INTERVIEW - François Gault, journaliste par passion !

 

François Gault est journaliste depuis de très très nombreuses années ! Il ne compte plus ! Et il a décidé de mener aujourd’hui une vie plus calme. Comme reporter de la Télévision française, il a vécu tous les grands événements qui, dans les années 80, bouleversèrent la Pologne et lui rendirent démocratie et liberté. En 1994, il devient, entre autres, le correspondant de Radio France dans le pays. Voici quatre ans, il a reçu la Légion d’Honneur pour le soutien apporté aux Polonais pendant les années difficiles et pour avoir contribué au rapprochement entre la Pologne et la France. Un grand moment dans sa vie.

 

LePetitJournal.com/Varsovie - Bonjour François Gault. Vous êtes tombé dans la marmite du journalisme très jeune ?
Oui. J'ai exercé le métier de journaliste toute ma vie. Et je n'ai jamais voulu et su faire que cela. Ado, j'imprimais déjà mon propre journal que je vendais, pour 40 sous, à mes copains. Et puis, vers 16 ans, j'ai rêvé de faire une école de journalisme. Pour mon père, le journalisme n'était pas un métier très solide. Alors, il a mis une condition avant de me donner son feu vert pour l’école : j'avais un mois pour publier mon premier article dans un journal ! J’ai réussi. Et mon père a tenu sa promesse : j’ai suivi alors les cours de l’Ecole supérieure de Journalisme ! J’étais un homme heureux.

Avant la télé, votre parcours est très varié : Cœur Vaillant, Témoignage Chrétien. Vous avez été critique de cinéma, pour le Coopérateur de France. Et puis : La Vie, France Soir, L’Express, Le Point, avec des reportages aux 4 coins du monde… Vous avez également fait partie de la première équipe rédactionnelle qui a créé le journal 50 millions de consommateurs
.
Oui, il faut dire que j’aime bien transmettre ce que j'apprends, ou ce que j’observe, dans le domaine social, économique, culturel et international. J’aime bien comprendre, pour informer et faire comprendre... J’ai également donné des cours dans deux écoles de journalisme, l’une en France, l’autre en Pologne. En 2000, avec un ami, Philippe Lachaise, nous avons aussi créé Varsovie Online, le premier journal sur internet pour francophones en Pologne.

A partir de 1969, vous devenez journaliste de télévision. Un soir, Pierre Desgraupes - le grand homme de télévision à l’époque - et le directeur de l’information sur la Première chaîne, vous téléphone : il veut vous voir le lendemain, dans son bureau !
Le lendemain, après une heure d’entretien, Pierre Desgraupes m’engage. Je lui dit "Je n’ai jamais fait de télévision !". Il me répond : "Cela ne fait rien, je vais vous apprendre !". Oui, j'ai eu la chance d'apprendre mon métier avec deux très grands noms qui font honneur à la profession : pour la télévision, Pierre Desgraupes. Et pour la presse écrite quotidienne, Pierre Lazareff, le "patron" du plus grand quotidien de France, tirage un million d’exemplaires !

(Lech Walesa à Gdansk, en août 1980)

La Pologne, comment cela a commencé pour vous ?
Je suis arrivé à Varsovie, pour la première fois, fin août 1980. En France, je couvrais surtout les sujets sociaux, donc la grande grève de Gdansk et la création de Solidarnosc, le premier syndicat libre dans le Bloc soviétique, m’intéressaient beaucoup. Tout de suite, évidemment, j'ai sympathisé avec Lech Walesa, Bronislaw Geremek (décédé en 2008), Tadeusz Mazowiecki, et avec quelques autres, qui sont restés mes amis. J’ai aussi écrit un livre sur Walesa et sur son expérience unique : il a été traduit en sept ou huit langues.

Vos premières impressions sur la Pologne ?
Les Polonais vivaient alors une période extraordinaire de leur histoire. Ils étaient très courageux, mais malheureux, souvent traqués par la police, emprisonnés, battus, séparés de leurs familles.

Et puis, il n’y avait presque rien dans les magasins, presqu'aucun produit alimentaire de première nécessité ! Un jour - exemple parmi d’autres - on nous prévient : le courant électrique sera coupé après 19h et cela pendant plusieurs jours ! Je me dis : on va s’éclairer à la bougie ! Mais lorsque je demande à mon assistante de nous trouver des bougies, elle me regarde avec de grands yeux surpris : "Des bougies ? Mais où veux-tu que je les trouve ?". Au final, j’ai été obligé de faire venir mes bougies de Paris !

