HISTOIRE – Les glorieux chevau-légers polonais de Napoléon

(article publié le 2 mars 2011)

A l’occasion du 204ème anniversaire de la création du 1er régiment de chevau-légers, lepetitjournal.com revient sur l’étonnante histoire de cette unité d’élite. Découvrez ici l'épopée de ces cavaliers polonais héroïques et plongez dans le fracas des guerres napoléoniennes.

(illustrations wikicommons)

Des ennemis communs
Entre le 18ième et le 19ième siècle, les Polonais voient dans la France révolutionnaire, puis napoléonienne, un espoir de reconquérir leur indépendance. Ils s'engagent massivement dans les armées de Bonaparte. La Mazurka de Dombrowski, l'un des chants de ces légions polonaises, est devenue depuis l'hymne national polonais : "Przejdziem Wisłę, przejdziem Wartę, Będziem Polakami. Dał nam przykład Bonaparte, Jak zwyciężać mamy” (Nous traverserons la Vistule et la Warta, 
Nous serons Polonais, 
Bonaparte nous a donné l'exemple, 
Comment nous devons vaincre).

De la garde d’honneur à la Garde Impériale
Le 14 octobre 1806, Napoléon écrase les forces prussiennes à Iéna et Auerstadt, mais la quatrième coalition (Angleterre, Russie, Prusse et Suède) n’est pas vaincue pour autant. Pour ça, il doit défaire les troupes russes et les vestiges de l’armée prussienne réfugiée en Pologne. Ovationné par la foule, l’Empereur pénètre le 18 décembre 1806 dans Varsovie. Pour cette entrée triomphale, il est escorté par une garde d’honneur à cheval. Des nobles polonais qui cherchent à montrer leur loyauté au souverain la composent.

Séduit par l’allure et la discipline de ces hommes, il décide de les enrôler dans sa Grande Armée. Le fin stratège est sans doute aussi désireux de s’assurer la fidélité de cette aristocratie. Le 2 mars 1807, Napoléon crée donc, à Varsovie, le 1er Régiment de chevau-légers. Il se compose de 968 hommes, Polonais ou Tatars de Pologne. A peine arrivés à leur garnison au château de Chantilly, ils doivent gagner l’Espagne. Là, ils combattent pour la première fois le 14 juillet 1808, à la bataille de Medina de Rioseco. Cinq petits mois plus tard, ils sont déjà entrés dans l'Histoire de la Cavalerie française : après leur charge décisive dans la passe de Somosierra, ces Polonais intrépides intègrent l’élite de la Grande Armée française : la Garde Impériale.

Les Polonais offrent Madrid à Napoléon
Après avoir anéanti une grande partie de l’armée espagnole, Napoléon trouve un dernier obstacle entre lui et Madrid : le col de Somosierra. C’est là que se sont retranchés les 8.000 hommes et les 16 canons, formés en quatre batteries, du général Benito de San Juan.

Le 29 novembre 1808, l’infanterie française tente une attaque à la tombée de la nuit mais elle est repoussée avec pertes et fracas. Difficiles à contourner ou à prendre d’assaut, les Français doivent pourtant faire taire les batteries ennemies à tout prix. L’Empereur décide alors de jeter dans la bataille son escorte personnelle : les chevau-légers polonais.

Malgré le risque immense que constitue cette attaque frontale, les Polonais forment sans hésiter quatre colonnes et s’élancent, menés par le baron Kozietulski. Il aurait alors harangué ses hommes par ces mots : "Naprzód psiekrwie, Cesarz patrzy !" (En avant, fils de chiens, l’Empereur vous regarde !).

Le baron voit sa monture mourir sous lui mais la première batterie est prise. Il faut encore franchir 2.5 km et 300 mètres de dénivelé pour atteindre le poste d’artillerie suivant. Une pluie de fer et de feu s’abat sur les cavaliers. Lancé à pleine vitesse, c'est maintenant le comte Dziewanowski qui les mène, sabre au clair. Son cheval meurt aussi durant la prise de la troisième batterie, il tombe, tandis que les artilleurs espagnols sont taillés en pièce par les Polonais.

