

Partagée entre trois puissants empires ?Autrichien, Prusse et Russe, la Pologne cesse d'exister de 1795 à 1918. Après une brève période d'autonomie retrouvée entre 1918 et 1939, le pays est cédé à l'URSS en 1945, et ne se libère du joug soviétique qu'en 1989. Malgré la répression linguistique prônée par ces conquérants, la langue est demeurée un élément central de l'identité polonaise. Première de deux chroniques sur la situation linguistique en Pologne au cours des deux derniers siècles.
La Pologne écartelée
Au XIXe siècle, la partie Nord du pays, sous contrôle Autrichien, profite d'une relative autonomie linguistique tandis que l'Ouest, sous contrôle Prusse, est soumis à une politique de germanisation plus ou moins sévère. C'est à l'Est, où domine l'Empire Russe, que la répression linguistique se fait le plus ressentir. Les tsars qui se succèdent alors au pouvoir semblent déterminés à imposer le russe au détriment du polonais, et adoptent de nombreuses mesures drastiques dans ce but : tout d'abord, le russe devient la seule langue officielle dans les domaines administratifs et judiciaires. Puis, après plusieurs vaines insurrections nationalistes, la politique de russification s'intensifie. Le russe est notamment introduit à l'école en 1869, où il s'impose graduellement comme seule langue d'enseignement, tandis que le polonais est muté à un simple cours complémentaire non-obligatoire. Mais le peuple polonais n'accepte pas ces mesures sans opposition.
Université volante
En 1885, les écoles supérieures polonaises ont toutes été fermées et remplacées par un établissement dispensant son enseignement en russe exclusivement. C'est à cette époque, de 1885 à 1905, que l'université volante forme clandestinement quelque 5 000 diplômé(e)s, dont la lauréate de deux Nobels, Marie Curie. L'initiative est d'abord lancée en 1882 pour permettre aux femmes d'accéder aux études supérieures, dans une période où elles leur sont souvent carrément interdites. Quelques groupes d'étudiantes bénéficient alors de l'enseignement d'imminents professeurs en polonais, en secret et toujours dans des locaux différents, d'où le nom « université volante ». En 1885, un programme commun est créé pour tous les groupes, et on admet désormais les hommes. C'est le début de deux décennies d'enseignement clandestin offrant un parcours entièrement polonais aux candidats. À raison de huit à onze heures de cours par semaine échelonnés sur une période de cinq à six ans, les étudiant(e)s obtiennent leur diplôme dans un des quatre domaines offerts : sciences sociales, philologie et histoire, enseignement, sciences naturelles.
On peut citer cette institution comme exemple de la détermination du peuple polonais à défendre son identité linguistique malgré les mesures hostiles imposées par l'Empire Russe. La Pologne est à nouveau réunie en 1918, mais deux décennies plus tard éclate un des plus grands conflits de l'histoire, la deuxième guerre mondiale, au terme de laquelle le pays se retrouve de nouveau sous domination étrangère?
A suivre?
Any-Pier Dionne (www.lepetitjournal.com/varsovie) - mardi 21 mai 2013













