Varsovie

VARSO ET VOUS - Rencontre avec Loïc Gatteau

 

LePetitJournal.com vous propose aujourd'hui une interview du sympathique Loïc Gatteau. Il y a 5 ans, ce réalisateur nantais (également caméraman et monteur) a laissé la France pour tenter l'aventure en Pologne. Depuis il y a créé PolaFilms, sa société de production vidéo, très active au sein de la communauté francophone de Varsovie. Rencontre ! [archive 2012]

LePetitJournal.com : Loïc Gatteau Bonjour, depuis combien de temps vivez-vous à Varsovie ? Vous vous y plaisez ?
LG : J'y habite depuis 5 ans quasiment jour pour jour. Je m'y sens très bien. J'aime avant tout le fait que ce soit très aéré : de larges avenues, des immeubles relativement bas et beaucoup de parcs. On est dans une capitale à taille humaine, respirable et lumineuse. Donc pas de stress. C'est bien plus vivable que Paris par exemple.

J'habite à Stara Praga, juste de l'autre côté du pont aux abords du Park Praski. C'est un quartier calme mais aussi très vivant… assez populaire et dynamique culturellement… et je suis près de la vieille ville et à deux pas du métro. Tout est très accessible d'ici.

J'ai aussi une région de cœur, la Podlachie, Bialystok et toute la région qui borde le Belarus.. de grandes forêts, lacs, sentiers... Un rêve de promeneur. On y trouve encore le silence! Et puis l'hospitalité des gens n'est pas une légende, on est toujours très bien accueilli partout.

Comment avez-vous vécu votre arrivée ?
J'étais déjà venu plusieurs fois en touriste… Le PKiN m'impressionnait toujours, comme une espèce de phare au milieu de la ville, un colosse chargé d'histoire observant la ville avec sévérité. Quand je suis arrivé, une fois que l'ami qui avait fait le voyage en voiture avec moi depuis la France pour le déménagement fut reparti et que je me retrouvais seul ici, j'ai eu quelques heures d'une sorte de vertige: je ne connaissais personne, je ne parlais pas la langue, il fallait vite que je travaille. C'était là, il fallait que je m'en rende compte, que j'allais passer bon nombre des années à venir. Il ne fallait pas se rater. Mais je suis assez volontaire et optimiste, ce vertige ne dura pas. Il a fait rapidement place à une soif de découverte, de rencontres...

Je suis arrivé en hiver ici et le premier vrai beau moment fut probablement l'arrivée du printemps lorsque la rue dans laquelle je vivais, dans Stary Mokotow, grise, avec des immeubles sans style, se colora et se métamorphosa radicalement à la floraison des arbres et aussi des nombreux jardins qui bordent les immeubles et que je n'avais pas remarqués sous la neige. Un an après je déclarais ma première crise d'allergie au pollen !

(Tournage du film From Synergy To Innovation. Mazars. Photo Emilia Biała)

Une chose à laquelle vous ne vous êtes jamais fait ?
J'ai réussi à me faire à la relative austérité de l'accueil dans certaines boutiques… C'est très choquant au départ, cette froideur. Il faut accepter ces différences de comportements quand on voyage. J'avais été très surpris de la même manière par l'accueil exagérément enthousiaste des commerçants à Stockholm… Après tout je ne venais là que pour acheter…

En revanche, j'ai toujours du mal dans la rue et les transports en commun à Varsovie, où les gens ne se regardent pas, se frôlent, s'évitent de justesse, ou vous coupent juste devant le nez pour entrer ici ou là plutôt que de passer juste derrière vous. Mais les grandes villes comme toutes les grandes villes s'européanisent, à la lumière de grandes enseignes commerciales internationales… Et de ces affiches géantes et hideuses qui cachent les bâtiments… Elles s'uniformisent et c'est très notable depuis disons 8 ans, depuis que je suis venu ici pour la première fois.

Vos bons plans ? vos sorties ?
Je ne suis pas très noctambule, clubber, je suis plutôt musées, expos… j'adore trainer dans les galeries. Le CSW est de très grande qualité je trouve, toujours surprenant. Zacheta aussi… J'attends avec impatience l'ouverture du Musée national d'art contemporain au pied du PKiN

La cuisine polonaise ?
La cuisine polonaise a réussi à me faire manger des tripes. Cuisinées en Flaki uniquement. En général, je préfère les cuisines relevées… libanaise, indienne, bulgare… Mais j'aime aussi la cuisine polonaise, parce qu'elle est, disons, reposante pour les papilles, rien de très relevé. Je suis surpris de l'immense variété de soupes et aussi de la façon dont les germes, ou graines diverses sont intégrées dans les salades par exemple. Je ne connaissais pas.

Un mot préféré en polonais ?
Możliwość (possibilité), doux à prononcer. Ou Przyjemność (plaisir).

