Varsovie

INSURRECTION DU GHETTO DE VARSOVIE - C'était il y a 74 ans

Aujourd'hui, mercredi 19 avril, marque le 74e anniversaire de l’insurrection du ghetto de Varsovie. A partir d’octobre 1940, près de 40% de la population de Varsovie vécut, contrainte de survivre sur 8% du territoire de la ville. Au printemps 1943, le ghetto se révoltait contre les déportations, et pour "sauver la dignité humaine".

Lepetitjournal.com/Varsovie vous propose de partir sur les traces du ghetto, désormais disparu, à travers une visite guidée organisée par Varsovie Accueil en avril 2016. L'histoire de ce triste épisode nous est raconté par Katarzyna Kacprzak, elle-même petite fille d'une habitante du quartier, avant qu'il ne devienne le ghetto.

La naissance du ghetto

Nous retrouvons notre guide devant le jardin Krasińskich, à Muranow, dans le nord de la ville. Ce quartier résidentiel, calme et agréable de Varsovie a la particularité de se trouver sur les décombres du ghetto juif. Si ce passé douloureux a pu être quelque peu occulté après la guerre, il est désormais visible, commémoré par de nombreux monuments dans le quartier.

Le parc, créé dans la deuxième moitié du XVIIème siècle, est très fréquenté  avant la guerre par les habitants de ce quartier, majoritairement des juifs. Ola, la grand-mère de notre guide, catholique, y habitait rue Zamenhofa avec son mari et ses 4 enfants et était la meilleure amie et la voisine d’Anna, juive. Le quartier, aujourd’hui aéré, avec de grands espaces verts, comptait à l’époque bien davantage de maisons collées les unes aux autres, mélangeant ses habitants aux cultures et langues diverses. Ainsi, Ola n’était qu’une simple ouvrière et ne parlait pas moins de trois langues: le yiddish, l’allemand et le polonais ! Elle se rendait souvent dans le parc avec Anna, du moins jusqu’au 18 juillet 1940. Car à partir de cette date, il devient interdit aux juifs d'accéder aux parcs, ainsi qu'à certaines rues et de s’asseoir sur les bancs publics.

La Seconde Guerre mondiale a éclaté, les Allemands ont envahi Varsovie en septembre 1939 et la vie devient alors très dure pour tous les habitants mais particulièrement pour les juifs. Ces derniers voient leurs droits réduits (interdiction des bains rituels, de porter la barbe) et sont obligés de porter un brassard blanc avec l’étoile bleue de David (l’étoile jaune ne concernant que les territoires faisant directement partie du IIIème Reich). Ils se voient peu à peu interdire certaines professions tandis que leur compte bancaire est bloqué, ne pouvant héberger plus de 2000 zlotys. Quelques mois plus tard, la création du ghetto de Varsovie débute, les nazis ordonnant aux non juifs, comme Ola et sa famille, de quitter le quartier Nord. De nombreuses familles- au total plus de 460 000 personnes- sont ainsi contraintes de déménager, parfois plusieurs fois, les limites du futur ghetto changeant souvent. Dès le 16 novembre 1940, celles-ci sont marquées par une clôture puis en juin, un mur de 3 mètres de hauteur est érigé (y compris par les juifs qui sont forcés de participer à sa construction). Les frontières du ghetto sont actuellement indiquées au sol dans plusieurs endroits de la ville avec les dates 1940-1943, prises comme marqueurs mais dans certains endroits, comme aux alentours du Palais de la Culture, le mur n’existe que jusqu’en 1942. 

La vie dans le ghetto

Si certains appartements et endroits du ghetto sont moins marqués par la pauvreté, globalement, c’est une grande misère et la maladie qui y règnent. En 1940, le ghetto fait 307 hectares soit 8% de la superficie de la ville sur laquelle s’entasse 40% de sa population ! Les juifs sont rationnés, ils n’ont que 200 calories par jour (le corps humain ayant besoin, en moyenne, de 2000 calories quotidiennes), ce qui équivaut à 2 kg de pain et 20g de marmelade par mois ! Face au manque de nourriture, nombreux sont ceux qui organisent des trafics avec l’extérieur pour survivre : 90% de la nourriture du ghetto en provenait. Ola aidait ainsi son amie Anna. Il était possible de pénétrer dans le ghetto à certains endroits en enlevant en cachette des briques du mur, dont vous pouvez aujourd’hui encore voir des fragments (le plus connu se trouvant entre les rues Zlota et Sienna). Ola procédait ainsi pour venir récupérer des vêtements que lui passait Anna. Elle allait ensuite les vendre dans les marchés de Varsovie, ce qui lui permettait d'acheter de la viande qu’elle revenait donner à Anna.  

