Varsovie

4 JUIN 1989 – Premières élections libres en Pologne

 

Dimanche 4 juin marquait l'anniversaire des premières élections libres en Pologne. Vingt-huit ans qu'ont eu lieu les premières élections libres dans le bloc soviétique, vingt-huit ans que le régime communiste a pris fin, vingt-huit ans que la Pologne est redevenue un pays démocratique et libre.

Un contexte des plus explosifs

La Pologne connaît à l'été 1980 une vague de grèves sans précédent. Pour la première fois, des comités inter-entreprises sont créés, notamment à Szszecin… et à Gdansk, dirigé par un certain Lech Walesa. En l'espace de deux mois, le syndicat Solidarnosc compte dix millions de membres. Plus qu'un syndicat, c'est un mouvement social réformateur, qui prône une véritable indépendance de la Pologne ; il est également rejoint par des intellectuels de l'opposition. Les autorités sont contraintes d'ouvrir des négociations mais en 1981, le général Wojciech Jaruzelski est nommé chef du gouvernement et sous la pression des conservateurs et de l'Union Soviétique, il impose l'état de guerre. Tandis que le couvre-feu est imposé à tous les Polonais à partir de 22 heures, les opposants au régime sont incarcérés, les grèves réprimées dans la violence (sept mineurs sont tués) et des commissaires militaires sont placés dans les usines et les bureaux.

Toutefois, au lieu d'asphyxier les contestations, la loi martiale crée une résistance civile de masse, du fait de l'alliance des intellectuels et des ouvriers. Le caractère pacifique de la lutte déclenche un soutien international à Solidarnosc et à la société polonaise et Lech Walęsa est désigné Prix Nobel de la Paix en 1983. L’Église aussi est un acteur important de l'opposition. Lorsque le Père Popieluszko est retrouvé mort en 1984 (HISTOIRE - Il y a 30 ans, la mort du Père Popiełuszko), une telle effervescence s'empare du pays que les autorités sont contraintes de livrer les assassins, à savoir les services de sécurité de l'Etat, à la justice.

La loi martiale n'a rien résolu et l'état de la Pologne a empiré. L'économie est en ruine et connaît une poussée inflationniste record, en parallèle d'une crise du logement. De plus, les autorités ont choisi de faire surchauffer les industries exportatrices pour rembourser leurs dettes, au détriment du marché intérieur. Il y a donc pénurie sur la plupart des produits de consommation. En avril 1988, dix millions de Polonais vivent sous le seuil de pauvreté et une nouvelle vague de grèves commence. Favorisée par le contexte international (la perestroïka en URSS et le soutien des pays occidentaux), une table ronde entre les parties est organisée. Elle est le fruit du sentiment partagé qu'il fallait ouvrir une transition, s'appuyant sur une stratégie de coopération, pour éviter à la Pologne une catastrophe sociale et économique.

4 juin 1989 : le jour qui a précipité tous les autres

Le 4 juin 1989, les premières élections partiellement libres ont lieu en Pologne, « partiellement libres » car une partie des sièges de la Diète sont assurés aux communistes. L'effet des élections est contraire à celui escompté par le Parti : 92 candidats sur les 100 présentés par Solidarnosc au Sénat sont élus, et le score est encore plus élevé pour le Sejm avec 160 sièges acquis sur les 161 possibles (soit 35% du Sejm). Le pouvoir sort délégitimé et ridiculisé du scrutin, même des membres du POUP (Parti ouvrier unifié polonais) n'ont pas voté pour les candidats communistes. Le premier gouvernement non communiste des pays du camp soviétique voit le jour : le gouvernement de Tadeusz Mazowiecki.

L'ampleur de la tâche qui incombe désormais aux gouvernements successifs est immense. En premier lieu, la réforme Balcerowicz (du nom de son promoteur) fait passer la Pologne d'une économie dirigiste à une économie de marché, en donnant une vraie valeur au zloty pour qu'il soit convertible et en privatisant de nombreuses entreprises. En parallèle, c'est tout le système politique et social qu'il faut reconstruire. Tout en créant un nouveau système de droit, le pluripartisme et la démocratie parlementaire sont mis en place.

En décembre 1990, Lech Walęsa, est élu président de la République lors d'élections générales libres, étape importante dans la création d'une forme démocratique de gouvernement. Lors de la prestation de serment, le président Ryszard Kaczorowski, représentant le pouvoir polonais en exil, a remis à Walęsa les insignes de la République de l'entre-deux-guerres. En effet, depuis 1945, le Président et le gouvernement étaient restés à Londres, comme symboles de l'aspiration et du droit polonais à l'indépendance. La remise des insignes de la République libre ont symbolisé que la mission du pouvoir polonais émigré était achevée avec succès.

Voir également notre article : SOUVENIRS DU COMMUNISME - "Quand j'ai vu des gens acheter des yaourts par packs de six ou douze, je n'en revenais pas" 

Mathilde Tête (lepetitjournal.com/Varsovie) - Mardi 6 juin 2017

(Article publié la première fois le 4 juin 2014)

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