INTERVIEW - Martine GAMBARD-TRÉBUCIEN, consule générale de France à Tunis

Martine GAMBARD-TREBUCIEN a eu l'amabilité de nous accorder une interview exclusive. Elle y évoque les missions du Consulat général de France, les nouvelles procédures de demande de visa, et les priorités à venir pour le Consulat de France à Tunis

Lepetitjournal.com : Arrivée à Tunis fin février, quelles ont été vos premières impressions ?

Martine GAMBARD-TREBUCIEN : le Consulat général de France à Tunis était mon premier choix sur la liste des postes à pourvoir. C'est donc un poste que j'avais demandé et j'ai eu la chance de l'obtenir. J'ai été nommée le 24 janvier et suis arrivée le 18 février. C'est très rapide. Cela est dû au fait que Michel Pinard, mon prédécesseur, a été nommé, lui aussi très rapidement, ambassadeur en Bolivie. Je lui souhaite le meilleur dans cette belle Cordillère.

J'ai dû immédiatement me mettre "dans le bain" compte tenu des échéances importantes de ce premier semestre : organisation des élections présidentielles et législatives, externalisation de la collecte des demande de visa, plusieurs commissions mixtes, etc. Mais tout cela m'a aussi permis de connaître rapidement une grande partie de la communauté française de Tunisie ainsi que nos principaux interlocuteurs tunisiens.

Pourriez vous nous rappeler quelles sont les missions du consulat général de France et son organisation ?

Le Consulat général de France à Tunis, comme tous les consulats, gère la communauté française, forte de près de 23.000 inscrits dans ce pays, dans ce que nous appelons le registre mondial des Français résidant hors de France. Ils sont répartis sur l’ensemble du territoire, principalement dans le grand Tunis et sur le littoral. Les deux tiers d’entre eux sont également de nationalité tunisienne.

L'administration de la communauté française s'exerce en matière d’état civil (à titre d’exemple, plus de 2.000 demandes de certificat de capacité à mariage l'année dernière), de délivrance de documents d’identité et de voyage (3.020 demandes de passeport et plus de 1.600 demandes de carte nationale d'identité en 2011), de notariat, de nationalité ou encore d’inscription électorale.

La France est sans doute le pays dont la politique de solidarité envers ses ressortissants établis à l'étranger est la plus importante dans le domaine social. Elle inclut les bourses scolaires, versées au profit des élèves français fréquentant les établissements du réseau scolaire français implantés en Tunisie ainsi que diverses allocations en faveur des compatriotes démunis : personnes âgées, handicapées, enfants en difficultés. Le consulat peut également aider à l'obtention d’une couverture sociale auprès de la Caisse des Français de l’étranger.

La protection consulaire - c'est-à-dire l'aide ou l'appui apportés à nos ressortissants en difficultés, qu'ils soient arrêtés, détenus, ou qu'ils rencontrent localement un problème particulier (maladie, accident grave, par exemple) - s'exerce au bénéfice de tous les Français résidents ou de passage, en collaboration, bien entendu, avec les autorités tunisiennes.

Le Consulat général à Tunis est aidé dans ses missions par des consuls honoraires qui constituent un relai indispensable entre le poste et les ressortissants français installés en province. En Tunisie, nous avons cinq consuls honoraires qui rendent des services dont tout le monde peut se féliciter : à Bizerte, à Sousse, à Djerba, à Tozeur et à Sfax.

Enfin, je vais en parler plus bas, une autre mission du Consulat général de France à Tunis consiste à accompagner les échanges de tous ordres et à favoriser la circulation des personnes et des compétences entre la Tunisie et la France, par la délivrance des visas dans le respect des dispositions réglementaires applicables en la matière dans l’espace Schengen.

De son côté, la Direction des Français à l'étranger du ministère des Affaires étrangères améliore régulièrement les relations entre les Français de l'étranger et l'administration. Mis en place en novembre 2011, le portail de téléprocédures www.monconsulat.fr simplifie la relation des Français avec leur consulat, en leur permettant de gérer leur dossier consulaire à distance, sans se déplacer ni écrire au consulat. Il s’agit d’une application informatique d’un accès facile, dotée d’une  procédure d’assistance. L’accès à Monconsulat.fr est sécurisé grâce à un mot de passe créé par l’usager qui peut mettre à jour ses coordonnées personnelles (postales, téléphoniques ou électroniques), vérifier sa situation électorale consulaire et fournir les données importantes relatives à sa sécurité. Il peut également imprimer directement l’attestation d’inscription consulaire utile dans le domaine fiscal ou douanier pour prouver l’installation à l’étranger.

