LOUIS-PHILIPPE LONCKE - "On bousille l’eau, on bousille la vie"

 

Lundi 28 mai 2012, 10h45, plage Wisła Coca-Cola, à deux pas du pont Poniatowski. Hormis le personnel, l’endroit est relativement désert. Coat rouge, pantalon gris et chaussures de marche, un homme attend la conférence de presse consacrée à son expédition. C’est Louis-Philippe Loncke, un aventurier belge qui traverse la Pologne du Sud au Nord. D’une simplicité déconcertante, il m’invite à sa table. Il pointe du doigt le côté droit de la Vistule, Praga : "sauvage et magnifique", me dit-il. Le début d’un entretien où la préservation de l'environnement reviendra comme un leitmotiv.


Louis-Philippe Loncke est parti le 3 mai 2012 du Mont Rysy, le point culminant des Tatras. D’abord à pied dans cette chaîne de montagnes, ensuite en canot et en kayak sur la Vistule à partir de sa source. 2 200 km en tout. Il est arrivé samedi à Varsovie. On lui a volé sa voiture, l’occasion d’un détour par la police. En vain, puisqu’on n’a pas retrouvé l’auto.

Le dimanche a été calme, un "jour mort, très bizarre pour un aventurier", confie-t-il. Déjà pendant l’entretien, régulièrement interrompu pour régler les détails du départ et de la conférence, il trépigne d’impatience. Certes, l’homme est sociable, direct dans ses contacts et parle facilement du sujet du jour : son expédition et son but profond, la protection de l’environnement. Mais on sent en lui l’envie de redémarrer après une longue pause. Il lui reste environ 500 km dont 60 qu’il compte effectuer aujourd’hui même. A savoir que Louis-Philippe va en moyenne à 5 km/h, porté par un courant de 2 à 5 km/h sur la Vistule. Son record : 13 km/h. L’aventure devrait être bouclée en 28 jours.

(de gauche à droite: Tomasz Grzywaczewski, inconnu, Lukasz Krajewski, Louis-Philippe Loncke, Laura Deschryver, Mark van de Vreken, Annick van Hool, (devant) Olivier Noël, Photo Nathalie Hill)

Une expédition "à la bonne franquette"
La composition de l'équipe ? Nathalie Hill (photographe), Tomasz Grzywaczewski (aventurier, journaliste et caméraman), Anna Zietek (traductrice), Zuzanna Lukasik (traductrice et réseaux sociaux), Lukasz Krajewski (mise en valeur de la Vistule).

Les membres se sont vus pour la première fois une semaine avant le départ. "Ce n’est pas une équipe connue depuis longtemps. On a donc fait connaissance. Personne n’est payé, ce sont tous des volontaires", précise-t-il. Lui-même a un temps plein (il est ingénieur consultant) dont il a pratiquement épuisé les jours de congé pour réaliser cette expédition. Pourtant, il s'est occupé des préparatifs après ses heures de bureau.

Flash-back sur l’idée de départ, germée de deux événements. D'abord : "Un ami, Yves, m’a parlé de la Vistule il y a environ un an. J’ai fait des recherches sur internet. J’ai lu que c’était le fleuve le plus long de Pologne. Les superlatifs sont toujours intéressants". Ensuite, dans la même période, Louis-Philippe Loncke a eu l’occasion d’apprendre le kayak (une heure de cours seulement !) et de se lancer dans une expédition de 600 km en kayak à travers la Belgique pour montrer la beauté des paysages et la pollution de l’eau.

(photo de Louis-Philippe Loncke par Norbert Eggermont)

Les autochtones
Un des buts de l’expédition est d'aller au contact des Polonais. Le long de la Vistule dont le côté sauvage l’a attiré, l’aventurier rencontre régulièrement des pêcheurs. Ils sont nombreux. Quand le courant et le temps le permettent, il discute avec eux. De père wallon et de mère flamande, il maitrise deux des langues nationales belges plus l’anglais. Le polonais reste un obstacle, mais avec ses prémisses de russe et avec le néerlandais, langue germanique proche de l’allemand parlé encore par certains Polonais, le contact peut s’établir.

Les deux réactions face à cette expédition qui vont le mener jusqu’à Gdańsk sont opposées : "certains me prennent pour un fou, d’autres trouvent ça le plus normal du monde". Lors de ses déplacements, Louis-Philippe s’étonne de ne rencontrer que peu de vie sur la Vistule : "depuis le début, une dizaine de bateaux au maximum". A noter quand même la rencontre avec un autre kayak, le seul sur lequel Louis-Philippe soit tombé jusqu'à présent pendant cette expédition. Il s'agissait de Greg, un kayakeur qui passe par les affluents de la Vistule. Spontanément, l'aventurier belge retourne à son cheval de bataille: ces affluents sont bordés de déchets de tous genres. Zoom sur le sujet.

La Vistule et ses déchets
Sur la table à côté de l’explorateur, il y a un paquet de Creative muesli bar et des cartons de Fitdrink Activlab. Il se sert. "Les sponsors du projet", précise-t-il. Il finit sa canette. Plutôt que de s’attarder sur les sponsors, il montre comment plier une canette afin de diminuer son espace dans une poubelle. Le pouce et l’index de chaque main mis à l’opposé sur la longueur du récipient. "Tu peux aussi utiliser tes genoux", ajoute-t-il. Plus d’espace dans les poubelles, c’est aussi moins de déchets qui termineront à côté. Il désigne la petite poubelle rouge quatre mètres plus loin: "elle sera remplie en un clin d'œil, on jettera les déchets à côté et d'ici ce soir, ils auront volé dans la Vistule".

"Les petits déchets font les gros déchets". En guise d’exemple, les sacs en plastique. "3 à 5 grammes chacun. Ils se décomposent en particules irrécupérables. Les poissons les mangent, puis les hommes mangent les poissons. Ça provoque des maladies, c’est donc une histoire de santé publique". Petite nuance : on peut recycler le plastique pour faire des tubes, mais on n’a pas un besoin infini de tubes… Même s’il est conscient des besoins de plastique pour certains objets, comme son énorme gourde qu’il trimballe dans ses escapades, Loncke est tout aussi persuadé qu’on peut diminuer l’usage de ce matériel.

L’importance de l’eau
S’il est évident que Loncke fait son projet pour l’aventure, il le fait également et surtout pour attirer l’attention sur la problématique de l’eau. L’homme est très actif dans ce domaine. "Lors d’une action de nettoyage de la Basse-Ourthe, on a retrouvé moins de cent kilos de déchets par kilomètre. Le nettoyage des berges de la Vistule a donné une tonne de déchets par kilomètre". Un bilan catastrophique pour l’aventurier qui aime "prendre plaisir à voir des beaux paysages", mais constate trop souvent la présence de résidus pas naturels sur les berges.

Humble, l’aventurier se considère comme un porte-parole : "J’ai rien inventé, mais je suis là pour le dire", répète-t-il. Au mieux, il voudrait être un exemple de citoyen responsable. L’eau est un enjeu crucial dans ses démarches, car manquante, elle peut même mener à des guerres. "L’eau doit être protégée. La question, c’est quand on fera l’effort. Maintenant ou dans dix ans quand on se tapera sur la gueule ?"

Plus d’informations et de détails sur le projet disponibles en ligne : www.polandtrek.com


Olivier Noël (www.lepetitjournal.com/varsovie) mercredi 13 juin 2012


 
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