Un autre jour, pendant l’état de guerre, j’ai rapporté de Paris sept paires de chaussures pour les enfants de Walesa, alors interné. A la douane polonaise, on me demande ce que je fabrique avec ces chaussures. Je dis la vérité toute simple : "C’est pour chausser les enfants de Walesa !". Et le douanier de me répondre, avec un grand sourire : "C'est bon dans ce cas ! Alors, passez !". Cela montre bien aussi le climat de l’époque...

Et puis j'ai d’abord été très marqué par le courage des Polonais. Mais aussi par  leur humour et par leur élégance d’esprit, même dans l'adversité. Un jour, je prends la voiture, avec ma femme, pour aller à Cracovie. Il est minuit, nous roulons un peu trop vite, un flic m'arrête. Il veut me coller une amende maximum. On négocie, on négocie... Et à la fin, il me dit : "C'est bon : pas d’amende ! Partez, mais avec l’argent que vous auriez du payer pour l’amende... offrez des fleurs à madame !".

La Pologne change. Comment jugez-vous cette évolution ?
Le pays va dans le bon sens. Il se met - lentement peut-être, mais sûrement - au niveau de la France ou de l’Allemagne. Son économie se porte bien, 4% de croissance en 2011, avec une prévision de 3,8% en 2012. Les habitudes, les mœurs changent aussi. Mais je trouve que, sur ce point, l’évolution n'est pas assez rapide. Et puis, dans les méthodes, on sent encore certains miasmes, certains plis de l’ancien régime dans la politique polonaise. La gauche n’est plus que l’ombre d’elle-même, la droite nationaliste est une impasse. Le centre devrait être plus actif.

En réalité, la Pologne a besoin de vraies réformes, non pas imposées mais négociées avec les différents courants du pays. Mais, et c’est bien le principal, dans les têtes des Polonais, les espoirs restent bien présents. Et puis, l’Union européenne a fait beaucoup pour le pays. Il est vrai aussi que la Pologne est en train de faire beaucoup, elle aussi, pour l’Union européenne !

(François Gault et Lech Walesa, dans son bureau à Gdansk)

Loin de la Pologne cette fois, vous avez aussi vécu la révolte des étudiants chinois en 1989...
Oui, début juin 1989, je me trouve sur la place Tian'anmen, à Pekin. Je réalise, à cette époque, un reportage télé pour La Cinq avec des milliers de jeunes manifestants autour de moi ! Et soudain, j’entends la Marseillaise… chantée en chinois. Je filme tout cela, bien sûr, images et son ! Et le 14 juillet 1989, La Cinq a diffusé les images et la Marseillaise en chinois au moins vingt fois dans la journée. J’ai offert la cassette au Président François Mitterrand ! Il s’est montré très ému. On peut faire un lien entre les événements polonais d’août 1980 et, dix ans plus tard, la révolte des étudiants chinois en juin 1989. Les premiers annonçaient sans doute la seconde. Et les deux se révélaient la même quête de liberté et de démocratie !

Et maintenant, vous avez décidé de ralentir certaines de vos activités. Quels sont vos projets ? Vous allez vous arrêter complètement ?

Ralentir, oui. Arrêter complètement, non ! Je vais continuer à collaborer avec différentes radios étrangères que j’apprécie beaucoup et poursuivre une ou deux collaborations dans la presse écrite, que j’aime beaucoup également ! Et puis, Radio France fera appel à moi comme consultant pour la Pologne. Mais tout cela sur un rythme plus calme, plus cool, que celui que j’ai connu jusqu’à présent! J’ai d’autres projets et heureusement : ma femme, qui est aussi journaliste, m’aide beaucoup ! On travaille en symbiose, c’est formidable ! Vous savez, une fois que l’on est tombé dans la marmite du journalisme, on n'arrive jamais à se séparer complètement de ce métier, qui vous dévore... Pour moi, c’est le plus beau métier du monde !

Propos recueillis par Marie Guillo et Christophe Quirion (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) mardi 10 juillet 2012


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