Stockholm

CULTURE - Tête à tête avec l'écrivaine Katarina Mazetti

Le 7 avril dernier, lepetitjournal.com/stockholm a eu la chance de s’entretenir avec l’écrivaine suédoise Katarina Mazetti lors de sa venue au Lycée Français Saint Louis de Stockholm pour parler aux élèves de la série jeunesse Les cousins Karlsson et du métier d'écrivain.


Conviée par l’Association des Parents d'élèves (APE) en collaboration avec le Centre de Documentation et d’Information (CDI) et l’école primaire du Lycée Français Saint Louis de Stockholm, elle a rencontré pendant toute la journée les élèves de CM1-CM2 ainsi que les parents au cours d’un fika suivi par une séance d’autographes.
Veste bleue, regard malicieux et sourire généreux, Katarina Mazetti s’est révélée être une femme humble qui, malgré un succès international avec notamment son best-seller Le mec de la tombe d’à côté et la série de littérature jeunesse Les cousins Karlsson, a conservé de vraies valeurs humaines.

Le parcours d’écrivaine
Katarina Mazetti a été professeure, chroniqueuse radio et journaliste avant d’écrire son premier livre intitulé Trucs et ficelles d'un petit troll en 1991. Pour elle, écrire n’est pas seulement un métier, c’est un véritable moyen d’exister. Elle ressent le besoin viscéral d’écrire. Sa curiosité naturelle l’amène à s’intéresser à tout type de sujet. Selon ses dires, “les idées sont partout”, il suffit de regarder autour de soi. Ce qu’elle apprécie particulièrement dans son métier d'écrivain : “les rencontres avec des personnes de tous horizons, la possibilité de traiter de sujets différents selon ses envies ainsi que la liberté que procure l’écriture par rapport à la radio où la concentration est extrême. On ne peut en aucun cas revenir sur ce que l’on vient de dire !”.
Lorsque son premier roman Entre Dieu et moi, c'est fini a été nominé pour le Augustpris en 1995, le prix littéraire le plus prestigieux décerné en Suède, elle a éprouvé une certaine légitimité pour continuer d’écrire. Suivent entre autres en 1998 le best seller Le mec de la tombe d’à côté, puis Le Caveau de famille en 2005 et son dernier roman Ma vie de Pingouin en 2008. Ses livres sont traduits en plus de 22 langues et certains sont adaptés en films à succès.
Paradoxalement, le livre qui lui a procuré le plus de plaisir à écrire est celui qui a eu le moins de succès auprès de ses lecteurs. Elle a écrit Mon doudou divin en 2007 en collaboration avec sa fille, poète. Ce livre traite d’un sujet qui la passionne: la philosophie.
Katarina confesse qu’elle aimerait que son prochain roman traite du rôle des femmes à l’époque des Vikings, dans le prolongement de son roman relatif à l’histoire de la Suède, Le Viking qui voulait épouser la fille de soie. Mais, pour le moment, elle n’en est qu’aux balbutiements.

Romans jeunesse
Enfant unique, Katarina adorait les histoires mettant en scène des groupes d’enfants et très peu d’adultes comme Le club des cinq. Elle s’en est inspirée pour écrire les sept tomes existants de la série Les cousins Karlsson, commencée en 2012, en adoptant des problématiques plus modernes. Elle reconnait attacher énormément d’importance au bien-être des enfants. Elle souhaite que ses livres les aide à se sentir à l’aise. D’ailleurs, si la série Les cousins Karlsson connaît un tel succès, c’est certainement parce que les jeunes lecteurs s’identifient facilement aux héros. Elle a remarqué que le personnage de Bourdon plaît généralement beaucoup aux lecteurs français alors que les Suédois préfèrent le personnage d’Alex. Elle avoue qu’elle éprouve une certaine fierté de savoir que les enfants lisent ses livres et les apprécient !
Elle le concède, en tant qu’auteure, il peut être compliqué d’arrêter une série car les personnages, eux, continuent toujours d’évoluer dans l’esprit de leur créateur. Aujourd’hui, elle est ravie de nous annoncer que le tome huit des cousins Karlsson sortira en suédois dans le courant du mois de mai et que le neuvième devrait être publié en 2018. Actuellement, elle réfléchit aussi à une adaptation télévisée de cette série mais rien de certain pour le moment.
Les rencontres avec ses jeunes lecteurs, elle adore ça ! Tout spécialement lorsque ces derniers lui demandent comment s’appelle son chien ou encore quelle est sa couleur préférée. Elle a d’ailleurs évoqué lors des échanges avec les CM2 qu’elle "aurait aimé être un cheval sauvage (rire) !".

