

Lepetitjournal.com s'intéresse aux représentations des communautés francophones en Pologne : leurs symboles, leurs histoires, leurs relations bi-latérales et leurs ambassades. Et qui mieux qu'un ambassadeur pour répondre à nos questions... Nous commençons cette série par un grand pays : le Canada et son représentant Daniel Costello. [archive 2011]
Le Canada est un peu moins peuplé que la Pologne mais 3 fois plus riche et... 32 fois plus grand. Un million de Canadiens ont des origines polonaises. Le pays vient de célébrer très discrètement sa fête nationale (le 1er juillet) pour ne pas interférer avec les cérémonies de la Présidence polonaise de l'UE. Lepetitjournal.com tenait quand même à marquer cette occasion et à rencontrer la communauté canadienne de Pologne via son ambassadeur. Daniel Costello nous accueille dans le ?Beaver Club?, un café/pub dans les sous-sols de l'ambassade où trône, taillé dans un tronc, l'énorme castor éponyme. L'ambiance est décontractée, l'homme chaleureux.
(photos Ambassade du Canada)
Lepetitjournal.com: En 1998, le Canada a été le premier pays de l'OTAN à ratifier l'accession de la Pologne à l'Alliance. Les relations entre la Pologne et le Canada sont très fortes. A vos yeux, qu'ont-elles de si spéciales ?
Daniel Costello : Je dirais qu'avant d'être un lien entre deux pays, c'est d'abord une relation entre deux peuples. Très spontanément des échanges se créent. Bien sûr nous soutenons ces relations, mais très souvent nous apprenons au dernier moment l'existence de nouvelles initiatives entre les communautés canadienne et polonaise.
Devant l'ambassade se dresse un monument. Sur une plaque on peut y lire : "Ces deux rochers, un de Pologne et l'autre du Canada, commémorent les soldats polonais et canadiens qui se sont battus côte à côte pendant la Seconde Guerre Mondiale". Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Oui c'est le monument des Deux Rochers. Une des pierres vient de la région cachoube en Pologne. C'est de là qu'est partie la première grande vague d'immigration vers le Canada. La deuxième est originaire de Wilno dans l'Ontario. C'est là que se sont installées les premières communautés polonaises il y a un siècle. Ensemble, elles symbolisent aussi la réunion de nos deux peuples, malgré des décennies de séparation.
On ne sait pas précisément. Ce sont généralement des binationaux, Canadiens au Canada et Polonais en Pologne. Quelques centaines de personnes seulement sont inscrites sur les listes consulaires, mais leur nombre est sans doute plus proche de 2 ou 3 milles. Vous m'offrez d'ailleurs une bonne occasion de promouvoir nos services auprès des Canadiens résidant en Pologne. Inscrivez-vous sur nos listes. Ces informations nous sont très utiles lors des situations d'urgence, comme dans le cas des inondations de 2010.
Qui sont ces Canadiens vivant en Pologne ?
Ils sont souvent nés ici, sont partis vivre au Canada où ils ont acquis notre nationalité, mais ils retournent maintenant de plus en plus fréquemment dans cette nouvelle Pologne démocratique. Il y a beaucoup de jeunes. Ils travaillent souvent dans les secteurs de pointe ou sont étudiants. Certains viennent apprendre en anglais la médecine par exemple, ou des disciplines techniques, comme l'ingénierie. La Pologne est une zone de croissance, elle est devenue très attractive. Bien sûr la langue polonaise est assez difficile, et les Canadiens d'origine polonaise ont des facilités. Ils viennent ici pour retrouver des liens avec leur culture. Ils viennent aussi pour découvrir l'Europe, et la Pologne est un bon point de départ pour cela. C'est un pont vers l'Union européenne.
Je vois passer aussi beaucoup de chercheurs, d'artistes, d'écrivains, souvent francophones d'ailleurs. Lors du festival de cinéma de Varsovie, le premier prix a été décerné à Incendies du québécois Denis Villeneuve. Je pense aussi à Mélissa Laveaux, jeune chanteuse d'origine haïtienne venue chanter la francophonie en mars dernier. Ils font connaître le Canada moderne aux Polonais
Vous avez un parcours atypique : une thèse de philosophie, professeur d'université, avant de rejoindre le cabinet du Premier Ministre canadien, le ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration puis le ministère des Affaires étrangères. Avez-vous des liens particuliers avec l'Europe ou la Pologne ?
Je ne sais pas ce qui est typique... Je ne connaissais quasiment rien de la Pologne avant de venir ici, mais je me suis très vite rendu compte que ce pays était partout dans ma vie. Beaucoup de mes amis au Canada ont en fait des origines polonaises, mais de par l'excellente intégration de cette communauté, je ne l'avais pas remarqué. Je connaissais par contre bien l'Europe, la France notamment. Ma femme est française. J'ai aussi enseigné à l'Université François-Rabelais de Tours pendant quelques années. Et maintenant je suis diplomate et ravi de faire ce métier.
