Sydney

ELECTION PRESIDENTIELLE - Pour qui voteront les Français établis en Australie ?

J-3 avant l'élection présidentielle. La campagne a battu son plein ces derniers mois, et celle-ci, à deux jours près, est sur le point de prendre fin. Qu'ont retenu les électeurs français établis en Australie de cette campagne ? Pour qui iront-ils voter ? Pour qui ne voteront-ils pas ? Quel est le pire candidat à leurs yeux ? Qu'est-ce que cette élection peut changer pour eux ? Quelles sont leurs attentes ? Leurs craintes ? Nous avons posé ces questions à neuf d'entre eux.

 Alexandre, 23 ans, ingénieur en Génie Civil, originaire de Normandie

Alexandre aime la politique. "Elle fait partie de notre quotidien et les décisions prises peuvent influencer notre vie, dit-il, il est important et nécessaire de s'intéresser à la politique : il s'agit de notre avenir à tous dans notre pays". Cette année, il a bien suivi la campagne présidentielle et retient trois choses. A commencer par François Fillon : "Un candidat corrompu attaché à des valeurs loin des besoins des français".

Pire que François Fillon à ses yeux, Alexandre craint l'arrivée au pouvoir de Marine Le Pen : "Le Front National serait la pire chose qui pourrait arriver à notre pays. Nous n'avons pas besoin d'un parti raciste... La haine n'est pas la réponse à notre situation".

En plus de l'extrême-droite, Alexandre craint que la jeunesse avance "dans un monde de plus en plus chaotique", a peur pour son avenir et celui de sa famille, de même que pour les personnes qu'il ne connaît pas. Il ne souhaite qu'une seule chose : "Pouvoir vivre tranquillement dans notre pays et pouvoir profiter pleinement de notre vie".

Cette année, il votera Jean-Luc Mélenchon. Un choix qu'il justifie de la manière suivante : "J'ai toujours voté pour le parti socialiste mais je me reconnais plus dans ce candidat aujourd'hui. Il semble proche des problèmes de français, il n'est pas déconnecté de la réalité et connais la dureté du travail et des conditions des français les plus en difficulté. Je suis d'accord avec sa vision de l'Europe : aujourd'hui, elle ne répond plus au besoins des pays et nécessite d'être revue. Son idée de transition énergétique est aussi une excellente idée, il est temps que notre pays s'intéresse aux énergies renouvelables, il en va de notre avenir à tous et aussi pour les générations futures".

 Béa, 39 ans, analyste d'affaires, originaire du Gard

Béa n'aime pas la politique en général ("beaucoup de promesses suivies de  désillusions", selon elle) et concède avoir peu suivi la campagne, qu'elle juge  pathétique : "Même les médias ont du mal à y voir clair ! Du coup, il est  difficile de se faire une opinion..."

 Pour elle, le pire candidat, c'est Jean Lassale. "Son programme n'est pas du tout  réaliste !", affirme-t-elle. Quant à Marine Le Pen, ne comptez pas sur elle pour lui donner sa voie. Non, le seul candidat "qui tient la route" à ses yeux,  c'est François Fillon. "Ceci dit, je vote pour la vision du parti, et non pour  l'homme".

 Ses craintes ? Qu'il y ait plus d'impôts à l'issue de cette élection. Et que "les  petites retraites aient du mal à être couvertes correctement". En revanche,  l'issue de cette élection pourrait rendre beaucoup plus faciles les démarches  pour les Français installés à l'étranger, si François Fillon venait à être élu, selon elle.

 Nicolas*, 28 ans, consultant, originaire de Haute-Savoie

Il affirme adorer la politique et avoir bien suivi la campagne présidentielle. Une chose est sûre : Nicolas ne votera pas pour Emmanuel Macron. "Il représente idéologiquement tout l'inverse de ce en quoi je crois", explique-t-il. Le seul candidat auquel il croit, justement, c'est François Asselineau. A ses yeux, le candidat possède une "immense culture historique, une vision de ce que doit être la France du 21ème siècle, l'humilité et l'abnégation".

