DIPLOMATIE - Lech Walesa s'invite dans la campagne présidentielle américaine

 

Le lauréat polonais du prix Nobel de la paix se prépare à rencontrer Mitt Romney, alors qu’il avait refusé de rencontrer Barack Obama lors de sa venue en Pologne l’an passé. Alice Trudelle, journaliste canadienne à Varsovie, explique comment une série de gaffes de la part du président américain ont refroidi les relations avec la Pologne, un allié pourtant traditionnellement farouche des États-Unis en Europe.

(photos wikicommons)
Vendredi dernier le prix Nobel de la paix et ancien président polonais Lech Walesa a confirmé qu'il rencontrerait le candidat à la présidence des États-Unis Mitt Romney à Gdansk, le 30 juillet.

Romney visitera également Varsovie. Dans une déclaration officielle sur son site web, le ministère des affaires étrangères a dit samedi voir "la visite de l'ancien gouverneur en Pologne comme un signal fort qui souligne sa volonté d'encourager la coopération polono-américaine et de cimenter l'alliance entre nos deux pays".

Le candidat républicain profitera aussi de sa venue pour faire un discours public et rencontrer le ministre des affaires étrangères Radoslaw Sikorski, le président Bronislaw Komorowski et le premier ministre Donald Tusk. A noter que le libéral Tusk avait par contre refusé de rencontrer le candidat (socialiste) Hollande à l'élection présidentielle française...

Walesa, cet électricien de formation, co-fondateur du mouvement Solidarność (Solidarité) et figure emblématique de la lutte contre le communisme, n'avait lui pas voulu rencontrer Barack Obama lors de sa venue en Pologne en mai 2011. Il aurait mal pris que le président américain ne l'ait pas invité à une rencontre en tête-à-tête, mais en groupe avec d'autres personnalités polonaises. Cette fois Walesa a pris les devants et a invité lui-même le candidat républicain...

Cette différence de traitement s'expliquerait donc plus par la maladresse d'Obama que par une volonté de Walesa d'afficher ses préférences politiques. Le président américain a d'ailleurs multiplié les gaffes diplomatiques envers la Pologne depuis son arrivée au pouvoir.

Une gaffe après l’autre
Barack Obama a négligé de se présenter aux côtés des autres dirigeants internationaux sur la péninsule de Westerplatte, où les Nazis ont envahi la Pologne en 1939, pour souligner le 70e anniversaire du début de la Deuxième Guerre Mondiale en septembre 2009. Pire encore, le président américain avait maladroitement choisi cette date pour annoncer que les États-Unis se retiraient du projet de bouclier anti-missile préparé par George W. Bush, très cher aux Polonais, en particulier comme garantie de sécurité face à la Russie, cette voisine dont la Pologne se méfie toujours.

Alors que l'éruption du volcan Islandais Eyjafjöll l'avait empêché d'assister aux funérailles du couple présidentiel Polonais décédé dans le tragique écrasement d'avion de Smolensk en avril 2010, Barack Obama est allé jouer au golf, ce qui a été très mal perçu par certains Polonais.

Puis il y a deux mois à peine, lors de la remise de la médaille présidentielle de la liberté au résistant polonais Jan Karski à Washington, Barack Obama a parlé des "camps de la mort polonais". Les Polonais, y compris au plus haut niveau diplomatique, font campagne depuis des années pour faire disparaître ce terme et le remplacer par le plus exact "camps d'extermination Nazis dans la Pologne occupée". Lech Walesa n’avait d’ailleurs pas été invité à la cérémonie.

Plus généralement, les relations se sont notamment refroidies entre la Pologne et les États-Unis depuis l'arrivée de Barack Obama car les Polonais, parmi les plus farouches alliés des Américains en Europe - participation importante en Irak et en Afghanistan, la Pologne est un des rares pays Européens membres de l’OTAN qui n'a pas coupé dans son budget militaire ces dernières années -, se sentent délaissés par l'emphase de la politique étrangère américaine sur la Russie au profit de l'Europe de l'Est en particulier, et plus généralement sur le Moyen-Orient et l'Asie au profit de l'Europe.

Pourquoi la Pologne au fait ?
Dans une campagne électorale au rythme acharné, le choix des rares sorties internationales ne doit rien au hasard. Ainsi, avant la Pologne, Mitt Romney visitera le fidèle allié anglais pour la cérémonie d'ouverture des JO. Suivront également la puissante Allemagne, et Israël, une visite incontournable pour rassurer les juifs américains et l'électorat fondamentaliste chrétien.

Mitt Romney devrait profiter de son passage en Pologne pour défendre un rapprochement stratégique avec les pays de la nouvelle Europe qui comme son électorat sont peu suspects de russophilie. Il se rapprocherait par là de l'héritage des républicains George W. Bush et Ronald Reagan (les Polonais continuent d'ailleurs d'ériger des statues à l’anti-communiste Reagan aujourd'hui encore).

Lech Walesa n’occupe plus de fonction officielle en politique depuis 1995, mais bénéficie encore d'une importante aura internationale, particulièrement aux Etats-Unis. S'afficher à son côté pourrait notamment influencer le votes des 10 millions d'américains d'origine polonaise, déjà plutôt enclins à voter républicain.

Alice Trudelle (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) lundi 23 juillet 2012

 

Vu de la Pologne
Aujourd'hui Lech Walesa n'est politiquement plus vraiment pris au sérieux. Dernièrement on entend plutôt parler de sa femme Danuta, qui a publié cette année son autobiographie
Rêves et secrets où elle révèle qu'elle a été très malheureuse et seule à élever ses huit enfants alors que son mari s'occupait de politique, d'abord avec le syndicat Solidarité dans les années 1980 et puis à la présidence de la nouvelle république Polonaise dans les années 1990. Sans qu’il soit question de divorce pour ce couple très catholique, Danuta et Lech mènent aujourd’hui des vies largement séparées.

En Pologne, Lech Walesa est plutôt connu pour ses coups d'éclat. Au printemps, alors que les membres de Solidarité bloquaient la sortie des élus du Parlement, où ceux-ci venaient de voter en faveur de l'augmentation de l'âge de la retraite, Walesa a dit que les dirigeants de Solidarité "méritaient de se faire donner une raclée".

Étonnée, la journaliste qui l‘interrogeait lui a demandé si en tant que prix Nobel de la paix, il recommandait vraiment la violence contre les dirigeants du syndicat qu’il avait lui-même fondé. "Je le ferais moi-même. Je battrais moi-même [le dirigeant de Solidarité] pour ne pas avoir su bien diriger les relations politiques dans la Pologne libre", a-t-il répondu.

 

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