L’officier Krasinski prend alors la tête des cavaliers survivants pour arracher, dans un ultime effort, la quatrième et dernière batterie. Les Polonais ne sont plus qu’une poignée, les boulets pleuvent autour d’eux. Et c’est le Lieutenant Niegolewski qui prendra finalement l'ultime bastion ennemi, in extremis. Il survivra miraculeusement à la furieuse contre-attaque espagnole (il recevra près de neuf coups de baïonnette et un coup de sabre à la tête).

L’ennemi parvient à reprendre cette dernière batterie mais il est déjà trop tard : Napoléon, profitant de l’occasion offerte par les Polonais, lance son infanterie et obtient la victoire. La route de Madrid est libre et les chevau-légers polonais entrent dans la légende.

La postérité n'a pas retenu leur seule vaillance. A la fin de la journée, l’Empereur, pour les honorer, fait défiler le reste de sa Garde devant les survivants du régiment. Des généraux français jaloux observent alors qu’ils sont saouls. "Alors, Messieurs, sachez être saouls comme des Polonais", leur rétorqua Napoléon.

Sur tous les champs de bataille d’Europe
Après leur gloire espagnole, les chevau-légers polonais rejoignent la Grande Armée et combattent les forces autrichiennes. Le 6 juillet 1809, à Wagram, ils chargent les troupes du Duc de Schwarzenberg : des cavaliers… polonais. Originaires de Galicie, ils combattent sous l’uniforme autrichien !

Les chevau-légers de la Garde Impériale sortent vainqueurs de ce combat fratricide, et s'emparent des armes de leurs ennemis : des lances de 2.5 m. C’est avec elles qu’ils sauvent l’armée française, menacée d’être isolée des bords du Danube. Après la bataille, Napoléon s’exclame “Donnez-leur des lances, puisqu’ils savent si bien s’en servir !” Ils deviennent ainsi le 1er Régiment de chevau-légers lanciers polonais de la Garde Impériale.

En 1812, avant de partir pour la Russie, leurs effectifs sont augmentés, ils comptent à présent 1.500 hommes. Durant cette campagne, les chevau-légers se distinguent une nouvelle fois, à Smolensk, et durant la bataille de la Moscowa. L’hiver russe a cependant raison des ambitions françaises et Napoléon sonne la retraite.

Le 25 octobre 1812, malgré la débandade générale, les Polonais restent en état de combattre. Ils sont donc choisis comme Garde d’honneur par l’Empereur, à nouveau sous le commandement du baron Kozietulski. Mais le convoi est attaqué à la tombée de la nuit par des Cosaques. La vie de Napoléon est en danger, les cavaliers de Pologne se jettent dans la mêlée furieuse qui s’engage. Dans le combat, le lieutenant Kozietulski est lui-même blessé au bras gauche mais l’Empereur est sain et sauf.

Une fidélité à toute épreuve
Au printemps 1814, Napoléon abdique. 150 irréductibles cavaliers polonais le suivent dans son exil à l’île d’Elbe. Lorsque l’Empereur revient au pouvoir durant les Cent-Jours, le 1er Régiment ne peut être entièrement reformé mais un groupe de vétérans polonais rejoint la Grande Armée.

Ils chargent vaillamment les troupes anglaises à Waterloo le 18 juin 1815, mais se brisent sur la solide défense du Duc de Wellington. Après la défaite, le régiment est définitivement dissout le 1er octobre 1815. Les vétérans regagnent alors la Pologne où ils sont accueillis en héros.

Au moment de la Seconde République de Pologne, la tradition du 1er Régiment de chevau-légers fut maintenue par la création d’un régiment au service du Président polonais (Pułk Szwoleżerów Józefa Piłsudskiego).

Depuis le milieu des années 90 les Polonais célèbrent tous les ans au milieu du mois d’août : “Le retour des chevau-légers”. Des passionnés revêtent les costumes d’époque pour cet événement organisé notamment par le Musée du Romantisme d’Opinogora, la Facultés des Arts du Lycée Aleksander Giejsztor.

Karl Demyttenae​re (www.lepetitjournal.com/varsovie.html)
mercredi 2 mars 2011

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