EMIGRATION - La Pologne revoit sa population à la baisse


 

La Pologne vient de perdre 1,4 million d'habitants. Le Bureau Central des Statistiques a dû se rendre à l’évidence : une grande partie des 2,4 millions de Polonais vivant à l’étranger y réside depuis plus d’un an. Conséquence : ils ont officiellement quitté la Pologne. La moitié d’entre eux ne devrait d'ailleurs jamais revenir. La Pologne ne compte donc plus 38,2 millions d'habitants, mais seulement 36,8 millions. Au mieux. Les statistiques seraient encore trop optimistes. [archive 2011]

L’année 2004 marque un tournant dans l’histoire de la Pologne avec l’ouverture des marchés de certains pays de l’UE aux ressortissants de l’Europe de l’est. 750.000 Polonais quittent alors le pays à la recherche d’un eldorado. Ce sont essentiellement les enfants du baby boom des années 80, qui ne peuvent être absorbés par le marché du travail local. Ce chiffre fera plus que doubler jusqu’en 2007.

Depuis 2008, on note un progrès constant mais bien moins dynamique de l’émigration. Ce sont avant tout les représentants de ce que l’on appelle "la Pologne B" (équivalent de "la France d’en bas") qui tentent leur chance à l’étranger. Mais aussi les plus débrouillards. Les régions les plus concernées par les départs et les anomalies qui s’ensuivent sont le sud-est et l’est de la Pologne. L’essentiel des émigrants Polonais séjourne dans les pays membres de l’UE. Les pays les plus convoités sont la Grande Bretagne et l’Irlande. Mais à part une poignée de chanceux, ils ne travaillent pas dans leur profession mais acceptent toutes sortes de boulots.

Depuis le 1er mai 2011 c’est au tour de l’Allemagne d’ouvrir son marché du travail à huit pays de l’est. Perspective particulièrement attrayante pour les habitants des régions frontalières, surtout ceux qui peuvent gagner leur vie en Allemagne mais dépenser en Pologne où le coût de la vie est bien moindre. Les métiers les plus demandés sont les informaticiens, les ouvriers, les infirmières et les services à la personne. Les agences de placement du personnel confirment un grand intérêt du côté polonais. Pas étonnant avec un taux de chômage en Poméranie Occidentale dépassant 16%. Jusqu'à 400.000 personnes pourraient quitter la Pologne pour l'Allemagne d'ici 2015.

Des conséquences sociales...
En plus des conséquences démographiques (baisse du taux de natalité), l’émigration massive des jeunes actifs impacte largement la société polonaise. Dès 2008 le phénomène des "euro-orphelins" fait les gros titres. Dans certaines communes 100% des enfants ont au moins l’un des deux parents à l’étranger. Les conséquences sont nombreuses : contact difficile entre l’école et la famille de l’enfant, grand-parents dépassés, frères et sœurs aînés mais mineurs obligés de jouer le rôle du représentant légal, sans parler des conséquences psychologiques. On mentionne même des cas de tentative de placement temporaire en orphelinat par les deux parents en partance pour un monde meilleur… Ce phénomène d’euro-orphelins concernerait plus de 100.000 enfants en Pologne.

mais aussi économiques
L’émigration a cependant de bons côtés : elle réduit dramatiquement le chômage. Les sociologues préfèrent d'ailleurs voir dans ces émigrés une "génération perdue" pour le pays : partis pour ne plus revenir. Par ailleurs, même si les mêmes spécialistes sont autant recherchés à l’étranger qu’en Pologne, cette dernière ne fait pas le poids face aux salaires proposés pour un même poste. Souvent, les Bureaux de travail offrent des formations qui permettent aux chômeurs polonais de trouver immédiatement du travail… en Allemagne.

Pour les pays d’accueil, surtout la Grande Bretagne qui a absorbé le plus d’immigrés polonais (ils y constituent le 4e plus grand groupe ethnique), les conséquences économiques et sociales sont plutôt positives. Les Polonais ont la réputation de travailleurs sérieux et bon marché. Avec la sécurité de l’emploi et les aides sociales, ils y font plus d’enfants qu’au pays. Les épiceries polonaises fleurissent un peu partout et les églises désertées se remplissent. La réalité n’est pourtant pas toujours rose – en Hollande notamment, avec la crise économique la colère monte contre ces travailleurs "importés" qui "volent" le travail des locaux.

Anna Riondet (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) jeudi 28 juillet 2011

 

Un retour improbable
La stratégie gouvernementale intitulée “Retours” visant à encourager les jeunes émigrés au retour au pays s’avère décevante. Des 700.000 émigrés en Grande Bretagne, 40.000 à peine sont revenus. Surtout pour sonder le terrain. Devant le manque persistant de perspectives, ils opteront plutôt pour une nouvelle destination (pays scandinaves, Allemagne) pour maintenir leurs revenus.

Car après avoir accepté à l’étranger des boulots en-dessous de leurs qualifications, ils ne veulent plus faire de concessions. S’ils reviennent en Pologne c’est pour être avocat, psychologue ou architecte. Or, dans ces domaines il n’y a toujours pas de travail pour eux.

Le marché de l'emploi polonais est aussi plus cloisonné que dans les pays anglo-saxons ou scandinaves. Une expérience de serveuse ou de baby-sitter sur un CV n’impressionne pas. Pas plus que la prétendue maîtrise de l’anglais qui est souvent plus facile à gagner en Pologne que dans des milieux d’immigrés londoniens.

Dernier élément non-négligeable qui freine les décisions : en partant, ils s’imaginaient un retour triomphal. Rentrer parce qu’on n’a pas réussi est psychologiquement très difficile à assumer.

Il faudra bien pourtant les remplacer. Selon les sociologues, la Pologne devra bientôt ouvrir ses frontières et accueillir ses propres immigrés pour pallier les besoins de son marché du travail très dynamique. Les Ukrainiens cueillent déjà les pommes en Pologne tandis que les Polonais ramassent des asperges en Allemagne. Il faudra bientôt d'autres Ukrainiens pour s'occuper des grands-mères polonaises, pendant que les Polonais soigneront les mamies allemandes.


Pour en savoir plus, nos articles :

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