

Les débats internes au conseil des ministres polonais ont fait une victime le lundi 29 avril. Le ministre de la Justice, Jaros?aw Gowin a été poussé hors du gouvernement par le Premier ministre. L'épilogue d'un long conflit entre le ministre et Donald Tusk, et la fin d'une véritable cohabitation au sein de l'exécutif polonais. Cependant, Gowin évincé, l'aile droite de la Plateforme Civique au pouvoir reste influente au gouvernement, notamment par la voix? du nouveau ministre de la Justice.
Fécondation in-vitro : la fracture
Le conflit entre le ministre de la Justice et son Premier ministre s'est ouvert à la faveur des récents débats sur la fécondation in-vitro, que Donald Tusk souhaite voir remboursée dès l'été sous conditions. Pourtant censé porter le projet en tant que ministre de la Justice, Jaros?aw Gowin s'y est vivement opposé, soutenu en cela part une partie des députés de la majorité, ce qui a d'ailleurs contraint le Premier ministre à légiférer par décret sur le sujet. L'opposition du ministre de la justice n'a rien de fondamentalement surprenant, venant d'un homme qui a régulièrement représenté l'aile la plus conservatrice du parti aujourd'hui au pouvoir en Pologne. Il n'en va en revanche pas de même des conséquences d'un conflit abondamment relayé par la presse politique.
Un trafic d'embryons à la frontière allemande ?
Des mots extrêmement durs ont ainsi été échangés par voie de presse entre Donald Tusk et son ministre. L'offensive semble en revenir à Jaros?aw Gowin, qui le 19 avril dernier, rebondissait sur la découverte d'un container frigorifique dans la région de Pozna? pour mettre en cause le bien-fondé de la réforme voulue par le premier ministre. Selon le ministre de la justice, le container servait à un vaste trafic d'embryons congelés, entre la Pologne et l'Allemagne, où ils étaient utilisés à des fins scientifiques. Une sortie qui outre l'indignation des autorités allemandes, a provoqué une série d'échanges plus ou moins aimables avec le Premier ministre. Donald Tusk qui concluait finalement l'épisode en déclarant "ne pas avoir le temps de commenter chaque semaine le comportement d'un ministre", avant de le démettre de ses fonctions quelques jours plus tard.
L'économie, autre raison avancée par le ministre
Pour sa défense, l'ancien ministre soutient aujourd'hui que les questions sociales ne sont pas réellement au c?ur du conflit qui l'a opposé au premier ministre. Jaros?aw Gowin reproche en effet avant tout au gouvernement son manque de dynamisme pour réformer une économie en perte de vitesse. Reprenant les critiques régulièrement émises par certains économistes comme l'ancien ministre Leszek Balcerowicz, Gowin dénonce ainsi l'abandon des promesses de réductions d'impôts formulées par la Plateforme-Civique aux dernières législatives. Même s'il se félicite d'avoir pu mener à bien la dérégulation de plusieurs dizaines de professions l'année dernière, l'ancien ministre regrette en outre le rejet par Donald Tusk de toute nouvelle flexibilisation du système économique polonais avant les élections de 2015.
Quel avenir pour l'aile droite de la PO ?
S'il dénonce le manque de dynamisme de Donald Tusk, Jaros?aw Gowin déclare pour autant ne pas en contester l'autorité, refusant pour le moment de se poser en challenger du premier ministre au sein de la Plateforme-Civique. Un parti auquel Gowin a d'ailleurs réaffirmé son attachement, rejetant toute idée de le quitter pour rejoindre les rangs de Droit et Justice de Jaros?aw Kaczy?ski. Même s'il a quitté le gouvernement, l'ancien ministre reste d'ailleurs prisé au sein de son parti, notamment dans la perspective des élections municipales de 2014. Beaucoup voudraient en effet le voir concourir pour la mairie de Cracovie, détenue par la gauche depuis une décennie.
Au gouvernement, Jaros?aw Gowin a été remplacé par Marek Biernacki. Le nouveau ministre de la justice passe pour être encore plus conservateur que son prédécesseur, au sein du parti au pouvoir. Une façon pour Donald Tusk de s'assurer de l'équilibre des forces au sein de sa majorité, même si cela doit mécontenter certaines associations, notamment féministes, qui auraient pu espérer un gouvernement plus "progressiste".
Charles Hubert (www.lepetitjournal.com/varsovie) - lundi 13 mai 2013
Photo : stock Corbis













