Turin

LIBERTE DE LA PRESSE – De la souffrance à la reconstruction, la dure loi de l’exil pour les journalistes

Coupables de défendre le droit à l’information dans leur pays. Persécutés, arrêtés arbitrairement, torturés pour avoir voulu pratiquer une information libre. Des journalistes, femmes et hommes de toutes origines, cultures, religions, n’ont souvent d’autres choix que l’exil pour survivre. Rencontre avec Darline Cothière, directrice de la Maison des journalistes de Paris, invitée à Turin par le Caffé dei Giornalisti 

Rosita Ferrato et Darline Cothière

Il Caffè dei Giornalisti, fondé à Turin par Rosita Ferrato, accueillait vendredi dernier au Palazzo Ceriana Mayneri, dans le cadre de la manifestation Torino Incontra la Francia une rencontre publique sur le thème de la liberté de la presse, avec pour angle particulier la problématique des journalistes contraints à l’exil. C’est à cette occasion que nous avons pu nous entretenir avec Darline Cothière, l’actuelle directrice de la Maison des journalistes, une femme engagée, chaleureuse et lumineuse.

Quelle est votre définition de la liberté de la presse ?

C’est la liberté de témoigner, la liberté d’opinion. Un bon journaliste prend de la distance pour présenter une réalité avec le plus de justesse possible. Les journalistes ne défendent pas, en effet, une opinion personnelle, ce sont des témoins privilégiés qui n’ont qu’un seul but, faire connaître la vérité. La liberté de la presse, c’est la liberté de dire la vérité. Car sans information, il n’est possible ni pour les habitants des pays concernés, ni pour le reste du monde d’être éclairé sur la situation réelle d’un pays. Et pour exprimer cette vérité, il faut parfois ʺmettre la plume dans la plaieʺ (Albert Londres) et prendre des risques personnels. 

Quelle est la mission de la Maison des journalistes de Paris que vous dirigez ?

La Maison des journalistes est un refuge pour les journalistes, francophones ou non, contraints à l’exil parce qu’ils souhaitaient simplement exercer avec intégrité leur métier. Nous les accueillons à leur arrivée en France, leur offrons une plateforme d’atterrissage et leur délivrons une aide pratique et une écoute. Nous leur fournissons tout d’abord un hébergement (14 chambres individuelles au sein des locaux de la rue Cauchy à Paris) ainsi qu’une aide matérielle (tickets restaurants, carte de transport). Nous les assistons également dans les démarches administratives, la demande d’asile à l’OFPRA, l’obtention de leur statut de réfugié politique, et pouvons leur fournir une aide psychologique.

Nous leur offrons aussi la possibilité, au sein de nos locaux, d’entretenir leurs compétences journalistiques afin de ne pas subir une seconde répression. Des ordinateurs sont à leur disposition, ils peuvent ainsi reprendre la plume ou le micro et contribuer à notre journal en ligne, L’Œil de l’exilé.

Nous les accompagnons ainsi durant 6 mois, mais notre porte leur reste ouverte par la suite. Il n’est pas rare que certains reviennent raconter leur succès, retrouver de la chaleur voire partager leur détresse.

Trois journalistes exilés ont témoigné de leur expérience : Nart Abdulkareem, syrien, et Karin Rahmani, iranien, qui ont été accueillis par la Maison des Journalistes de Paris, et Jean-Claude Mbede, camerounais, qui vit en Italie. (photo lepetitjournal/Turin)

Quels sont les écueils, les difficultés que vous rencontrez parfois dans l’accompagnement de ces journalistes exilés ?

La confrontation avec la réalité est parfois difficile pour ces professionnels qui ont déjà subi une entrave à leur liberté, la violence, la persécution, l’incarcération. La réalité, dans les pays d’accueil (France, Europe) est souvent en décalage par rapport à ce qu’ils avaient pu fantasmer, à la perception qu’ils pouvaient en avoir. Face à cette réalité sociale, aux capacités d’accueil saturées, aux difficultés d’insertion, leurs attentes peuvent être déçues.

Si notre but est de les ramener à cette réalité, de les aider au maximum, leur insertion reste difficile. Ce sont des professionnels de grande qualité, mais ils ne maîtrisent pas forcément la langue de leur pays d’accueil, ils ne connaissent pas les codes du métier. Et les places sont chères. Pour autant, ils doivent gagner leur vie et parfois pour ce faire, faire le deuil de leur métier. Ce métier qu’ils souhaitaient exercer de toutes leurs forces et qui les a conduits à fuir, à flirter avec l’exclusion, la précarité, l’oubli.

Bilan ʺReporters sans frontières 2012ʺ en chiffres :

88 journalistes tués (+33 %)

879 journalistes arrêtés/interpellés

193 journalistes emprisonnés (au 18 décembre 2012)

1993 journalistes agressés ou menacés

38 journalistes enlevés

6 collaborateurs des médias tués

47 net-citoyens et citoyens-journalistes tués

144 blogueurs et net-citoyens arrêtés

73 journalistes ont fui leur pays

Nous sommes également confrontés avec la crise à des difficultés financières : nos partenaires, telle l’Europe, ne renouvellent que partiellement les subventions qu’ils nous accordaient jusqu’alors. La Maison des journalistes est donc ouverte à de nouveaux partenariats.

Quelles sont les satisfactions ?

Les parcours de vie sont touchants, les histoires personnelles fortes. Il faut trouver les mots justes pour réconforter ces personnes qui ont souvent tout laissé derrière elles, y compris leurs plus proches parents. 

Des histoires d’amour sont nées de solitudes qui se rencontrent, de nouvelles compétences ont été acquises, un avenir professionnel radieux a comblé certains, en France ou ailleurs. Enfin, l’exil n’est pas toujours définitif, certains journalistes tunisiens et ivoiriens, par exemple, ont pu rentrer chez eux à la faveur d’un changement de régime.

La lumière vient de ces rencontres, de l’espoir qui reste vivace et des belles réussites comme l’opération ʺRenvoyé Spécialʺ qui permet à des journalistes exilés de rencontrer des élèves de terminale des lycées français. Parler de leur propre expérience pour sensibiliser les jeunes à la cause de la liberté de la presse, à l’importance de la défense de la démocratie. L’information est un bien public et la démocratie se conquiert de jour en jour.

Qu’est-ce qui a motivé votre implication dans cette association ?

La connaissance intime de ce parcours d’exil, pour l’avoir moi-même vécu. Mon mari est un journaliste réfugié politique. Dans mon pays d’origine, Haïti, je me destinais à une carrière de professeur d’université notamment par goût du contact avec les gens, intérêt pour les parcours humains, la richesse culturelle, les projets. Ce sont toujours ces maîtres mots qui m’animent. Diriger la Maison des journalistes est une aventure passionnante.

Léna Pelletier (www.lepetitjournal.com/Turin) mardi 16 avril 2013

Maison des Journalistes

Depuis sa création en 2002 par Danièle Ohayon et Philippe Spinau, cette structure, association française loi 1901, a accueilli 253 journalistes de 50 nationalités différentes. www.maisondesjournalistes.org

Il Caffé dei Giornalisti

Inspirée par sa découverte de l’action de la Maison des Journalistes, structure unique au monde, Rosita Ferrato a fondé en 2012, il Caffè dei Giornalisti à Turin. www.caffedeigiornalisti.it

EXILE

Exposition de dessins de presse du monde entier, tirés de l’exposition française Exile née de l’initiative de Kianoush Ramezani, dessinateur de presse iranien accueilli par la Maison des journalistes de Paris. Du 05 avril au 5 mai 2013, Piazza Carlo Alberto à Turin. 

 
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