Tel-Aviv

VOIX & SAVEURS DE FEMMES D’ISRAËL - Mali LEV, l’ivresse israélienne ou Israël dans les veines

 

 La quarantaine fraîche et active, Mali vit aujourd’hui à Tel Aviv dans son petit appartement du quartier d’Allenby. Globe-trotter nomade de par les fonctions de son père, Mali n’en reste pas moins très israélienne et profondément attachée à ses racines. De retour au pays depuis 6 ans, elle se sent ici à la fois familière et étrangère à ce pays qu’elle a depuis toute jeune dû représenter… 

Née en 1976 d’une maman elle-même née en Israël, et d’un Papa originaire de Roumanie et arrivé en Terre Promise à l’âge de 3 ans, Mali conserve intacts ses souvenirs d’enfance. Parmi eux, de longs séjours estivaux passés chez ses arrières grands-parents polonais,  Mina et Yossef, d’anciens migrants arrivés dans les années 20 lors de l’occupation turque. Ces derniers vivaient dans une vieille ferme pittoresque à Kfar Maas près de Petakh Tiqva où ils élevaient des poulets en batterie ; œufs, avocats et oranges faisaient également partie du paysage agricole de la maison.

Petite, quand Mali rendait visite à ses aïeux dans leur ferme, elle restait toujours fascinée par l’imposante machine rotative permettant de trier les œufs en fonction de leur taille et de leur poids. Le spectacle durait des heures, et était sans conteste moins traumatisant que les scènes d’abattage de poulets de la pièce mitoyenne. 

La vie à la ferme était simple et bucolique, rythmée par la routine domestique, les repas et surtout les goûters. Mina avait un talent naturel pour utiliser tous les produits et ingrédients directement disponibles à la ferme. Mali se souvient avec des yeux gourmands des fameux pancakes de son arrière grand-mère chérie, une recette qu’elle n’a jamais véritablement pu lui expliquer car Mina était avant tout la reine de l’improvisation. De sa cuisine, elle sortait donc la farine, les œufs et le lait fraîchement produit par leurs vaches et elle se mettait à l’ouvrage après avoir installé la jeune fille sur un grand tabouret de cuisine, tout en échangeant avec elle sur sa vie à l’étranger.

Une vie de globe-trotter

Mali a passé le plus clair de sa jeunesse dans les grandes capitales internationales : deux séjours à Londres, en  Belgique, aux Etats-Unis, en France, le tout entrecoupé d’intermèdes réguliers à Tel Aviv. La raison de cette vie à l’étranger : les fonctions de son Papa, Yitzick, au sein de l’UJA (United Jewish Appeal) et de Keren Hayesod, un fonds financé à titre privé par des dons de samaritains juifs à l’étranger.  Ce fonds permettait par exemple d’aider financerement les  nouveaux immigrants vers Israël (Alyiot), ou de créerdes villes comme celle d’Ashkelon, dont les écoles et les hôpitaux ont été financés ainsi. A chaque expatriation, Irit, la Maman de Mali, artiste peintre et sculpteur, enseignait les arts dans des écoles et organisait des ateliers. Mali a ainsi naturellement pris goût au voyage et continué ses explorations personnelles une fois quitté le giron familial : 1997 signe le grand départ pour New York où elle restera 13 ans en tant que responsable d’un restaurant branché, puis Paris en 2002 afin de satisfaire sa soif de culture et se former en marketing et publicité.

L’appel d’Israël, plus fort que tout

Une première fois déjà, en 1992, Mali avait décidé de rentrer en Israël plutôt que de suivre ses parents envoyés en Australie. Mais Mali a peu de souvenirs communs avec sa génération de par sa vie à l’étranger, pâtissant ainsi de « lacunes » liées à la culture télévisuelle ou musicale typiquement israéliennes. Aussi Mali ressent-elle au plus profond d’elle-même ce besoin de vivre l’expérience la plus israélienne qui soit : l’armée. Alors qu’elle aurait pu en être exemptée, elle rentre dans l’armée en 1994 pour une durée de deux ans. Un apprentissage aussi riche qu’essentiel pour Mali qui entend par là témoigner de son attachement au pays et de sa volonté de créer des liens durables avec des jeunes de son âge. Une mémorable tranche de vie dans la marine, que la jeune femme confie avec le recul avoir été aussi passionnante que formatrice. Elle y a acquis bon nombre de compétences fondamentales qu’elle continue à utiliser dans ses fonctions actuelles de manager de restaurant : travailler sous pression et en équipe, savoir gérer la hiérarchie et prioriser les tâches à déléguer, le multi-tâche etc. Au poste de « special operations navy intelligence », une prestigieuse unité particulièrement élitiste, Mali n’était autre que commando israélienne. Un épisode fort et crucial qui marquera un véritable tournant dans son sentiment d’appartenance et d’identité israélienne.

