DECRYPTAGE- Le tourisme m

 

 

Chirurgie plastique et soins dentaires : les tarifs polonais attirent chaque année près de 250.000 étrangers. Le sort d'une jeune suédoise, plongée dans le coma depuis l'échec de sa chirurgie mammaire, rappelle toutefois les risques de ce tourisme médical. Le low-cost rapporte gros mais peut coûter cher. Enquête sur un phénomène mondial. [archive 2011]

(article publié le 2 décembre 2010)

(Implants mammaires, Wikicommons)

Depuis 2 ans, un hôpital de Gdańsk a conduit illégalement au moins 78 opérations de chirurgie plastique. L'une d'elles a eu des conséquences tragiques. Après la pose d'implants mammaires, une suédoise de 31 ans ne s'est pas réveillée de son anesthésie. Elle est actuellement dans le coma et pourrait avoir subi des dommages cérébraux irréversibles. La patiente n'aurait pas signalé ses antécédents médicaux et le personnel hospitalier, incompétent, n'a pas su identifier le problème. Si l'opération a eu lieu en août, l'affaire n'a été médiatisée qu'en novembre. Après l'accident 10 opérations identiques ont d'ailleurs pu être conduites dans cet hôpital qui s'était pourtant fait refuser à plusieurs reprises le droit de conduire de telles interventions.

Un phénomène mondial
Près de 4 millions de touristes partent chaque année recevoir des soins médicaux à l'étranger, notamment en Amérique du Sud, en Europe de l'Est, au Maghreb ou en Asie du Sud Est. Le tourisme médical ne peut pas répondre aux urgences médicales petites ou grosses. Il s'agit surtout donc de visites chez le dentiste, l'ophtalmologue et le chirurgien esthétique. Les opérations les plus populaires sont les liposuccions, la pose d'implants mammaires et les liftings. D'ailleurs le tourisme médical est majoritairement féminin. Si les soins dentaires ou optiques concernent autant les hommes que les femmes, 75% des opérations de chirurgie esthétique sont réalisées sur ces dernières.

Les raisons de cet engouement
La démocratisation du tourisme médical a d'abord été permise par l'ouverture des frontières, le développement des communications et des transports : diagnostic via internet, puis vol low-cost vers l'Europe de l'Est par exemple, pour rencontrer un docteur qui a parfois étudié près de chez vous.

Le secteur de la santé est traditionnellement très peu concurrentiel. On se soigne là où on a ses habitudes, la proximité et la confiance primant sur le reste. Mais la donne change quand on vous propose des réductions de 40 à 90%. Alors que le matériel utilisé est souvent le même, c'est le coût de la main-d'œuvre qui autorise de tels écarts de prix.

Les dysfonctionnements de nos services de santé encouragent aussi à consulter à l'étranger : les soins deviennent extrêmement chers, sont très peu remboursés, la qualité n'est pas forcément au rendez-vous et les listes d'attente s'allongent.

Aux Etats-Unis certaines entreprises et les assureurs privés incitent déjà "leurs" malades à aller se soigner au Mexique ou en Inde, en offrant aux patients un intéressement aux économies réalisées. Et si la santé est normalement exclue de la fameuse directive Bolkenstein, l'Europe pousse aussi à la libre circulation des patients.

Les Français aussi sont partants
Aujourd'hui 52% des Européens seraient prêts à se déplacer pour se faire soigner à l'étranger. Les Italiens sont les plus convaincus (68%) avec les Allemands (63%), tandis les Français (45%) et les Anglais (39%) sont les plus réservés.

Depuis mai 2005, les assurés sociaux français peuvent se faire rembourser par l'assurance-maladie tous les soins reçus dans un autre état "membre de l'Union européenne ou partie à l'accord sur l'espace économique européen" sans autorisation préalable, comme si ces soins avaient été reçus en France.

Or la demande concerne surtout des soins peu ou pas remboursés, comme les opérations des yeux ou la chirurgie esthétique ou dentaire. Plutôt que pour l'Europe de l'Est, les français préfèrent donc partir au Maghreb. Les vols sont plus chers, mais le séjour et les soins moins coûteux. Le personnel médical est aussi francophone et, cerise sur le gâteau, il y fait beau!

(image du film Brazil (1995) réalisé par Terry Gilliam)

Les risques d'une médecine low-cost
Avec le tourisme médical, la santé devient un business comme un autre. Le seul critère quantifiable étant le prix, certains docteurs ont tendance à baisser leur tarifs mais à conserver leurs revenus en enchainant les opérations ou en limitant les garanties.

Les pré-consultations à distance ne valent pas non plus une visite directe. Certains patients n'hésitent pas à tricher au questionnaire évaluant leur santé. Une fois sur place, après que beaucoup de dépenses aient été engagées, certains docteurs auront aussi tendance à vouloir opérer à tout prix. Le suivi post-opératoire est ensuite une phase cruciale de toute opération, or les séjours organisés par les agences ou les particuliers durent très rarement plus de 10 jours.

D'ailleurs si l'opération se passe mal, les garanties et les recours juridiques en cas de complications sont extrêmement limités. Beaucoup de ces chirurgiens n'ont pas d'assurance privée. Ils essayeront alors d'utiliser l'excuse de l'aléa thérapeutique. Des recours existent, mais l'éloignement complique tout. 
Les mails restent souvent sans réponse et les procédures légales n'aboutissent que rarement. Heureusement les patients le savent. Ils se renseignent longuement et parcourent les forums à la recherche d'informations sur le docteur X ou la clinique Y.

 

 
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