Pour les Français qui ont vécu la Révolution tunisienne, les questions de sécurité sont très importantes. Quel est le dispositif de sécurité mis en place en Tunisie et a-t-il été amélioré depuis les événements de janvier 2011 ?

Avant de prendre mes fonctions à Tunis, j'étais sous-directrice des opérations d'urgence au Centre de crise du ministère des Affaires étrangères. J'ai donc suivi de là-bas la Révolution tunisienne, principalement ses effets sur la communauté française.

Je sais qu'un gros travail a été fait sur place, tant lors des troubles que plus tard, pour améliorer le dispositif de sécurité. Les chefs d'îlot ont fait de l'excellent travail. Il reste bien sûr à améliorer ce dispositif, qui évolue en fonction des avancées techniques dont nous pouvons bénéficier, notamment au niveau des logiciels que nous pouvons utiliser (prise en compte des coordonnées GPS des ressortissants français, envoi de SMS ou de courriels groupés, etc.).

Le Centre de Crise, à Paris, améliore également ses outils et les relations entre les postes et l'administration centrale dans le domaine de la sécurité des Français s'en trouvent largement facilitée. Des moyens de communication de plus en plus performants sont mis à la disposition des postes.

La France a externalisé dernièrement le dépôt des demandes de visa. C'est assez mal perçu. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Depuis le 16 avril dernier, les demandes de visa ne sont en effet plus déposées au consulat mais chez TLScontact aux Berges du Lac. J'ai lu bien sûr tout ce qui a été écrit dans la presse depuis cette date à ce sujet et je crois que les nouvelles procédures, bien qu'elles aient été expliquées, n'ont pas été comprises. J'ai lu beaucoup de choses erronées dans la presse. Je voudrais revenir sur quelques points principaux :

- Il ne s'agit aucunement d'une externalisation d'un service public : TLScontact ne peut que collecter la demande de visa mais ne peut donner le moindre avis sur la suite qui lui sera réservée. Le Consulat continue à examiner la demande et à délivrer le visa. Inutile donc de demander à TLScontact si le visa sera accordé : il ne peut, ni ne sait d'ailleurs, répondre.

- Auparavant, il fallait compter approximativement un mois pour obtenir un rendez-vous. Maintenant, le rendez-vous s’obtient en quelques jours. Auparavant, il fallait faire la file des heures sous le soleil ou sous la pluie avant de pénétrer dans le consulat. Maintenant, il n'y a plus de file d’attente. Si l'on arrive à l'heure du rendez-vous (c’est-à-dire ni avant, ni après) le temps de dépôt de la demande ne dépasse pas 30 à 40 minutes en tout. Et tout cela dans des locaux spacieux, neufs, bien climatisés, agréables et qui vont encore être améliorés.

- Reste en effet que la prise des données biométriques n'est pas externalisée car la législation ne le permet pas pour l'instant. À TLScontact, un rendez-vous est donc fixé pour le lendemain au consulat. C'est en effet beaucoup de déplacements. C'est pourquoi, tout le monde travaille actuellement, sur place, au Consulat et à l'Ambassade, et à Paris, au ministère des Affaires étrangères et au ministère de l'Intérieur, pour obtenir le plus rapidement possible la possibilité d'externaliser la prise des données biométriques en Tunisie. Ainsi, en dehors du retrait du passeport visé, il n'y aurait plus qu'un seul déplacement aux Berges du Lac pour déposer les dossiers et pour la prise des données biométriques. C'est réellement à cela que nous souhaitons arriver le plus vite possible.

Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue certains chiffres : 93.000 demandes par an, plus de 81.000 visas délivrés, moins de 10 % de refus (taux le plus faible au monde), délivrance du visa en 5 jours après le dépôt (délai le plus court de tous les partenaires Schengen à Tunis). En outre, 40 % des visas délivrés sont des visas de circulation.

Il me semble qu'avec de tels chiffres, le consulat ne mérite pas les reproches qui lui sont faits actuellement.