De nouveau en 2010, après sa longue parenthèse new-yorkaise, Mali choisit de revenir en Israël. Dans son domaine de prédilection et d’expertise toujours, elle y sera tour à tour consultante, coordinatrice en phase de lancement, manager et co-propriétaire de divers restaurants, bars et lieux de vie nocturnes de la trépidante Tel Aviv.

Un profond attachement aux racines

Mali conserve une tendresse quasi charnelle avec le passé. Dans son petit appartement du quartier d’Allenby au cœur du vivant Tel-Aviv, la jeune femme vit au milieu des sculptures et tableaux de sa mère, de têtes de mort en porcelaine, de clichés photo et d’estampes graphiques qu’elle chérit particulièrement. Mali évolue parmi les objets qui sont autant de pièces du puzzle de son histoire de femme, de celle de sa famille, de sa vie à l’étranger et de son déracinement nomade. 

Depuis sa plus tendre enfance, Mali est une douce contemplatrice nostalgique qui ne se lasse pas de passer des heures dans les boîtes de photos de ses grands-parents à regarder les clichés. Elle aime écouter les histoires du passé, les parcours des gens, une façon pour elle de faire vivre ses liens avec le peuple juif, renforcer le sentiment d’appartenance à cette nation et son identité profonde. C’est sa façon à elle de développer un “israélisme” qu’elle a parfois le sentiment de voir bafoué par son entourage local. « Chacun a son histoire avec Israël », confie la jeune-femme qui éprouve trop souvent le besoin de se justifier. Et pourtant, qui plus qu’elle peut revendiquer cette appartenance au peuple juif ? Elle qui justement vivait à l’étranger pour représenter son pays, elle qui a fait ses premiers pas dans des institutions et évènements israéliens à Londres, Bruxelles ou New-York, elle qui a appris à vivre avec Israël à la maison comme dans la vie publique de son père. 

Depuis toute jeune, chacun des membres de la famille représentait Israël, et se devait de savoir parler de son pays. Si, sans conteste, Mali maîtrise mieux l’anglais que l’hébreu, elle a toujours fréquenté les écoles juives religieuses où on ne badinait pas avec le respect de certains codes : port de la jupe sous le genou, uniforme aux couleurs du pays et école du dimanche pour approfondir autant ses compétences linguistiques que religieuses. 

De son sofa vert à fleurs vintage, Mali revient sur les pancakes de Mina qui font resurgir en elle les souvenirs de cette vieille maison pleine d’âme, faite de bric et de broc, peu entretenue mais porteuse de tant d’émotions et d’histoire…   Aujourd’hui, Mali n’a qu’une certitude : à l’aube de la quarantaine, elle a décidé de poser ses valises quelques temps dans son pays de cœur et d’y écrire une autre page de sa vie de femme d’Israël.

LA RECETTE DE MINA : MINI PANCAKES 

> Ingrédients: 2 verres de farine, 3 œufs, 3 verres de Leben (crème liquide acidulée à la consistance du yaourt). 50 gr de beurre, miel.

> Préparation : faire fondre le beurre et mixer les ingrédients en évitant les grumeaux. Laisser reposer 2 heures. Chauffer une poêle à frire, attendre qu’elle soit très chaude, y déposer un filet d’huile ou une noix de beurre, verser une louche de la préparation. Dès que les petites bulles apparaissent, retourner et faire dorer de l’autre côté. Servir aussitôt en nappant les pancakes d’un peu de miel.

> Version moderne revisitée: servir avec de la crème fraîche, du saumon fumé, des œufs de caille coupés en deux et de la ciboulette ciselée.

  

Crédit photo : Raphaëlle CHOËL et eatwhileitshot.tumblt

Raphaëlle CHOËL (www.lepetitjournal.com/telaviv) mercredi 14 décembre 2016

 

 

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