Varsovie

SOCIETE - La violence contre les femmes, un tabou polonais ?

 

LePetitJournal.com s’intéresse aux violences faites aux femmes et mène l’enquête en interrogeant une personne bien informée : Urszula Nowakowska, directrice du Centre des droits des femmes de Varsovie.

[archive 2012]

La Pologne n’a toujours pas signé la convention du conseil de l’Europe pour la prévention et la lutte des violences envers les femmes et la violence domestique. Jusque-là ratifiée par la Turquie, et signée par certains pays du Conseil de l’Europe parmi lesquels la France, l’Autriche, la Slovaquie et l’Ukraine ; la convention permettrait à la Pologne de créer un cadre juridique complet nécessaire pour protéger les femmes contre toutes les formes de violence. Urszula Nowakowska (photo) tape du poing sur la table en envoyant une lettre ouverte au Premier ministre Donald Tusk pour inciter à la signature de la convention.

"Les Polonais sont de braves types"
"Alors que le Premier ministre Donald Tusk avait promis la signature de la convention au Congrès national des femmes
, explique la directrice du centre rien n’a été fait jusque-là". Et pire encore, la Pologne semble montrer de plus en plus de réluctance à l’idée de signer cette convention ; le ministre de la Justice Jarosław Gowin s’y est récemment clairement opposé jugeant la convention contraire aux "traditions polonaises de protection de la famille" et à la constitution polonaise. La définition du "genre" établie dans la convention serait en effet non conforme à la définition polonaise du mariage entre hommes et femmes ; elle pousserait selon lui la Pologne à légiférer en faveur du mariage gay, chose impossible. Il a renchéri en affirmant que "les Polonais sont de braves types" et que la première cause des violences reste l’alcool.

"Quelle manière originale de lutter contre les violentes faites aux femmes !", s’exclame la féministe. "La société polonaise, ajoute-t-elle, a une vision biaisée des causes de la violence domestique en les associant en permanence à la pauvreté et à l’alcool plutôt qu’au concept de puissance et de contrôle. En réalité, les femmes victimes de violence domestique viennent de toutes les couches de la société, peu importe leur situation maritale, leur emploi, leur niveau d’éducation et leur positionnement économique".

Une Polonaise sur six est victime de violence domestique
Le problème de l’expulsion du conjoint violent du domicile est aussi soulevé par la convention. La Pologne ne dispose pas de ce pouvoir, l’auteur du crime peut seulement être arrêté pour une durée de 48 heures. "C’est bien trop peu comparé à ce que les autres pays disposent. L’Autriche, signataire de la convention, a le pouvoir d’expulser le conjoint violent pour une durée de deux semaines."

Pour la directrice du centre des droits des femmes, "il est grand temps d’éduquer la classe politique et d’instaurer des lois et une couverture juridique digne de lutter contre les violences de genre".

La Pologne ne semble pas comprendre l’ampleur du problème. Rien d’étonnant dans un pays où le héros national, Jean Paul II, a affirmé "dès qu’il en vient de la famille, les droits individuels n’ont plus leur place". Adieu les droits des femmes ! Par son attachement à une pratique religieuse traditionnelle, la Pologne s’éloigne en effet des autres pays européens, y compris de ses voisins ukrainiens, tchèques ou lituaniens. Le pays reste encore influencé par une division sexuelle des rôles très conservatrice qui vante le statut de la mère au foyer.

Prendre le viol au sérieux
La convention exige aussi de changer la définition du viol dans le code pénal. Il s’agit d’introduire le concept de "non-consentement". "Toute relation sexuelle où les deux partenaires ne disent pas OUI peut être considérée comme un viol, c’est ce qu’on appelle le consentement positif. Le viol n’est alors plus défini uniquement par la violence", explique la directrice du centre. Pour le gouvernement, "c’est trop révolutionnaire" de parler de la définition maintenant. Quand est-ce que la Pologne sera-t-elle enfin prête ? La Hongrie, aussi nationaliste et traditionaliste qu’elle puisse être, discute actuellement le sujet. "Nous pouvons le faire !", assure Urszula Nowakowska.

Un autre enjeu soulevé par le Centre est celui de permettre non plus uniquement aux victimes mais aussi aux témoins de porter plainte. Actuellement, les poursuites contre le viol sont établies seulement si la plainte a été déposée par la victime ce qui laisse sans aucune protection les femmes victimes de viol qui ont peur de parler.

Urszula Nowakowska s’exaspère des peines qu’encourent les violeurs. Elle rapporte le cas d’une femme dont la fille de 15 ans a été victime d’un viol collectif commis par des adolescents âgés de 15 à 17 ans. Même après le recours aux deux cours d’instance, les auteurs du crime n’ont reçu qu’une peine avec sursis. Le Centre va recourir à la cour suprême.

Etre au plus près de leurs besoins
Depuis sa création par Urszula Nowakowska en 1994, le centre a eu à cœur de s’adapter aux différentes attentes. Une nouvelle "hotline" permettant d’accompagner et de soutenir les femmes victimes de violences vient d'être lancée. "Avec l’Euro 2012, les violences domestiques et le nombre d’agressions risquent très malheureusement d’augmenter. Nous nous devons d’être prêts à recevoir plus d’appels et à accompagner davantage de femmes victimes de violences", s’inquiète Urszula Nowakowska.

Plus grand organisme du genre en Pologne, le centre a également un refuge dédié aux femmes victimes de violence domicile et à leurs enfants. "C’est le seul abri de la ville dont l’adresse est tenue secrète. Ce qui permet une plus grande sécurité pour les femmes et leurs enfants qui y vivent", se félicite la directrice. Un accompagnement psychologique et un soutien juridique avec la possibilité de s’entretenir avec un avocat sont mis à disposition des femmes.

"Nous voulons faire bouger les choses, et que de nouvelles lois voient enfin le jour" affirme Urszula Nowakowska. On a encore beaucoup à faire pour changer radicalement les mœurs et lever les stéréotypes !"

Lisa Pleintel (www.lepetitjournal.com/varsovie) mardi 19 juin 2012

Pour en savoir plus :

Centre des droits des femmes de Varsovie (Centrum Praw Kobiet)
Site web: http://www.cpk.org.pl/
Ul. Wilcza 60 Lok.19 00-679 Warszawa
Tel. (0-22) 622-25-17 tel. / faks (0-22) 652-01-17
e-mail temida@cpk.org.pl

Pour soutenir le centre des droits des femmes : devenez avocat volontaire ou entreprise sponsor.
Opportunités de volontariat: wolontariat@cpk.org.pl

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