Tel-Aviv

LA SACOCHE CHINOISE - Une histoire de handicap et de grande amitié

Honneur aujourd'hui à Raphaëlle Choël : journaliste au Petit Journal Tel Aviv depuis septembre 2016, elle a contribué à l'édition de Shanghai, Londres et Singapour en 2013 et 2014. Elle a également écrit un livre : La sacoche chinoise, une véritable ode à la vie. En 2004, un de ses amis, Laurent de Kersaintgilly, est victime d’un très grave accident de ski. Maintenu plusieurs semaines dans le coma, il reprend conscience, mais la moitié de son corps reste paralysé. Hémiplégique, Laurent puise dans sa force de vie et dans le soutien attentif de ses proches l’énergie pour se reconstruire. 12 ans plus tard, ce livre, co-écrit avec Raphaëlle Choël, est le récit de cette reconstruction.

Laurent de Kersaintgilly et Raphaëlle ChoëlLe Petit Journal.com : Comment est née l’idée d’écrire ce livre ?

Raphaëlle Choël - Après son accident, Laurent a non seulement dû apprendre à vivre avec son handicap mais il a également dû faire face à un long procès avec le skieur qui a provoqué l’accident dont il a été victime. 10 ans plus tard, le procès enfin terminé, Laurent, un ami que je connais depuis 1996, me dit vouloir tourner la page. Je le prends au mot, en lui disant qu’une bonne manière de le faire serait d’écrire un livre. Mettre son expérience noir sur blanc, exprimer ses souffrances et s’en libérer devaient constituer un enjeu, et un moyen pour lui de faire de son handicap une force.

La sacoche chinoiseComment s’est passée cette expérience d’écriture à deux ?

RC - Cette expérience a démarré par une demande de coaching, pour l’aider à accoucher de son histoire. Au départ, à sa grande surprise, je lui ai demandé de raconter son coma. Raccrocher un à un les souvenirs imprécis qu’il avait gardés de ce coma avait par essence un côté « puzzle ». Je l’ai laissé écrire. Il envoyait ses textes et nous en parlions.  Je le relançais à travers des questions, des interrogations, je le poussais parfois dans ses retranchements. Je l’invitais à écrire tout ce qui lui passait par la tête, en le laissant surtout bien libre de ne pas tout m’envoyer. Il me semblait important qu’il couche sur papier cette histoire et ces blessures, qu’il se libère par l’écriture sans filtre. Mais il me semblait également tout aussi important qu’il veille à son public, notamment Sophie, son épouse, et ses fils…je le laissais donc écrire, puis nous décidions ensemble de ce qui serait publié. Ce livre avait clairement une vocation thérapeutique pour lui, il portait aussi une réelle volonté de témoigner.

On imagine que, pour lui, comme pour toi, cela n’a pas été une expérience facile. Qu’est-ce qui a permis que cela fonctionne ?

RC - Cette aventure fut une expérience aussi unique qu’inédite pour moi, aux confluents du coaching et de la co-écriture, et surtout dans un contexte de grande amitié. Parvenir à rester dans mon rôle de coach et d’auteur tout en veillant à préserver notre amitié qui m’est si chère, cela était un vrai défi que, je crois, nous avons relevé à deux avec succès. Cela a fonctionné car Laurent a –je pense, et j’espère !– immédiatement senti que nous travaillions dans une relation de confiance, d’immense bienveillance et sans jugement aucun.
Il a joué le jeu, sans fard, sans cacher ses émotions, en se laissant questionner et en acceptant mon éclairage. Le climat dans lequel nous travaillions (via skype une fois par semaine) était essentiel car cette introspection l’amenait à évoquer des choses intimes et sensibles : son fils, sa femme, son image… Il acceptait aisément l’effet miroir du coaching, mon feedback mais également mon ressenti d’amie quelquefois, car il m’arrivait occasionnellement de sortir de mon rôle pro pour redevenir une proche qui témoigne de ce qu’elle a vécu elle aussi.

Qu’est ce que Laurent de Kersaintgilly attendait de ce livre ?

RC - Pour lui, l’important était de dire au monde que, dans la vie, quels que soient les écueils ou les difficultés, chacun porte en lui la force de rebondir. C’est d’ailleurs ce qu’il fait de façon admirable depuis que je le connais. Une envie de témoigner donc, mais également un besoin de mettre des mots sur ses blessures pour les soulager. Il me semble que ce livre est aussi une façon concrète de constater le chemin parcouru. Laurent est naturellement tourné vers les autres et généreux. Son récit inspirant est un joli cadeau qu’il fait à son entourage et au monde en général. Aujourd’hui, il est convaincu que l’accident a été une chance, puisque cette épreuve lui a permis de développer davantage certaines des qualités humaines qu’il portait déjà en lui. Il a repris une activité professionnelle à 80%, grâce à son entreprise, Nestlé, qui ne l’a jamais laissé tomber et qui lui a donné la possibilité de reprendre une activité aménagée en tenant compte de sa situation et de ses progrès. Il a aussi fondé un label EASIER qui valorise l’ergonomie de certains équipements/produits ; une manière de faire la démonstration de la valeur ajoutée que peut apporter, dans le domaine de l’ergonomie, le regard et l’expérience des personnes à mobilité réduite.

