LOISIRS - Le sport ? oui mais à la télé...

 

D’une seule voix, les Polonais affirment aimer le sport et plus généralement les activités de plein air. Mais il s’avère rapidement que « aimer » revient à le regarder à la télévision, affalé dans son canapé et, pourquoi pas, sirotant une bière. Leurs idoles : Małysz, Radwańska, Kubica. Ils seraient prêts à passer le week-end entier devant le poste de télévision pour les soutenir et vibrer au rythme de leurs succès. Les Polonais aiment le sport, mais de manière platonique. [archives 2011]

(Adam Małysz, Tadeusz Mieczyński, Wikicommons)

On l'a vu, les Polonais sont trop gros et trop stressés. Le sport serait un remède indiqué, et pourtant : d’après Eurobarometr, 49% avouent s'abstenir complètement, tandis que 6% des Polonais à peine pratiquent un sport régulièrement. A comparer aux 40% d’Européens pratiquant un sport au moins une fois par semaine...

Les excuses mentionnées sont multiples : en tête du classement - le manque de temps (46%), puis viennent maladies ou infirmités, et enfin le manque d’infrastructures appropriées. Comme souvent c’est le gouvernement qui est pointé du doigt, il serait le principal fautif pour 52% des Polonais.

La baisse de l’activité physique en Pologne est par ailleurs proportionnelle à l’âge. Alors que 56% des moins de 25 ans admettent avoir une activité physique, la plupart arrêtent après l’entrée dans la vie active… C’est-à-dire au moment où justement elle serait plus que souhaitable. Au-delà de l'effet sur la santé, les sociologues s’accordent à dire que les gens pratiquant le sport réfléchissent mieux, agissent de manière plus systématique et leur travail est plus effectif.

Que font donc les Polonais durant leur temps libre ?
37% choisissent la lecture d’un livre ou de la presse. Selon une étude de 2006, 54% de Polonais préfèrent regarder la télévision (et pas seulement le saut à ski). Ils la regardent en moyenne plus de 4 heures par jour ! La seule vraie activité extérieure fréquemment mentionnée est la promenade, choisie par 24% des sondés.

Directement après arrivent, assez étrangement, les… corvées ménagères et autres travaux domestiques ainsi que les courses (23% au total). Ceci ne surprend guère lorsqu’on voit le dimanche l’affluence dans les galeries marchandes de familles entières qui viennent « passer le temps ».

La vie sociale, incluant les rencontres avec les amis, n'est citée que par 18% des Polonais. D'ailleurs la majorité des loisirs cités ne sont pas vraiment des activités « sociales » : bricolage, pêche, travaux manuels, jardinage, musique et mots-croisés se pratiquent seuls ou tout au plus avec la famille proche.

Les jeunes ne font pas mieux….
Alors que 46% des jeunes européens font partie d’un club de sport, ou d'une organisation culturelle (68% aux Pays-Bas !), les Polonais atteignent à peine 26%. Moitié moins que les jeunes Français. En cause le manque d'équipements sportifs et de moyens financiers, notamment dans les milieux ruraux. Les activités périscolaires et même scolaires sont payantes et pèsent lourd dans le budget familial. Une fois payés les cours d’anglais et de piano, il ne reste pas grand chose pour le sport...

(Stefan Wielgus, 1955, la jeunesse contre l'ordre ancien)
Aller faire du jogging deux fois par semaine ne requiert pourtant ni d’infrastructures ni de coûts particuliers. De même le sport à l’école est accessible à tous, pourtant le taux d’élèves excusés pour d’innombrables raisons atteint des proportions ridicules. Autre cause : le désintérêt des parents. Ceux-ci, on l'a vu, ne donnent pas vraiment l'exemple et n'encourageraient pas assez leurs enfants à pratiquer un sport. Les activités physiques seraient peu valorisé en Pologne, beaucoup moins en tout cas que les activités intellectuelles. Soit. Mais la télé n'est pas vraiment une activité intellectuelle...

La faute au communisme ?
Certes, il n’était pas toujours facile d’entretenir une vie sociale active dans un système où une conversation à trois dans la rue passait pour un rassemblement illégal. Mais le niveau sportif se portait mieux à l’époque communiste. Priorité nationale, les activités sportives et artistiques étaient proposées gratuitement aux plus jeunes : au sein des maisons de la culture (Dom Kultury) ou dans des Clubs sportifs de quartier (tout au moins dans les grandes villes). L'âge d'or aux Jeux Olympiques est d'ailleurs compris entre 1960 et 1980. La Pologne finissait alors régulièrement dans les 10 premières nations au classement des médailles (avec des méthodes d'entrainement contestées). Aujourd'hui le pays fait beaucoup moins bien et ne dépasse pas la 20ième place...

Anna Riondet (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) mercredi 25 mai 2011

 
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