée. Si il y a quelques années, la Pologne interdit la vente de chiens sans certificats de race, des annonces de façade sont postées pour vendre des colliers de chiens, alors que c'est bien l'animal qui est vendu dans les faits. 

Quelles organisations pour quel combat ? 

    Le véganisme* en Pologne 

La part des personnes végétariennes et « vegans » en Pologne reste faible (de 5 à 7%), même si l'intérêt pour ces pratiques augmente ces dernières années. Cela s'explique par la cuisine traditionnelle polonaise, qui comme l'explique Katarzyna Biernacka  "comporte beaucoup de viande, qui est aussi une manière pour les hommes de prouver leur virilité. Mais le « véganisme » devient maintenant une mode dans les grandes villes, c'est pour cela que de nombreux restaurants proposent ces services. Une étude indique même que Varsovie est parmi les premières villes européennes en terme de croissance des commerces vegan." 

    "Anti Circus" 

La campagne "Anti Circus" est une des principales campagnes polonaises, et une des plus vieilles puisque elle existe depuis les années 80. Il y a une dizaine d'années, les organisations de protection animale ont adressé une lettre au Ministre de l'Education afin d'arrêter le don de tickets gratuits de cirques aux écoles et aux garderies, qui permet d'attirer les enfants au cirque, et de faire payer les parents qui les accompagnent. Cette démarche des organisations s'est avérée payante puisque le ministère a édité une régulation allant dans ce sens. En 2015, la ville de Słupsk,  à l'extrême nord du pays interdit aux cirques de s'installer sur ses terrains municipaux, et un certain nombre de villes en font de même. Les compagnies de cirques ont fait appel de cette décision et ont eu gain de cause dans un petit nombre de cas. Les organisations de protection animale aimeraient que cette interdiction figure dans la loi de protection animale de 1997. 

      Les refuges 

Selon l'inspection vétérinaire polonaise, environ 140 refuges existent dans le pays. Tous ont pour objectif de recueillir et de prendre soin des animaux perdus ou abandonnés, phénomène répandu en Pologne (connaître le propriétaire de l'animal est difficile car le système de puces électroniques n'est pas obligatoire). La majorité des centres étant financés par des associations, la plupart n'ont pas les moyens de payer la castration et la stérilisation des animaux, qui limite les effectifs des centres. Selon les données du bureau des chirurgiens vétérinaires, seulement 7% des animaux en centre connaissent ce type d'opérations. 

En réalité, il existe encore plus de refuges en Pologne puisque les chiffres ne prennent pas en compte ceux à la légalité douteuse, maintenus seulement dans un but lucratif et gérés par des entités locales privées. Magda Migdał nous explique : "Le problème c'est que ces refuges reçoivent de l'argent au début par les autorités locales, mais n'en reçoivent ensuite plus pour le suivi, ce qui fait que les animaux ne sont pas toujours bien traités. Cela devient un vrai business". Un avis partagé par Katarzyna Biernacka : « Les compagnies privées qui gèrent les refuges sont plus intéressées par l'argent que par le bien-être des animaux, ce qui fait que ces derniers sont parfois maltraités, voire tués." Le cas du centre de Wojtyszki, dans le voïvodie de Łódź, est emblématique de ce type de pratiques. C'est le plus grand refuge de Pologne, et l'un des plus grands d'Europe, avec ses 4 000 chiens. La municipalité de la ville donne 5 à 8 PLN par jour au refuge afin de s'occuper des animaux. Cependant, les conditions de vie de ces derniers sont troubles… La majorité des "employés" sont des sans-abris qui ont souvent purgé une peine de prison et ont des problèmes d'alcool. On ne connaît pas exactement le nombre de chiens pris en charge dans le refuge puisque le propriétaire refuse de communiquer cette information aux autorités et aux organisations de protection animale. Cependant, l'inspection et les contrôles n'ont pour l'instant pas montré d'infractions, ce qui s'explique selon Magda Migdał, par le réseau du propriétaire du refuge, qui lui permettrait de passer au travers des mailles du filet de la justice. 

Dans la capitale, les animaux abandonnés ou errants sont pris en charge en vertu du plan de la ville les concernant, "Homeless Animal Plan Act". Le plan inclut le refuge de Paluch qui est financé en intégralité par la municipalité, une unité de forêt ainsi qu'une autre dans le zoo de la ville. Cela s'avère payant pour Magda Migdał : « Je trouve que Varsovie s'occupe bien de ce problème, d'ailleurs on ne voit pas de chiens errants dans les rues. Bien sûr il y a toujours des améliorations à faire, il faudrait notamment augmenter les effectifs de police. Les animaux perdus attendent parfois plusieurs heures avant d'être récupérés. ». Dans tous les cas, la situation pour les chiens errants est bien meilleure en ville que dans les campagnes, comme le rappelle Magda Migdał : « Dans les campagnes, les chiens sont parfois enchaînés. Alors que c'est interdit, dans les faits, ce n'est pas sanctionné." Ce que confirme Katarzyna Biernacka : "Cette pratique est une tradition. Or, il est interdit de le faire plus de douze heures consécutives. Mais à moins de rester assis avec le chien pendant douze heures et une minute, on n'a aucune manière de le prouver !

Quels principaux changements restent-ils à introduire en Pologne ? 

Pour Magda Migdał, une des choses principales à mettre en œuvre est "d'interdire les organismes privés à tenir des refuges, afin d'empêcher que cela devienne un commerce et rendre obligatoire les puces électroniques, afin de pouvoir suivre les animaux et les authentifier. C'est déjà une obligation pour les animaux de ferme mais pas pour les chiens et les chats par exemple. J'aimerais aussi que la loi soit plus stricte envers les personnes qui se rendent coupables d’actes cruels envers les animaux." Pour Katarzyna Biernacka : " Je ne crois pas vraiment que la loi soit la principale force de changement ; c'est sa mise en œuvre qui en est la clé. De plus, il y a un manque de connaissance de cette loi par la population, dont une partie ne connaît même pas l'existence. Des organisations forment, par exemple, les policiers afin qu'ils comprennent mieux cette loi, et sachent réagir aux situations auxquelles ils font face". 

Merci à Iwona Kossowska pour ses précieuses informations.

Merci à Katarzyna Biernacka et à Magda Migdał de leur disponibilité et d’avoir accepté de nous rencontrer. 

*Une personne "vegan" est une personne qui exclut de son alimentation tout produit d'origine animale (végétalien) et adopte un mode de vie respectueux des animaux (habillements, cosmétiques, loisirs...). (Définition Le Petit Robert 2015).

© Photo n°1: Constance H
© Photo n°2: Association Paluch

Constance H. (lepetitjournal.com/Varsovie) - Mardi 20 juin 2017

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