"Pour lui, l’important était de

dire au monde que, dans la vie,

quels que soient les écueils ou

les difficultés, chacun porte en

lui la force de rebondir"

Pourquoi ce titre : La sacoche chinoise ?

RC - C’est encore une belle histoire entre nous. Laurent était très préoccupé par la difficulté de trouver une sacoche qui soit adaptée à ses besoins apte à contenir son nécessaire courant: porte-monnaie, couteau adapté, papiers, etc. Je vivais en Chine à l’époque et lui ai proposé de la faire confectionner sur place. Cela a nécessité de très fréquents aller-retour chez le maroquinier auprès duquel je me faisais comprendre tant bien que mal dans un mandarin peu précis (depuis, je sais dire « fermeture éclair », et « surpiquage orange fluo » !). Laurent réagissait aux propositions et demandait, Powerpoint en couleur à l’appui, qu’on y apporte certaines modifications. Le maroquinier lui-même prenait parfois des initiatives qui n’étaient pas toujours heureuses et j’ai fini par y passer énormément de temps. La précision des demandes et l’importance de chaque détail m’ont permis de prendre vraiment conscience de ce que représentait ce handicap au quotidien. Cela aura été mon projet 2013 : obtenir la sacoche parfaite, pensée au millimètre près  qui accompagnerait Laurent dans ses déplacements, et l’aiderait au quotidien à vivre – un peu mieux -  avec son handicap. Nous avons ainsi créé toute une série de sacoches pour différentes occasions : une collection printemps/été en toile avec surpiqûre de couleur, une automne/hiver en cuir, nous pourrions presque ouvrir notre petite échoppe !
 
En tant que coach, quel retour fais-tu sur l’écriture d’un livre comme outil de coaching ?

RC - C’est un outil fabuleux. Cela permet de mettre des mots sur une réalité, en se lâchant au maximum, quitte à détruire par la suite ce qui a été écrit. Cette verbalisation a un effet thérapeutique qui encourage à mettre à plat son ressenti, tout en conférant à son auteur un effet miroir. Ecrire, c’est prendre encore plus conscience de certains concepts, et tenter de les intégrer. Je crois que Laurent a ainsi pu travailler sur certains thèmes complexes comme la dignité, le besoin d’assistance, ou encore l’amour de soi.  Cet effet miroir est un outil précieux pour accepter la situation, la dépasser et atteindre son objectif. Ecrire un livre, c’est aussi une jolie façon de laisser un peu de soi sur cette terre : un acte, un message, une parole qui peuvent en inspirer d’autres. Je crois profondément que nous sommes ici réunis pour nous aider les uns les autres, en nous inspirant mutuellement.

Et de ton côté. Comment as-tu vécu cette expérience ?

RC -  C’était une magnifique façon de sceller nos 20 ans d’amitié. Cela m’a également confortée, une fois de plus, dans le fait que je fais un métier fabuleux : entre l’écriture et le coaching, mon travail est de mettre en lumière le talent et la valeur des personnes que je rencontre, de canaliser les énergies positives et de travailler sur le concept d’inspiration.
Cette notion d’inspiration me tient de plus en plus à cœur, que ce soit dans mon travail ou dans ma vie privée, car je suis convaincue que le sens de l’effort et la curiosité sont avant tout une question d’inspiration. Si nos parents - ou des adultes forts dans notre entourage -, nous ont inspirés, nous serons motivés pour trouver notre voie et atteindre les objectifs que nous nous fixons. Cette dimension est essentielle, je la trouve bien plus riche et efficace que la critique, notamment dans l’éducation des enfants. C’est d’ailleurs ainsi que j’essaie de penser celle des miens : je ne suis certainement pas une mère parfaite mais si à mon petit niveau je peux les inspirer afin qu’ils trouvent chacun leur chemin, je crois que j’aurai réalisé quelque chose d’important à leur éveil.
Pour moi, ce livre était une façon de partager avec un public plus large la dimension inspirante de Laurent.  Je le vois également comme un acte d’amour d’une amie (Laurent est un grand ami de Charly, mon mari, c’est aussi notre témoin de mariage) qui a failli perdre une personne très chère. J’ai simplement fait office de haut-parleur, pour donner des clés et surtout pour faire entendre à tous ceux qui le veulent ce récit puissant d’un homme qui, malgré ses blessures, a su rester dans la vie sans cesser d’inspirer ceux qui croisent son chemin depuis.


INFORMATIONS :

Livre disponible en français et en anglais. Prix : 60 shekels / 14 €

Raphaëlle Choël, journaliste et coach, est collaboratrice de www.lepetitjournal.com/tel-aviv dont elle nourrit généreusement les colonnes de ses portraits, idées insolites et escapades en tous genres.

Contact :

raphaellechoel@gmail.com | https://www.linkedin.com/in/raphaëlle-choël-408b394 | Tél.: + 972 53 30 58 739

 

Où trouver le livre La sacoche chinoise?

Sur Internet : www.lasacochechinoise.com

Librairie Akaroa : www.akaroafrenchbooks.com

Par livraison en Israël, France et Suisse, sur demande auprès de Raphaëlle Choël.

 

Source : Interview réalisée par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour), lundi 2 mai 2016

La rédaction (www.lepetitjournal.com/tel-aviv) - jeudi 27 avril 2017

 

 

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