VOILE - Histoire de la French Touch dans la Sydney Hobart

Le 26 décembre prochain à 13h exactement et selon la tradition, une centaine de voiliers s’élanceront pour la 68ème course Sydney–Hobart. Cette année est d’autant plus exceptionnelle pour nos compatriotes qu’un bateau français, le "Protect our Playground" (PoP), accompagné d’un équipage tout aussi français prendra le départ, 45 ans après le grand Eric Tabarly, dernier marin français à avoir gagné la course

Quelques membres éminents de l'équipe de PoP,  de gauche à droite, Guillaume, Sébastien, Cyril, Annabelle, Nicolas et Max

La petite course devenue grande
Depuis sa création en 1945, la popularité de la Sydney-Hobart n’a cessé de croître pour devenir l’une des plus importantes courses au large du monde. La première course a eu lieu en 1945 avec une petite flotte de 9 participants. Le vainqueur, Rani, mit 6 jours, 14 heures et 22 minutes pour rallier Hobart, un bail à l’époque ! A la 50ème édition ce sont 371 bateaux qui prirent le départ et le temps de traversée est aujourd’hui d’un peu plus d’un jour. Le record actuel est détenu depuis 2005 par Wild Oats XI, avec une traversée en 1 jour, 18 heures, 40 minutes et 10 secondes.

Le succès de la Sydney-Hobart est dû au caractère unique de cette course. Elle fait partie des courses au large mythiques qui rassemblent sur l’eau dans des conditions souvent extrêmes parmi les équipages les plus chevronnés du monde. Cette course est un défi pour les hommes mais également pour les bateaux, mis souvent à rude épreuve tout au long des 628 milles nautiques (1.167,39 kilomètres, soit la distance entre Cherbourg et Lisbonne) qui séparent Sydney (Australie) de Hobart (Tasmanie).

La Sydney-Hobart est un sprint marin surnommé l´"Enfer en haute mer". Des vents violents provoquent chaque année des incidents. En 1984, 70% des concurrents ont dû abandonner. Et on se souvient particulièrement de la tragique année 1998 lorsqu’une violente tempête avait provoqué le naufrage de 55 voiliers et 6 morts. Seuls 44 des 115 concurrents parvinrent à rallier Hobart cette année là.

Le Pen Duick III, vainqueur de la course en 1967 avec Eric Tabarly, crédit Yoann Le Crom pour l'association Eric Tabarly

Le terrain de jeu des marins français
C’est probablement la difficulté et l’aventure humaine qui attirent depuis longtemps les marins français au bout du monde pour faire la Sydney-Hobart. Ces aventuriers de la mer ont pris une part importante dans l’histoire de cette course unique et de grands moments de la voile française se sont passés à Sydney.

Eric Tabarly ouvre le bal en 1967 en gagnant la Sydney-Hobart sur son Pen Duick III en 4 jours, 4 heures, 10 minutes et 31 secondes. L’amiral Olivier de Kersauson était à bord cette année là et la voile française voyait triompher ses héros au bout du monde.

La même année, le regretté Alain Colas, disparu en mer le 16 novembre 1978, rencontre Eric Tabarly à Sydney. Il est alors chargé de cours à St John’s College où il enseigne la littérature française. C’est dans la baie de Sydney qu’Alain Colas découvre la voile et la course au large. Sa rencontre avec Tabarly est décisive. Tabarly, récent vainqueur de la Sydney Hobart lui propose d’embarquer sur le Pen Duick III, pour un périple jusqu’en Nouvelle-Calédonie. Pour Alain, l’appel du large est plus fort qu’un avenir universitaire tout tracé. Il deviendra l’équipier de Tabarly et lui rachètera le trimaran Pen Duick IV. Afin de s'entraîner et de mieux connaître son bateau, il participera lui aussi, mais en franc-tireur, à la course Sydney-Hobart en 1970.

En 2008, Pierre-Yves Lautrou, le marin journaliste du journal l’Express arrive 5ème de la Sydney-Hobart sur le bateau français de Gerry Trentesaux, le "Lady Courrier", un Beneteau First 45. Il déclarera par la suite : “on ne se lassera jamais de naviguer dans cette baie de Sydney ...magique !”.

Et l’an dernier, c’est Jacques Pelletier qui s’aligna pour la seconde fois au départ avec son bateau "l´Ange de Milon", un X43.

Cette année, le talentueux Nicolas Lunven, ex vainqueur de la Solitaire du Figaro et qui a participé à la Sydney Hobart 2011 à bord de "l’Ange de Milon", sera le skipper de "Protect our Playground" (PoP). L’équipage, composé de 12 marins dont 11 français, inclut notamment Jean-Pierre Nicol qui navigue au plus haut niveau en Figaro, deux anciens vainqueurs de la Sydney Hobart et un Australien ayant 5 participations à son actif et qui sera le navigateur, un poste clef dans cette course. L’équipe se lancera le 26 décembre prochain à la conquête du fameux Detroit de Bass.

POP tentera donc de devenir “l’idole des houles”, 45 ans après Eric Tabarly, dans l’une des courses les plus célèbres au monde et qui sait, gagnera la Sydney Hobart 2012 sous les yeux émerveillés de spectateurs du monde entier et de la France en particulier.

Flore Gregorini (www.lepetitjournal.com/sydney.html), mardi 28 août 2012

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A voir - une jolie vidéo sur la course datant de 1962 dans les archives de l'INA

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