ECOLOGIE – La Pologne, nouvel Eldorado du bio ?

La mode du bio n'épargne pas l’Europe de l’Est. La Pologne, qui pourtant partait de loin, est bien placée pour devenir un des leaders de l'agriculture biologique en Europe. Mais si la production explose et la distribution s'organise, la demande reste à la traîne... [archive 2012]

La Pologne ne figure qu'à la dixième place du classement des principaux producteurs bio en Europe. Avec 3% de ses terres cultivables consacrées à l'agriculture biologique, le pays fait aussi bien que la France, mais nettement moins bien que l'Estonie (11%) ou l'Autriche (20%). Pourtant le retard se comble. Les surfaces des terres certifiées progressent 5 fois plus vite que la moyenne de l'UE.

Un énorme potentiel
Le marché polonais du bio est prometteur. Côté consommation : l'économie et la population du pays sont les plus importantes d'Europe de l'Est. Côté production surtout, il abrite le plus grand nombre d'agriculteurs de l'UE et des milliers de petites exploitations traditionnelles. Cette agriculture encore peu industrialisée bénéficie d'une main d'œuvre agricole nombreuse et bon marché. La proximité de l'Allemagne, 1er consommateur de produits bio en Europe ne gâche rien. 80% de la production polonaise reste d'ailleurs destinée aux marchés d'exportation.

La Pologne vend notamment ses cornichons, légumes secs, confitures, jus de pomme, sarrasin, viandes de porc et de bœuf. Les riches consommateurs d'Europe de l'Ouest sont malheureusement assez difficiles d'accès. Ces pays ont depuis longtemps leurs propres producteurs et distributeurs. Aussi certains producteurs polonais se développent vers l'est, et notamment dans les pays Baltes.

Une croissance record
La Pologne comptait 250 fermes bio en 1998, elles sont plus de 21.000 aujourd'hui (autant qu'en France ou en Allemagne !). La part de l'alimentation biologique en Europe occidentale tourne autour de 2,5%. En Pologne, la proportion était sous les 0,5% mais devrait atteindre 3% à 4% en 2020. Depuis 2000 le marché du bio dans le pays croît tous les ans d'environ 25% (contre 10% en France) et cette croissance record devrait se maintenir sur la prochaine décennie.

Le marché du bio en Pologne varie selon les sources de 50 à 150 millions d'euros contre 68 millions en République tchèque, 12 en Estonie, ou 4 en Slovaquie (mais 3,5 milliards en France et 6 milliards en Allemagne, deux poids lourds d'un marché mondial estimé à près de 45 milliards d'euros).

Cette croissance a été soutenue en grande partie par les centaines de millions d'euros versés par l'UE sous forme de subventions (qui faute de contrôle ont d'ailleurs été en partie détournées). Avant 2004 les quelques irréductibles qui se lançaient dans le bio, le faisaient avant tout pour des raisons idéologiques. Aujourd'hui les producteurs pensent aussi aux subventions... Celles-ci sont versées en fonction de la surface et les fermes biologiques sont (coïncidence ?) trois fois plus grandes en moyenne que les exploitations classiques.

Des produits encore peu démocratiques
En Allemagne, le bio s’est vite démocratisé. Il a séduit les jeunes en franchissant très tôt les portes des supermarchés et des discounters. En Pologne par contre, le bio intéresse une classe aisée vivant dans les grandes villes (10% des 500 points de vente bio sont à Varsovie). De même, en France, le consommateur type est une Parisienne, de catégorie socio-professionnelle supérieure, âgée de 46 ans. Si les Français raffolent des produits laitiers bio, les Polonais leur préfèrent dans l'ordre : les produits à base de céréales, les jus, les conserves de légumes et les fruits et légumes frais.