Nicolas voit d'abord en Asselineau la possibilité de sortir de l'Union Européenne ("renégocier les traités est impossible", pense-t-il), qu'il voit comme le "chausse-pied de la mondialisation qui accroît les inégalités entre les Français". Il voit également en lui la possibilité de sortir de l'Euro, un "outil mal adapté à toutes les économies européennes" et la possibilité de sortie de l'OTAN, dont il dit la chose suivante : "L'OTAN avait vocation à disparaître à la fin de l'Union Soviétique, il n'en a rien été, bien au contraire. Aujourd'hui, notre diplomatie est totalement alignée sur celle des Etats-Unis".

Ses craintes dans cette élection ? Qu'un autre candidat soit élu, que la France rate les négociations avec l'Union Européenne et que dans cinq ans, "une proportion encore plus grande de français souhaitera le Frexit". Que "les Français les plus pauvres continuent de s'appauvrir et les français les plus taxés continuent d'être encore plus taxés...tant que la France ne reprendra pas sa liberté".

 Danielle, 66 ans, chef d'entreprise, originaire de Paris

En général, Danielle aime la politique, même si elle ne s'est intéressée qu'"un  peu" à la campagne cette année. La candidate pour laquelle elle ne votera  pas n'est autre que Marine Le Pen, dont elle "refuse idéologiquement" les  idées et dont elle pense que l'électorat est "raciste et fasciste".

Si l'élection ne représente aucun impact sur sa vie à Sydney, en revanche, elle  le fait pour l'avenir des ses enfants et petits enfants. Ce qu'elle redoute le plus  dans les années à venir ? "L'érosion des retraites, l'imposition lourde sur les  propriétés, les salaires trop bas et le chômage" des jeunes générations. La  chef d'entreprise dit également redouter une "politique favorable à la haute  finance et aux multinationales, comme toujours".

Danielle votera donc pour Emmanuel Macron, "principalement pour ses idées  sur l'Europe et pour faire des réformes nécessaires depuis longtemps".

 Jenny, 28 ans, professeur de français, originaire de Maine-et-Loire

La politique ? Elle adore ça : "C'est inné ! Comment ne pas s'intéresser à ce qu'il se passe dans notre pays...?" La campagne présidentielle, elle l'a d'ailleurs bien suivi, même si elle affirme que "c'est difficile de suivre une campagne de loin, sans la possibilité de débattre avec ses amis, sa famille mais aussi les autres, ceux qui ne sont pas forcément d'accord et qui nous posent les meilleures questions". Autrement, elle retient de cette campagne un visage, celui de François Fillon : "Un exemple parfait de corruption et de tout ce qu'il y a de pourri au Royaume du Parlement".

Celui pour qui elle votera ? Benoît Hamon. Pour le revenu universel (afin de "mettre fin aux gaspillages et cafouillages des aides et autres allocations"), le droit à l'euthanasie, à la procréation médicalement assistée des couples homosexuels et des femmes célibataires...ainsi que la reconnaissance du vote blanc.

Sa crainte ? Que Marine Le Pen soit élue. "Je suis issue d'une famille mixte, composée d'algériens, de juifs, de yougoslaves, etc.", dit-t-elle. Même chose pour François Fillon, pour ce qui concerne "les migrants et les plus pauvres".

 Ninon, 18 ans, étudiante, originaire de Loire

Ninon aime la politique et affirme avoir suivi la campagne présidentielle. Ce  qu'elle en retient ? "Emmanuel Macron n'est qu'un beau parleur". Pour son  premier vote, elle posera le bulletin de François Fillon dans l'urne, pour son "gouvernement paritaire, l'aide aux femmes et la suppression des 35 heures".

