

Depuis un mois, la situation du Premier ministre polonais au pouvoir depuis 2007 s'est singulièrement dégradée. Au plan politique comme au plan économique, rien ne va plus vraiment. Est-ce pour autant l'annonce d'une fin de règne ? Pas si sûr, l'opposition étant loin de faire l'unanimité chez les Polonais.

Depuis la fin du mois d'avril, les mauvaises nouvelles s'enchaînent pour la Plateforme-Civique (PO). Le mois dernier, elle subissait ainsi deux sévères défaites électorales lors d'élections organisées à Rybnik (Silésie) et Elbląg (Varmie-Mazurie). Ces deux scrutins ont en effet vu la victoire du candidat présenté par le PiS. Les deux villes étaient pourtant vues comme des bastions de la PO qui n'y avait jusqu'à présent pas perdu d'élection depuis 5 ans. A Rybnik, les électeurs ont même placé le candidat du gouvernement en 3ème position (18% des voix contre 28% au PiS). Un motif de réjouissance parmi d'autres pour l'opposition.
Une opposition qui profite également des déboires de la coalition au pouvoir. La Pologne est actuellement dirigée par deux partis, la Plateforme-Civique de Donald Tusk et le Parti Paysan (PSL) de Janusz Piechocinski, ministre de l'Economie. Or, le mois dernier, le dirigeant du PSL a menacé de quitter le gouvernement si les idées de son parti n'étaient pas respectées, en réaction à un remaniement gouvernemental (au ministère du budget) dont le PSL n'avait pas été averti par Donald Tusk. J.Piechocinski a en outre sous-entendu qu'il serait favorable à la tenue d'élections législatives anticipées, avant 2015, considérant qu'il était "préférable d'arrêter de se torturer mutuellement [entre les partis de la coalition]"… Enfin, la PO elle-même est traversée de tensions, comme la démission de Jarosław Gowin semble l'avoir démontré.
Inquiétante économie polonaise
Les tensions politiques émergent sur fond de sinistrose économique en Pologne. Même si le pays est loin de la récession, la croissance au premier trimestre (0,4%) s'est révélée plus faible que ne l'avaient prévu les économistes les plus pessimistes. De quoi inquiéter encore plus un gouvernement sous le feu des critiques pour sa gestion économique. Alors que l'ancien ministre Jarosław Gowin reprochait à Donald Tusk son absence de volonté réformatrice, le syndicat Solidarność menaçait de son côté dans les derniers jours d'avril de lancer une grève générale, réclamant notamment une hausse du salaire minimum, aujourd'hui établi à 354€ par mois.
A mesure que la coalition au pouvoir laisse apparaître ses divisions et que la popularité du Premier ministre s'effrite sur fond de morosité économique, la question se pose de savoir si l'opposition est en mesure de s'affirmer face au Premier ministre.
Une opposition en mauvaise posture
La Plateforme-Civique ne domine plus les sondages d'opinion, mais tout n'est pas pour autant perdu pour Donald Tusk. La principale chance du premier ministre réside dans la faiblesse actuelle de ses opposants. A droite, au sein du parti de Jarosław Kaczyński, certains semblent se lasser des régulières sorties sur la catastrophe de Smolensk. Selon Rafał Rogalski, proche du PiS, 20 à 30 députés s'opposeraient à la thèse de l'attentat, défendue ardemment par l'un des principaux lieutenants de Jarosław Kaczyński, Antoni Macierewicz. Un homme que certains comme l'ancien premier ministre Kazimierz Marcinkiewicz, accusent de vouloir remplacer Kaczyński à la tête du PiS dès avant 2015…
L'ambiance au sein du PiS semble donc, comme à la PO, relativement tendue. Et la situation à la gauche du parti au pouvoir n'est pas non plus des meilleures. Janusz Palikot, rarement crédité de plus de 5% d'intentions de vote en vue des élections européennes, est très loin de son score des législatives de 2011 (10,1%). Quant à l'ancien président Aleksander Kwaśniewski, revenu en politique en vue des élections européennes de 2014, il peine à rassembler autour de lui les principaux partis de gauche (SLD et Mouvement Palikot en tête). Son passé récent l'a également rattrapé. Consultant auprès d'une entreprise agricole russe, il est ainsi accusé d'avoir influé sur le rachat par celle-ci de parts d'une compagnie concurrente polonaise… Les questions de voisinage russo-polonais ne sont jamais éloignées…
Autant d'éléments qui rendent incertain le futur politique de la Pologne… Premiers éléments de réponse lors des élections européennes dans un an, et plus encore, lors des élections locales de novembre 2014…
Charles Hubert (www.lepetitjournal.com/varsovie) - lundi 20 mai 2013
©PAP Radek Pietruszka