En tant qu'ambassadeur, j'ai toujours 3 casquettes. Je suis le gestionnaire d'une entreprise de plus de 60 personnes. Je fais de la représentation publique au nom du Canada et je dois analyser le contexte politique polonais. Les relations bilatérales d'Etat à Etat sont de moins en moins importantes. Aujourd'hui il s'agit de travailler ensemble sur des dossiers plus vastes : l'Europe, l'Otan, les Nations-Unies... Nous recherchons aussi de la cohérence, de l'efficacité dans nos objectifs communs, comme la promotion de la démocratie dans les pays de l'Est. Nous faisons maintenant surtout de la ?diplomatie ouverte?, publique. Comment faire connaître le Canada aux Polonais ? Promouvoir les échanges, de nouveaux partenariats ? Et il y a beaucoup à faire, je me trouve inondé d'invitations à des événements politiques, culturels ou économiques organisés aux quatre coins de la Pologne. Je fais donc beaucoup de visites. Je rencontre les autorités locales, nos entreprises, nos partenaires, les sept centres d'études canadiennes, les centres culturels pour parler de notre modèle : notre multiculturalisme, la gouvernance, l'organisation de notre fédération, notre politique étrangère... Ces visites m'offrent aussi une chance de mieux connaître ce grand pays.
L'ambassade travaille avec la Chambre de commerce Canada-Pologne pour développer justement le commerce entre nos deux pays. Cet organisme est en pleine croissance, il compte maintenant une quarantaine d'entreprises très dynamiques. Les opportunités en Pologne sont d'ailleurs évidentes pour les Canadiens, Le pays est notamment un point d'entrée pour le marché européen. Il y a maintenant des capacités canadiennes dans de nombreux secteurs polonais. Je pense à l'énergie, aux technologies de l'environnement, aux infrastructures, aux transports... nous sommes même en train de négocier avec Bruxelles un accord de libre échange global qui concernera non seulement les questions douanières mais aussi les investissements, les services, la mobilité...
C'est bien sûr aux Polonais de décider. Nos entreprises ont acquis une très grande expertise, et elles sont actuellement en contact étroit avec les partenaires locaux. Le rôle de notre ambassade, c'est de partager cette expérience et de faire connaître le cadre réglementaire que nous avons développé depuis 40 ans. Sur les enjeux environnementaux par exemple. Tout le monde se pose des questions et c'est normal, nous avons connu ça aussi. L'important est de bien encadrer l'exploitation du gaz de schiste pour trouver le bon équilibre entre nos responsabilités envers l'espace public et la promotion d'une ressource très importante et plus propre que d'autres énergies.
CQ (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) jeudi 14 juillet 2011
L'Ambassade du Canada en Pologne (elle gère aussi la Biélorussie) est située au 1/5, rue Jana Matejki. Elle y tourne le dos à l'ambassade de France et se trouve à deux pas de la Diète polonaise. L'ambassade possède un bail à perpétuité accordé par la ville de Varsovie. Conçu par l'architecte Voytek Gorczynski, le bâtiment actuel a été inauguré en 2001. Meilleur édifice de l'année, en 2001, par le Polish Business News, Meilleur édifice public, en 2002, par la ville de Varsovie, il a aussi reçu une mention spéciale de l'Association des architectes polonais pour la Meilleure conception architecturale en 2001.
La construction met l'accent sur la lumière naturelle et les espaces ouverts qui représentent les valeurs canadiennes de transparence et d'ouverture. Le bâtiment compte trois étages, son extérieur est en aluminium et en calcaire français. Pour y entrer on enjambe un paysage de rochers et d'herbages indigènes du Canada.
Pour en savoir plus sur les relations économiques canado-polonaises :
Le commerce bilatéral entre la Pologne et le Canada a atteint 1,2 milliards $ en 2010. Les exportations canadiennes en Pologne se sont chiffrées à 220 millions $ en 2010; il s'agissait essentiellement de machines, de matériel électrique et électronique, des produits liés aux aéronefs et d'instruments scientifiques et de précision. Pendant la même année, les importations canadiennes en provenance de la Pologne ont été de 992 millions $, les principaux secteurs concernés étant ceux des machines, des pierres précieuses, de l'ameublement et de la literie, des fourrures naturelles et synthétiques.
Pour des raisons de confidentialité, Statistique Canada ne communique aucune donnée sur les investissements polonais directs au Canada. Le plus grand investissement polonais connu en 2010 se chiffrait approximativement à 600 millions $ et provenait de KGHM (le second plus grand producteur de cuivre en Europe et le deuxième investisseur en importance au monde pour l'argent) afin de développer une mine de cuivre et d'or en Colombie-Britannique d'ici 2014.