Ce qu'elle souhaite par-dessus tout ? Que l'élection apporte plus de sécurité  sur le territoire français et relance l'économie de l'Hexagone. Quant à ses  craintes : l'augmentation des impôts, subir les mauvaise décisions d'un mauvais gouvernement et le mauvais traitement des immigrés.

 Grace, 29 ans, blogueuse, originaire de Saône-et-Loire

Grace n'aime pas la politique, et avoue avoir peu suivi la campagne de cette  année, qu'elle a trouvé de mauvaise qualité : "J'ai eu honte pour mon pays! ", affirme-t-elle. Un sentiment qui la conduira d'ailleurs à refuser d'aller aux urnes, et à ne pas voter.

Le pire candidat de cette présidentielle ? A ses yeux, François Fillon : "Comment donner des leçons quand on est le premier à ne pas les respecter ? "

Antoine*, 25 ans, étudiant en management, originaire d'Essonne

En règle général, Antoine aime moyennement la politique et à cette année peu suivi la campagne présidentielle. "La majorité des politiciens sont corrompus et/ou carriéristes et bafouent les principes de pourquoi ils sont élus, leurs électeurs et la démocratie, et peu importe leur conviction politique, lâche-t-il, avec au passage, une petite dédicace à peine voilée pour François Fillon : "Difficile de prêter attention à un type dont on sait que tout ce qu'il dit n'est qu'hypocrisie et mensonges".

A ses yeux, "tout n'est pas à jeter" dans le programme de Marine Le Pen, mais la victoire de la candidate frontiste ne ferait que "distiller la haine et les tensions dans le pays et à l'international". Il ajoute que celle-ci, "aveuglée par ses convictions d'un autre temps de la France, pourrait faire s'effondrer le pays par ses décisions économiques et diplomatiques". Alors à défaut de voter extrême-droite, Antoine se tourne vers l'extrême-gauche et votera en faveur de Jean-Luc Mélenchon. "Je ne suis pas d'accord avec la majorité de son programme, mais il est le seul à proposer la rédaction d'une nouvelle constitution dont la France a cruellement besoin et la renégociation des traités européens, sans pour autant sortir de l'Europe", explique-t-il.

Ses craintes, elles concernent selon lui "certaines catégories de personnes". "Le problème, c'est que tout le monde vote pour sa gueule dans ce pays. Même si mes intérêts personnels vont en prendre un coup, je vote pour l'intérêt général et tout le monde devrait faire pareil", pense-t-il. Il ajoute : "Le bateau coule, et on coule tous, quelle que soit notre catégorie sociale ou même ethnique ou religieuse. Sauf les très riches".

 Laurène, 67 ans, artiste-peintre, originaire de Paris 

 Laurène dit suivre la campagne avec beaucoup d'intérêt. Elle trouve d'ailleurs  que François Fillon "s'est bien débrouillé pour revenir dans sa  campagne", affirmant qu'il a la "force pour être un président".  Cependant, elle affirme  encore hésiter à voter Emmanuel Macron.

 "L'expérience de Fillon" contre "la jeunesse de Macron en politique".   Pour qui tranchera-t-elle ? Mystère... Toujours est-il que pour celle qui vit en  Australie depuis plus de 40 ans, cette  élection ne change rien. Si elle vote, elle  le fait uniquement pour ses deux  soeurs, qui habitent en France. Ce qui est en  revanche sûr et certain, c'est qu'elle ne votera pas pour la candidate du  Front National : "J'ai une soeur  dont la fille a épousé un musulman.  Pour ça, je n'ai pas envie que Marine Le  Pen soit élue". Elle complète :  "Ses idées me font peur. Pour les immigrés notamment. J'ai peur qu'elle  verrouille les frontières".

*prénom d'emprunt

Crédit photos : AFP

Le Petit Journal de Sydney remercie tous ceux qui ont pris le temps de répondre à nos questions.

Adrien Lévêque, lepetitjournal.com/sydney, jeudi 19 avril 2017

 
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