Tunis

TRADITIONS - La chéchia, toute une histoire

L'histoire de la chéchia se perd dans la nuit des temps. Elle aurait été importée d'Espagne par les arabes andalous, et tiendrait son nom d'autres musulmans soucieux de se protéger du froid : les Tchétchènes

crédit photo : Office de l'Artisanat Tunisien

Une autre version indique la possibilité d'un dérivé du mot chèche, la chéchia étant initialement entourée d'une bande de tissu.

La confection traditionnelle de la chéchia passe par six étapes :

. Le tricotage qui permet d'obtenir le kabous : sorte de grand bonnet de laine naturelle,
. Le foulage destiné au durcissement du Kabous, autrefois au pied
. Le cardage au moyen du chardon initialement, grâce à une brosse métallique aujourd'hui
. La teinture rouge vermillon à base de cochenille
. Le moulage
. La finition.

Ce sont généralement les femmes qui tricotent avec cinq aiguilles pour obtenir le kabous d’environ 30 cm de diamètre et 40cm de profondeur. Les kabous sont envoyés à l’usine à foulon, à El Battan, dans la vallée de la Medjerda. Là, ils sont feutrés à l’eau chaude et au savon.

La calotte revient au souk à Tunis où elle est soumise à l’opération de cardage, elle en ressort souple et moelleuse. Elle passe ensuite à la teinture à Zaghouan puis revient au souk pour un nouveau cardage.

La calotte est longuement repassée sur son moule, humidifiée puis encore repassée.

Enfin l’artisan coud sa griffe, à l’intérieur.

L'anecdote du Bey

Le foulage était une opération très bruyante, généralement exécutée la nuit. Les habitants de Tunis, excédés, se plaignirent auprès du Bey qui convoqua dans sa cour l’un des chaouachis.

En guise d'excuse, le chaouachi confectionna une chéchia pour le Bey, sur laquelle il fixa la couronne du Maître. Le Bey en fut ébloui, et ses ministres ébahis. Du coup, ministres, dignitaires et hauts responsables du pays portèrent désormais une chéchia de couleur rubiconde bientôt suivis par tous les Tunisiens ...

Le couvre-chef était devenu prestigieux, indispensable pour se protéger du froid ... et du tonnerre, selon certains, grâce à sa Qobbyâ de soie (long pompon de soie)

La chéchia devient incontournable

A la fin du XVIIIème siècle, la chéchia connaît un essor sans précédent. Sa notoriété a dépassé toutes les frontières pour atteindre l’Algérie, la Libye où elle est de couleur noire, le Cameroun, le Nigeria, l’Egypte, le Soudan et jusque la Turquie et la Grèce.

Unique fournisseur dans le monde, la Tunisie exportait sur nombre de pays africains et européens.

En Turquie la chéchia devient plus haute et se nomme "Chéchia Stambouli". Au Maroc, elle devint le fameux "Fez", rigide comme le "Stambouli".

La chéchia perd de son prestige

Avant l'indépendance, tous les fonctionnaires portaient le chéchia.

En 1955, la Tunisie est à la veille de son indépendance et a besoin d’épargner sa provision en devises. Importer de la soie pour en faire des Qobbyâ fut jugé trop dispendieux. Les Tunisiens prirent alors pour résolution de porter la chéchia sans sa Qobbyâ.

La chéchia industrielle est apparue, avec un prix de vente plus de dix fois inférieur à celui de la chéchia traditionnelle.

Son port est dorénavant limité aux vacances et aux fêtes religieuses, et de plus en plus associé au troisième âge.

Comme le Sefsari, la chechia disparut peu à peu du paysage tunisien. En 1981, on comptait au Souk des Chaouchias 120 fabricants, très peu aujourd'hui : environ une trentaine.

A la reconquête d’une identité

De nombreux tunisiens et de nombreux spécialistes attribuent le déclin de cet artisanat aux fabricants de chéchias eux-mêmes, qui n'auraient pas su faire évoluer leur produit et manqueraient de créativité et d'innovation.

Les travailleurs des industries traditionnelles rejettent quant à eux la faute sur l'industrialisation et le manque d'intérêt des institutions pour la sauvegarde du travail manuel.

A la fin des années 90, et dans le but de revitaliser cette industrie, les artisans ont commencé à fabriquer de nouvelles variétés de chéchias, de couleur, de forme, de décoration différente, ainsi que des chéchias pour femmes.

Les artisans reconquérirent une clientèle jeune, masculine et féminine, mais très rapidement, cet élan s'est épuisé, en même tant que les exportations.

Un nouveau souffle

Grâce à la révolution, la chechia connaît un nouvel essor. Elle devient le symbole de l'identité, de la liberté, de la nation ... puis de la tunisianité. Elle est portée pendant les manifestations par les femmes et les hommes, fait l'objet de signe de ralliement et même d'une ligne "fashion".

La Rédaction (www.lepetitjournal.com/tunis) mardi 19 janvier 2016

 

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