Les élections présidentielles ont eu lieu et les législatives se tiennent en ce moment. Comment sont-elles organisées en Tunisie?

En 2007, le dispositif comportait huit bureaux de vote en Tunisie. En 2012, un dispositif renforcé avec un maillage géographique plus dense a été mis en place pour favoriser une plus grande participation de nos ressortissants et prendre en compte l'augmentation de notre communauté.

15.800 électeurs inscrits sur la liste électorale consulaire de Tunis participent aux scrutins de 2012 : l’élection présidentielle et, pour la première fois, celle des députés des Français hors de France, pour la 9ème circonscription. 10 bureaux de vote ont été mis en place : quatre à Tunis, deux à La Marsa au lycée Gustave-Flaubert, un à Bizerte à l'école Jean-Giono, deux à  Sousse à l'école Guy-de-Maupassant et un à la Maison de France à Sfax. Le consulat général reçoit également les procurations des Français inscrits dans une commune de France, dans les délais évidemment compatibles avec leur transmission.

Les modalités du vote, en personne ou par procuration, inchangées pour l'élection du Président de la République, sont élargies pour l'élection des députés des Français hors de France : les électeurs ont également la possibilité de voter par correspondance, s'ils en ont fait la demande avant le 1er mars, et par voie électronique s'ils ont communiqué une adresse électronique aux services consulaires avant le 7 mai (www .consulfrance-tunis.org ou votezaletranger.gouv.fr).

Pour conclure, quelles seront les priorités du consulat pour les mois/années à venir?

Personnellement, j’ai l’intention d’effectuer des déplacements plus fréquents en dehors de Tunis, pour mieux connaître la communauté française installée dans ce pays.

Quant aux priorités du consulat, elles s’inscrivent dans la continuité de son action :

- Faciliter la vie aux ressortissants français : nous étudions par exemple un système pratique de prise de rendez-vous et la possibilité du paiement des droits de chancellerie par carte bancaire, l’éventualité d’un dispositif mobile de capture des empreintes biométriques et la remise des passeports par les consuls honoraires ;

- Et bien entendu, continuer d’améliorer les procédures de délivrance des visas.


Propos recueillis par La Rédaction (www.lepetitjournal.com/tunis.html) lundi 4 juin 2012

Tunis

EVENEMENT - Itinerrance et Djerbahood

Après la Tour Paris 13, l’équipe de la Galerie Itinerrance pose ses valises dans un petit village de l’île de Djerba, Erriadh. El Seed avait ouvert la voie du street art raffiné et ethnique, il est aujourd'hui l'objet d'expositions de plus en plus remarquables
A la une
France/Monde
En direct d'Afrique/Moyent-Orient
Expat
Expat - Emploi

Une "French touch" pour faire du vin en Virginie

"Je devais rester un an et je ne suis jamais parti." Comme Matthieu Finot, par goût du défi, de la liberté de créer ou du pays lui-même, des vignerons français s'installent en Virginie pour faire le vin dont rêvait Thomas Jefferson, il y a deux siècles.

COACHING - Peut-on s'expatrier et changer de carrière ?

Quitte à changer de carrière, pourquoi pas aussi changer de pays ? Partir, c’est s’offrir une page blanche pour se réinventer. Le nouveau pays concrétise naturellement le virage que l’on veut prendre. L’ailleurs, c’est aussi là où votre ancienne image ne vous collera plus à la peau. Pensée magique ou pas?
Expat - Politique

EXPATRIATION – Fuite à droite, ouverture à gauche

Le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur "l’exil des forces vives" vient d’être adopté à l’Assemblée à une courte majorité. Toutefois, le débat demeure entre la droite et la gauche pour savoir ce que représente aujourd’hui l’expatriation des Français dans le monde. Entre "un atout dans la mondialisation" pour le PS et la nécessité de "refaire de la France une terre de réussite" pour l’UMP, chacun campe sur ses positions
Magazine
Les trophées

TROPHEES 2014 – Les sept lauréats ont été récompensés au Quai d’Orsay

La cérémonie des Trophées des Français de l’étranger, organisée par lepetitjournal.com, s’est déroulée ce jeudi 6 mars, dans le cadre prestigieux du Ministère des Affaires étrangères. Devant leurs proches, les élus, les partenaires et la Ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Hélène Conway-Mouret, les sept lauréats ont été récompensés pour leur parcours d’exception.