Une femme entreprenante
Elle reconnait avoir eu “la chance de rencontrer le succès très rapidement et de pouvoir en vivre”, contrairement à beaucoup d’autres qui peinent à trouver une maison d’édition. Quand on lui demande d’expliquer son succès, elle ne sait pas vraiment répondre, “peut être un mélange d’humour et de sérieux !”. Elle nous confie gagner plus d’argent que besoin “sans pour autant être millionnaire”. Il lui tenait alors à cœur de faire quelque chose d’utile avec cet argent. Elle a tout naturellement décidé d’utiliser une partie de ses revenus pour publier des auteurs qui, selon elle, ont du potentiel mais malheureusement peinent à trouver une maison d’édition. A ce jour, elle a déjà publié trois cents livres.
En 2012, elle a aussi créé au centre-ville de Malmö Poeten på hörnet (le coin des poètes), un lieu où les poètes, les musiciens, les écrivains et autres artistes se retrouvent gratuitement pour échanger, et qui est prévu pour recevoir du public. De nombreuses animations sont mises en place dont des ateliers d’écriture, des représentations théâtrales… etc.
Toutes les informations sont sur le site Poeten på hornet ainsi que leur page facebook.
En avril 2016, Katarina Mazetti a été nominée au festival Livre et Mer à Concarneau pour son livre Ma vie de pingouin. Elle n’a malheureusement pas remporté le prix mais elle a tellement aimé le concept qu’avec l’aide de deux des organisateurs, elle a importé le festival à Karlskrona. Ce fut pour elle une évidence en raison du faible nombre de festivals en Suède et des similitudes entre les deux villes : la vieille ville historique et les grands voiliers.
La première édition du festival international de littérature Bok och Hav a eu lieu du ce week-end, du 11 au 14 mai et a accueilli des auteurs de tous horizons, islandais, danois, russes... Le prix Sigma a été remis à l'auteur suédois Fredrik Sjöberg du Piège à mouches, et le prix Skarven (Cormoran) à l’écrivain Michael Helgesson, originaire du sud de la Suède. Le festival sera reconduit l’année prochaine.

Une écrivaine amoureuse de la France
Selon elle, la France est « the place to be » pour les écrivains. D’abord en raison du prix fixe qui permet à l’éditeur de choisir le prix de vente des livres, procédé qui n’existe plus en Suède depuis 1974. Mais aussi en raison de la présence d’une multitude de petites librairies indépendantes qui vendent toutes sortes de livres, contrairement en Suède où la majorité ont été rachetées par la chaîne Akademibokhandeln qui ne vend plus que des livres à succès. Lors de son dernier voyage en France, elle nous a confié avoir acheté un superbe livre composé de 300 photos sur les animaux étranges. Elle en est tellement fière qu’elle avoue : ”Je lui ai octroyé une table rien que pour lui (rire). Jamais je n’aurais pu trouver un tel livre en Suède !”. 


Pour plus d'informations :
Site officiel de Katarina Mazetti

 

Nadège LEMIRE (lepetitjournal.com/Stockholm), 15 Mai 2017

Photo : Nadège Lemire

 

 
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