Mais alors qu'en Allemagne près de 95% des consommateurs achètent au moins un produit bio par an, 45% des Polonais déclarent leur intention d’acheter du bio et seulement 10% passent à l'acte. Cité par le www.lsa-conso.fr, Marek Sawicki, ministre polonais de l'Agriculture précise : « L'agriculture bio a un avenir prometteur, mais il ne faut pas s'emballer. Les consommateurs polonais regardent, en effet, souvent plus les prix que les étiquettes des produits ! »

Le prix du bio en question
Plus que le manque d'information sur l'impact des pesticides, herbicides, engrais chimiques, antibiotiques et autres OGM sur leur santé, c'est plus prosaïquement leurs revenus qui font problème. Un Polonais gagne par exemple 5 fois moins qu'un Allemand. Or les rendements de l’agriculture biologique sont faibles et les prix sont donc élevés. Surtout que la plupart des produits sont importés d'Allemagne, d'Italie et de France. Le nombre trop important d'intermédiaires sur le marché polonais, ainsi que l'absence de grandes usines de conditionnement n'arrangent rien.

En Pologne, le contraste est d'ailleurs particulièrement marqué avec les produits alimentaires non-bio qui sont très bon marché (jusqu'à 1/3 du prix français). Ainsi, quand un Polonais achète bio en supermarché il payera 113% de plus que pour du non-bio (le Français « seulement » 72% de plus). Les fruits et les légumes sont 30% plus chers, les œufs et le fromage quatre fois plus coûteux.

Au final en 2011, un Français aura dépensé en moyenne près de 55 euros en produits bio, un Allemand 75, un Suisse 175 et un Polonais ? Moins de 2 euros...

TC, CQ (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) mardi 31 janvier 2012

 
Varsovie

AGENDA DU WEEK-END - Les bons plans

Ce n’est définitivement pas le moment de rester enfermé ce week-end, alors que l’été bat son plein dans la capitale polonaise ! Découvrez les nombreux événements culturels et musicaux que la ville vous propose, à commencer par l’anniversaire de la Vielle Ville, les hebdomadaires concerts de Chopin au parc Łazienki ou encore les danses à la Multimédia Fontain Park.

MOKOTOW- Laissez-vous guider...

Vous restez à Varsovie pendant l’été ? Et si vous en profitiez pour redécouvrir la ville ? Avec sa superficie étendue (517 km2), la capitale regorge de quartiers pas forcément prisés des touristes…
Une internationale
Actu internationale
En direct d'Europe
Expat
Expat - Emploi

STARTUPS - Où fait-il bon entreprendre ?

Le monde est chamboulé par l'arrivée massive de startups qui remettent au goût du jour l'économie collaborative et qui reconfigurent le marché du travail. Rien qu'au niveau des "licornes", ces jeunes entreprises valorisées à plus d'un milliard de dollar, on en compte actuellement 47 en Europe sur 140 dans le monde. Venez découvrir d'autres faits marquants à propos de ce nouveau business avec l'infographie ecoreuil.fr. 

CARRIERE ATYPIQUE - Anne Barraud, les pieds sur le terrain, la tête dans le potentiel humain

Créer de la synergie dans les équipes, il y a des gens qui savent faire ça en vrai ? Le métier d’Anne est de résoudre des problèmes sur lesquels on s’arrache les cheveux : LES PROBLEMES HUMAINS. Anne est une pure opérationnelle, il n’y a qu’une vérité à ses yeux : le terrain. Les hommes et les femmes. Qu’ils soient péruviens, français ou camerounais. Elle n’a fait qu’une bouchée du défi interculturel. 
Expat - Politique

MATTHIAS FEKL – "Il ne faut pas affoler tout le monde avec le Brexit"

Bientôt deux ans que Matthias Fekl occupe le poste de secrétaire d’Etat au commerce extérieur, à la promotion du tourisme et aux Français de l’étranger. Le ministre est confronté à de nombreux chantiers à commencer par les négociations en vue du futur traité transatlantique, le TTIP. Plus récemment s’est aussi posé le problème des Français au Royaume-Uni. Retour sur les principaux enjeux de la fonction de Matthias Fekl. 
Magazine