Varsovie

HEROS POLONAIS - Jan Karski et son témoignage devant le monde

Jeudi 13 juillet 2017 marquait le 17e anniversaire de la mort de Jan Karski. L'occasion de (re)découvrir la vie de ce héros et de son oeuvre: Mon témoignage devant le monde – Histoire d'un État secret.  

Il est parfois difficile d'exprimer une opinion sur un livre, de surcroît bouleversant quand il traite de faits réels, et si sombres. Il est souvent difficile de parler d'un très grand homme, de peur que les mots choisis ne soient pas à la hauteur. Mon témoignage devant le monde – Histoire d'un État secret, de Jan Karski, ce sont toutes ces difficultés à la fois.

Jan Karski : un grand héros polonais
Jan Kozielewski est né le 24 avril 1914 à Lodz. Il passe ces jeunes années dans une Pologne renaissante, puis rejoint Varsovie. En septembre 1939, il est appelé sous les drapeaux pour lutter contre l'envahisseur nazi, la défaite est immédiate. Il est fait prisonnier par les Soviétiques, qui ont, eux aussi, pénétré en Pologne à la suite du Pacte de non agression conclu avec l'Allemagne. C'est lors d'un échange de prisonniers entre les deux envahisseurs, que Jan Kozielewski en profitera pour sauter du train et retourner à Varsovie. Dès lors, il rejoint la Résistance polonaise sous le pseudonyme de Jan Karski, qu'il ne lâchera plus jamais.

Parlant plusieurs langues, il aura notamment pour tâche d'être un courrier à destination du gouvernement polonais en exil, d'abord à Paris, puis à Angers, et enfin à Londres lorsque la France sera occupée. A l'automne 1942, la direction de la Résistance l'envoie pour son ultime mission clandestine à Londres. Il devra avant cela rencontrer les deux principaux responsables de la communauté juive, enfermée dans le Ghetto de Varsovie depuis 1940. Ceux-ci lui révéleront le terrible sort réservé aux Juifs dans le cadre de la Solution Finale. Il pénètrera à deux reprises dans le Ghetto, et également dans un camp d'extermination, pour voir de ses yeux l'horreur.

Il rejoint ensuite Londres pour faire son rapport aux différents membres du gouvernement en exil, avant de partir aux États-Unis à l'été 1943. Il a le privilège d'être reçu par le président, Franklin D. Roosevelt, et le juge à la Cour suprême, Felix Frankfurter. Bien que sioniste déclaré, ce dernier déclarera "[…] je ne vous dis pas que ce jeune homme est en train de mentir. J'ai dit que je suis incapable de le croire. Il y a une différence". Cette phrase résume toute l'inaction occidentale face à la Shoah.

Mon témoignage devant le monde : un récit précieux
Après avoir témoigné à maintes reprises sur la destruction de la Pologne et l'extermination du peuple juif, demeurant aux États-Unis, il entreprend d'écrire un livre retraçant son parcours de résistant dans la Pologne occupée. Mon témoignage devant le monde – Histoire d'un État secret est publié en 1944 aux Etats-Unis et quatre ans plus tard en France. Un document exceptionnel en bien des points !

Sur le plan historique, il s'agit d'une description de l'intérieur du fonctionnement tout entier de la Résistance polonaise méconnue. Au-delà d'un réseau de résistance, c'est un véritable État clandestin, avec ses trois pouvoirs, ses partis, ses élections, son gouvernement, qui perdurera pendant toute la guerre. Chacune de ses missions constitue un moyen pour le lecteur d'entrevoir un pan du travail de résistance que devait mettre en place un pays privé tout entier de sa liberté. Écoute des journaux d’États neutres, propagande par les journaux clandestins, messages à l'étranger, éliminations physiques d'un opposant... ce récit nous apprend bien davantage que ce nous imaginions.

Mais outre le témoignage historique précieux, c'est le récit d'un héros humble et discret qui rend ce livre si poignant. A aucun moment, même torturé par la Gestapo, il ne tombe dans le "pathos" ou le "sensationnel". Il ne s'appesantit jamais sur son sort. Dans les notes des rééditions plus récentes, il explique que son éditeur américain souhaitait mettre en avant des épisodes plus spectaculaires de son parcours, d'où un côté "roman d'aventures" (expression à prendre mille fois avec des pincettes !). Le résultat est une œuvre qui se lit bien, malgré son sujet affreux, ce qui en était l'objectif : prévenir le monde.

A tout jamais marqué
Dégoûté de tout ce qu'il avait vu et de l'immobilisme du monde, Jan Karski se retire pour devenir professeur à l'Université de Georgetown. Il n'a en effet pas pu rentrer en Pologne, se refusant à prêter allégeance au gouvernement communiste mis en place par les Soviétiques. A la fin des années 1970, son témoignage sera de nouveau sollicité pour des conférences, mais aussi par le journaliste et réalisateur français, Claude Lanzmann, pour Shoah. Suite à la sortie du film, Jan Karski, bien qu'estimant qu'il "est sans aucun doute le plus grand film qui ait été fait sur la tragédie des Juifs", regrette qu'une facette essentielle de son discours ait été occultée, à savoir l'action d'une partie des Polonais en faveur des Juifs.

Mais la plus grande controverse quant à la mémoire de l'émissaire de la résistance polonaise a eu lieu en 2009, lors de la sortie d'un roman de Yannick Haenel. Bâti en trois parties, l'auteur a retranscrit le témoignage de Jan Karski dans Shoah, résumé son livre et imaginé, dans la dernière, ses pensées et paroles. C'est cette troisième partie qui a fait polémique, l'historienne Annette Wievorka allant même jusqu'à parler de "détournement de témoignage". Claude Lanzmann estime que l'homme qu'était Jan Karski ne pouvait "donner matière à fiction". Un débat virulent à l'époque.

A part ce roman, un nouveau genre s'est intéressé au résistant : la bande-dessinée. Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso, respectivement journaliste et artiste, ont créé une BD intitulée L'homme qui a découvert l'Holocauste, dont le message est de la plus haute importance pour les jeunes générations.

Mathilde TÊTE (www.lepetitjournal.com/varsovie) – Vendredi 14 juillet 2017

Article écrit par Mathilde Tête et publié la première fois le 22 janvier 2014

 

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