PORTRAIT - Janusz Palikot, l'enfant terrible

 


Pour mieux vous initier aux joies de la politique polonaise, nous publierons une série de  portraits des principaux acteurs de ce microcosme haut en couleur. Cette semaine, le trublion médiatique Janusz Palikot.

wiki commons Cezary Piwowarski(photo Cezary Piwowarski).
"Quand verrons-nous enfin une seule cérémonie d'Etat sans les gros ventres des évêques ?" Sa dernière provocation annonce bien la couleur :  à 46 ans, l'enfant terrible de la scène politique polonaise n'a toujours pas sa langue dans sa poche. Diplômé en philosophie, Janusz Palikot a fait fortune dans la vente d'alcool. Début octobre, il lance devant 3.000 supporters son mouvement politique, annonce qu'il quittera le 6 décembre les rangs du parti libéral Plateforme civique (PO) et renonce à son mandat de député.

Un cocktail détonnant
Son programme semble effectivement peu compatible avec celui, conservateur et très consensuel, du parti au pouvoir. Palikot réclame une (réelle) séparation de l'Eglise et de l'Etat, la légalisation des unions homosexuelles, la fin des financements pour l'Eglise et les partis politiques, la gratuité des contraceptifs, des cours d'éducation sexuelle à l'école, le droit à l'avortement, la réduction du nombre de députes et la suppression du Sénat. Ce discours radical est très rare en Pologne, ou même le principal parti de gauche préfère ne pas effrayer ses électeurs en mettant trop en avant ses positions “progressistes".

Le Premier ministre et chef de PO Donald Tusk avait répondu à l'annonce de la  création du Mouvement politique de Palikot  en déclarant que cette concurrence pouvait être une chance pour la vie politique polonaise. Mais d'ajouter qu'il fallait surveiller ce mouvement : “j'ai moi même été sous estimé par quelqu'un et cela ne lui a pas réussi” . Le parti au pouvoir est en effet lui aussi issu d'un mouvement citoyen né d'un rejet de la classe politique.

Le moment politique de Janusz Palikot est d'ailleurs peut-être bien arrivé. Même dans la très catholique Pologne, l'instrumentalisation de la croix dédiée au victime de Smolesnk ou le soutien affiché d'une partie de l'église au candidat conservateur Jarosław Kaczyński lors de la récente élection présidentielle ont été mal perçus. Palikot cherche à surfer sur cette baisse de la popularité de l'Eglise, très sensible chez les jeunes urbains.

La provocation : son arme et sa faiblesse
Mais n'est pas Donald Tusk qui veut. Si Janusz Palikot est très médiatique, il n'est pas du tout consensuel et ne risque pas de rassembler autour de son nom. Alors qu'il espère peser 10% lors des prochaines élections législatives, un sondage CBOS publié la semaine dernière ne lui donne que 2% d'intention de vote, très loin du seuil de 5% nécessaire à l'entrée au parlement.

Si ses chances de gouverner sont pour l'instant très minces, la médiatisation qu'il sait donner à son agenda politique à au moins le mérite de briser quelques tabous. Palikot n'hésite pas à prendre l'opinion polonaise à rebrousse-poil et à mettre très franchement le pied dans le plat. Ses principaux détracteurs lui reprochent même de mener une “campagne de haine” contre les valeurs traditionnelles polonaises. Parmi ses faits d'armes les plus polémiques :
-il est arrivé à une émission télévisée avec une tête de porc à la main, pour protester contre la corruption de la fédération polonaise de football.
-il ouvertement évoqué les vieilles rumeurs qui courent sur Jarosław Kaczyński, et à mis en doute son hétérosexualité.
-il a brandi un pistolet et un pénis en plastique lors d'une conférence de presse, deux symboles à ses yeux représentant la police et la Loi en Pologne.
-il a déclaré que feu le président Lech Kaczyński était responsable de la catastrophe de Smolensk et a demandé qu'une commission soit créée pour examiner le taux d'alcoolémie du président défunt au moment du crash.

 

CQ (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) Jeudi 21 octobre 2010

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