Pouvez-vous nous parler de votre travail ?
J'ai suivi une formation audiovisuelle à Paris, puis j'ai travaillé sur quelques court métrages avant d'arriver à Nantes, où au sein de la maison de la culture, grosse structure départementale, j'ai animé et dirigé des ateliers de réalisation de films. J'ai aussi réalisé un court métrage, vu au festival Premiers Plans d'Angers, sur l'histoire vraie d'un ouvrier acrobate polonais mort à Nantes en 1925…

Puis l'envie de renouveau, d'une nouvelle impulsion pour ma vie professionnelle m'a amené à m'installer en Pologne. En février 2007. Mais durant les 2 mois précédents, j'étais quand même venu faire quelques repérages pour tâter le terrain et j'avais rencontré les gens de l'Ambassade, de l'Institut Français, de la CCIFP… Cette dernière, lors de mes deux derniers voyages ici, organisait des événement, pour lesquels j'ai proposé mes services pour réaliser des petits reportages. Ils ont accepté puis aimé les films… Dès que j'ai pu créer PolaFilms, je suis devenu membre de la Chambre.

Et je dois dire que je ne le regrette pas, j'ai rencontré là des gens aimables et surtout très disponibles pour m'aider dans mes démarches. Je pense notamment à Magda Tran Van, directrice de l'époque et à Monika Constant à qui je dois beaucoup, et qui m'a mis en contact avec des gens que je côtoie toujours ou avec qui je travaille toujours, comme la journaliste Virginie Little avec qui nous venons de lancer Echos Tv, la première plateforme internet vidéo francophone de Pologne, et avec qui je prépare mon premier documentaire. Je n'oublie évidemment pas l'Institut français, qui m'a rapidement fait confiance et proposé de réaliser un petit film sur les 40 ans de l'IFV, pas même un an après mon arrivée… J'ai pu rencontrer, et filmer pour ce projet, des gens comme Geremek, Wajda, Zanussi ou Maja Komorowska ainsi que beaucoup de ces promoteurs anonymes de la francophonie ici, depuis les années 80… J'ai aussi produit leurs films d'actualités mensuelles pendant 2 ans.

Un premier bilan ?
Je suis assez satisfait… je vis d'un métier que j'aime, c'est le plus important. J'ai su me constituer un réseau d'amis, de partenaires, de clients fidèles. Je n'ai pas encore les moyens de mettre en place des actions commerciales, promotionnelles, pour développer encore PolaFilms, mais le bouche à oreille fonctionne bien et cela m'encourage, c'est la meilleure des publicités.



Une actualité ? Des projets ?
Nous préparons avec une amie la venue d'une comédienne française, Valérie Stroh, qui vient nous présenter son documentaire " Le plus beau métier du monde" sur ces comédiennes, ex jeunes premières, qui approchant la cinquantaine, ne trouvent plus de rôles intéressants et éprouvent beaucoup de difficultés à continuer à vivre de leur métier. La projection sera suivie d'un débat animé par Valérie Stroh, Laura Łącz et une autre personne qui reste à confirmer. Virginie Little sera la modératrice. C'est pour le 8 mars au Kino Muranow, à l'occasion de la Journée internationale de la femme.

(Loïc Gatteau et Bronisław Geremek)
Et sinon, je prépare un documentaire sur les Français en Pologne, mais des Français que je tiens à appeler des immigrés, non pas ceux installés là pour quelques mois ou années, avec un contrat à durée déterminée, non, ceux installés ici par désir, amour ou choix. Un film sans pathos et ni à charge contre qui que ce soit, et qui cherche à porter un regard plus actuel sur l'amitié franco-polonaise… Je vais tâcher de savoir, à travers les témoignages de ces immigrés français et de nos hôtes polonais, comment a évolué cette amitié depuis 89, comment, chez les Français s'exprime cette fameuse identité nationale lorsque qu'elle se vit à l'étranger, quel genre d'immigrés sommes nous…

Nous aurons une sorte de long dialogue à distance entres des artistes, ouvriers, femmes de ménage ou agriculteurs, cuisiniers ou banquiers de diverse catégories socio-professionnelles, anonymes ou plus connus… C'est très réjouissant, très enrichissant et souvent surprenant ! Nous avons le soutien précieux de Krzysztof Rogulski, réalisateur du célèbre film Wielka Majówka, ainsi que de Marek Żiółkowski, sociologue et vice maréchal du Sénat. Et nous avons aussi convaincu Reni Jusis, une artiste polonaises plusieurs fois récompensée par le prix Fryderyk, les victoires de la musique polonaise, de nous composer la bande originale, nous sommes très fiers de cette collaboration. 

Comment peut-on vous aider ?
Nous cherchons évidemment des partenaires financiers, techniques, mais aussi des diffuseurs, chaînes de télévisions, festivals etc…C'est un film, donc pas un investissement disons rentable en monnaie sonnante et trébuchante mais qui a je le crois un réel intérêt, sociologique… Divertissant et sérieux. Ce peut être un vrai outil d'étude, de partage, pour organiser des rencontres, un instantané d'une époque dans un pays en vraie mutation.

Propos recueillis par CQ (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) mercredi 22 février 2012

Pour en savoir plus : le site de Polafilms
Et un exemple de vidéo réalisé par Loïc Gatteau pour le Grand Prix CCIFP 2011 :


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