Reste du mur du ghetto à Muranów (ce fragment original a été démonté pour être nettoyé puis remonté)

Ce genre de trafic n’était pas sans risque : la mort attendait ceux qui étaient découverts en train de s’y livrer. Ola faillit être dans ce cas de figure. Un jour, alors qu'elle s'apprête à passer le mur de briques, comme d’habitude, pour pouvoir entrer dans le ghetto, elle aperçoit des officiers allemands arriver vers elle. Effrayée, elle garde son sang-froid et s’accroupit pour cacher le trou dans le mur. Les soldats arrivent et lui demandent ce qu’elle fait ici, la menaçant. Ola répond alors qu’elle utilise cet endroit comme des toilettes ; elle se met alors à faire pipi et commence à hurler... Les soldats la prennent pour folle et s’en vont. Si Ola n’avait pas eu cette idée, elle aurait été tuée avec toute sa famille. La Pologne était en effet le seul territoire où les Allemands décrétèrent que toute sorte d’aide aux juifs (le fait de leur apporter de la nourriture bien sûr mais aussi de simplement leur passer un verre d’eau, leur indiquer le chemin ou ne pas dénoncer ceux qui étaient cachés en dehors du ghetto) était passible de peine de mort.

Les habitants du ghetto se battaient pour survivre mais la mort était courante, causée par la faim, le froid et la maladie (typhus, tuberculose). Au milieu de 1942, 100 000 personnes sont mortes ainsi.

Limites du ghetto de Varsovie qui était divisé en deux parties. Le grand ghetto et le petit ghetto étaient séparés par la rue Wodna qui en était exclue pour permettre aux Allemands d’accéder facilement à la Vistule.

Le début des déportations

Puis les Allemands décident de l’extermination des juifs par la création de chambres à gaz, lors de la conférence de Wansee, en janvier 1942. A Varsovie, les déportations vont commencer en juillet. Les juifs devaient se regrouper à Umschlag Platz où se trouvait à l’époque une gare. Ils étaient placés dans des wagons à bétail et déportés au camp de Treblinka. 300 000 personnes furent déportées en seulement 2 mois ! A Umschlag Platz, un monument se dresse désormais pour commémorer toutes ces victimes de la déportation avec une liste de prénoms juifs typiques dans le ghetto de Varsovie.   

A côté, se trouve une stèle qui commémore Emanuel Ringelblum. Historien vivant dans le ghetto, il crée l’organisation Chabbat pour laquelle il amasse des preuves pour témoigner de ce qui se passe dans le ghetto. Il parvient à cacher de nombreuses archives qui ont été retrouvées et sont aujourd’hui gardées par l’institut juif de Varsovie. 

L’insurrection et la destruction du ghetto

Suite à ces déportations massives, le ghetto ne compte plus que 60 000 habitants. Environ 30 000 travaillent dans des manufactures pour les Allemands tandis que le reste se cache dans des « bunkers », constitués dans les caves des appartements. Leur construction commence avec le début des déportations alors que les Allemands commencent à perdre quelques batailles sur le front, avec l’espoir que la guerre ne durera plus très longtemps. Le ghetto compte plus de 600 bunkers, lorsque les nazis décident sa liquidation finale le 19 avril 1943, la veille de l’anniversaire d’Hitler et des Pâques juives.

Ils vont faire face à une résistance inattendue lorsqu’ils pénètrent dans le ghetto, organisée par la ŻOB (Żydowska Organizacja Bojowa : Organisation juive de combat) menée par Mordechaj Anielewicz  et la ŻZW (Żydowski Związek Wojskowy : l’Union militaire juive). Ul Mila, un monticule de terre et un monument se dressent là où était le plus grand bunker du ghetto, poste de commandement de l’insurrection. Bien entendu, les combats sont totalement disproportionnés. "Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d’ici. Nous voulons simplement sauver la dignité humaine" déclarait Izrael "Arie" Wilner en avril 1943, peu avant l’insurrection. Sans aucune chance de survie, mais voulant mourir les armes à la main, les 500 à 1000 combattants des organisations de résistance juives réussirent pendant près d’un mois à tenir tête à des SS pourtant supérieurs en nombre et en armement, jusqu’au 8 mai. Le 8 mai 1943, le plus grand bunker avec près de 300 personnes à l’intérieur est encerclé. Certains de ses occupants parviennent à s’échapper tandis que la majorité se rend alors que les Nazis décident de gazer le bunker. Les derniers résistants, dont Anielewicz, préfèrent se suicider. Ces héros de l’insurrection sont aussi célébrés par le grand monument à Zamenhofa.

73 ans après, une journée de mémoire

C'est notamment devant ce monument qu'est célébré le 19 avril, chaque année, l'anniversaire de l'insurrection du ghetto. De nombreux bouquets, principalement de jonquilles car celles-ci symbolisent le souvenir, le respect et l'espoir et sont associées à Marek Edelman, chef de l'Organisation juive de combat, y ont été déposés mardi.

Lors des commémorations, le Président Duda, dans son discours du 19 avril dernier, a rejeté la xénophobie et plaidé pour la solidarité. La Maire de Varsovie a prononcé un discours dans lequel elle a déploré qu’un pantin représentant un juif ait été brûlé il y a quelques mois devant l’hôtel de ville de Wrocław, et que dimanche dernier, au cours d’une messe célébrée dans une église de Białystok, des slogans nationalistes aient été, hélas, à nouveau proférés.

(Remerciements à Varsovie Accueil et à notre guide Katarzyna Kacprzak !)

© Photos : Hélène Sancey-Dodivers, dernière photo : Eldanie Abdurashytova

Lepetitjournal.com/Varsovie - Mercredi 19 avril 2017

Article publié le 21 avril 2016 par Hélène Sancey-Dodivers (lepetitjournal.com/Varsovie)

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