Varsovie

SMOLENSK- Sept ans après, de nouvelles révélations

 

Dans le cadre du septième anniversaire de la catastrophe aérienne de Smoleńsk, de nouveaux  éléments d'enquête sont apparus, continuant d'accréditer la théorie du complot russe.  L'opportunité de revenir sur cette longue enquête et d'en suivre les rebondissements. 

Rappel des faits 

Nous sommes le 10 avril 2010, quand  le président polonais, Lech Kaczyński, meurt dans un crash aérien à  Smoleńsk, en Russie. Il n'y a aucun survivant parmi les 96 passagers. A bord, en plus du président, figure une grande partie de l'état-major polonais, le gouverneur de la Banque nationale, le vice-ministre des Affaires étrangères, de nombreux parlementaires, des membres du clergé et des représentants des familles des martyrs de Katyń. En effet, l'avion se rendait à  Katyń à l'occasion d'une cérémonie en hommage aux milliers d'officiers polonais tués par la police politique de Staline en 1940. 

Cette tragédie cause un grand émoi dans toute la Pologne et la question de la responsabilité du crash ouvre la voie d'une enquête difficile. 

Une enquête longue et laborieuse 

L'enquête s'annonce compliquée à cause notamment de son enjeu diplomatique entre la Pologne et la Russie, qui doivent se partager l’investigation. Au début de l’enquête, le gouvernement polonais, représenté par le parti PO (Plateforme civique) laisse les autorités russes se charger de l’affaire dont  le rapport d'enquête conclue, sans surprise, à une responsabilité polonaise. 

Du côté polonais, différentes explications de ce crash sont données. Certains pointent l'entêtement supposé de Lech Kaczyńsk à atterrir malgré des conditions climatiques défavorables et contre l’avis des pilotes. Mais du point de vue du PiS, alors parti d’opposition, dont le frère jumeau du président décédé, Jaroslaw Kaczynski, est à la tête, l'explication est toute autre. Pour eux, il ne s’agirait pas d’un accident, mais bel et bien d’un attentat commandité par la Russie. Le leader du PiS accuse également Donald Tusk, Premier ministre sous le gouvernement PO, d'être "moralement responsable" de la disparition de son frère à la suite de négligences dans le choix de la société censée effectuer certaines réparations sur l'avion présidentiel. 

Aussi, dès l’accession du PiS au pouvoir en 2015, une nouvelle commission d'enquête est instituée par le ministre de la Défense, Antoni Macierewicz, partisan de la thèse de l'attentat russe. 

Sept ans après, de nouveaux rebondissements 

Le 7e anniversaire du drame à Smolensk, ce lundi 10 avril, a fait l’objet de  nombreuses commémorations dans toute la Pologne, mais l’un des moments clés des cérémonies a été la présentation effectuée par la sous-commission d’enquête afin d’établir les causes de la catastrophe. Selon elle, la thèse d’une explosion due à une charge thermobarique pourrait être à l'origine d’une désintégration de l'avion et donc de son crash. Elle ajoute que la responsabilité de l'accident repose sur les contrôleurs aériens russes qui auraient sciemment induit en erreur l’équipage polonais en leur communiquant de fausses informations sur la distance entre l’avion et la piste d’atterrissage. Une thèse que Moscou a aussitôt condamnée. 

Ces nouveaux éléments se basent sur les enregistrements de la tour de contrôle qui auraient permis de reconstituer une plus grande partie des échanges entre les contrôleurs. 

Jaroslaw Kaczynski a repris ces révélations lors des commémorations et a déclaré : « jusqu'à maintenant, il y avait plusieurs théories et nous avons souvent approché de la vérité mais il n'y avait pas ce degré de crédibilité ». 

Cette affaire est cependant loin d'être terminée.  L'enquêteur, à l’origine de ces conclusions, a reconnu « ne pas connaître à l'heure actuelle » la cause de la catastrophe. L'exhumation des 96 victimes afin de vérifier la cause de leur mort est toujours en cours, ce malgré l'opposition de certaines familles. Des fragments de l'avion ont été envoyés ce mois-ci à quatre laboratoires étrangers afin d'y chercher de potentielles traces d'explosifs. Cependant, l'épave de l'avion ne peut être examinée, Moscou refusant de la restituer jusqu'à ce que la justice russe ait achevé sa propre enquête judiciaire. Pour Varsovie, en plus de sa valeur symbolique, l’épave représente une pièce à conviction clé qui pourrait permettre de trouver la cause réelle de ce drame. 

Instrumentalisation politique de cette affaire   

La presse s’accorde à dire que les cérémonies officielles de lundi dernier ont donné lieu à des discours politiques fervents prônant de nouvelles théories du complot. Rzeczpospolita déplore que malgré l’appel du président de la république, Andrzej Duda, au respect mutuel au nom de chacune des 96 victimes de cette catastrophe, la commémoration ait encore davantage renforcé les divisions sur la scène politique nationale et au sein de la société. Comme Gazeta Wyborcza, elle constate que l’intervention de Jarosław Kaczyński à l’occasion de l’inauguration d’une plaque commémorative à la chancellerie du Premier ministre a été peu conciliante et renforce la polarisation de la société : le président du PiS a affirmé que la tragédie a marqué douloureusement « la meilleure partie de la société » et a conduit à « une explosion du mal et de la haine » - deux attitudes qui continuent de s’affronter.

© photo: Wikipedia

Constance H. (lepetitjournal.com/Varsovie) - Mercredi 12 avril 2017

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