Stockholm

SOCIETE - Les "latte pappa " suédois

 

"C’est fou le nombre d’hommes qu’on voit avec une poussette, non ?" Je devrais tenir des statistiques sur cette remarque qui fuse invariablement dès que des amis français viennent me voir à Stockholm ! Elle survient en général à la fin du premier jour de marathon touristique, alors qu’on se met au chaud pour prendre un café. Depuis que j'habite ici, j’ai réalisé à quel point les hommes s’occupent de leurs enfants. Et ça se voit parce qu’ils les sortent... au parc, aux musées, pour faire les courses ou leur jogging… Je n’ai jamais eu une telle impression dans un autre pays.

En Suède, les gars se retrouvent pour un café avec leurs bébés respectifs, on les appelle les "latte pappa" (comme le café). Quand les Parisiens expérimentent toutes les solutions de portage de bébé possibles et imaginables, les Stockholmois se déplacent eux tranquillement en poussette. Non seulement les trottoirs sont larges, les stations de métro équipées d'ascenceurs ou d'escaliers roulant, mais en plus il y a toujours quasiment un endroit pour la caser. Je n’ai jamais entendu personne se plaindre de la disparition de son engin.

Vous allez me dire que ça ne fait pas tout et vous aurez raison… C’est surtout le congé parental (föräldraledigheten) qui rend les papas suédois si présents auprès de leur progéniture.

 

Comment ça fonctionne ?
Depuis 1974, la Suède, hérault de la parité, accorde aux parents un congé parental. Aujourd'hui, il dure 16 mois, dont deux mois sont réservés à chacun des parents. Si l’une des deux parties refuse de le prendre, le congé est perdu. Pour le reste du temps imparti, c’est aux parents de s’arranger. Ce congé peut être pris à l’année, au mois ou même à l’heure !
Dans les 60 jours qui suivent la naissance, le parent qui n’a pas porté l’enfant peut utiliser dix jours de congés compensatoires (ça s'appelle tillfällig föräldrapenning), ce nombre de jour est doublé en cas de naissance géméllaire. L’allocation est d’un peu moins de 80 % du salaire.

Ensuite, pendant 13 mois, on reçoit 80 % de son salaire (dans la limite de 98 € par jour). Les trois mois restants sont rémunérés environ 19€ par jour. Cette règle s’applique aussi aux couples homosexuels comme aux parents adoptifs (car non, ce n’est pas le cas dans tous les pays).
Pour plus de détails, n’hésitez pas à consulter le site de l'assurance maladie (försakringskassan, en anglais ici).

Du coup, les suédois prennent-ils leur congé de paternité ?

Le prince consort, Daniel, montre l’exemple et prend son congé de paternité (pappaledighet) pour s’occuper de ses enfants (il en a deux: Estelle, cinq ans et Oscar presque un an). Il a d’ailleurs expliqué: "Mon père a été en congé parental pour moi et ma grande sœur au début des années 70. Donc, pour moi, il était évident d'être à la maison avec mes enfants. Je pense qu'il y a bon nombre de professions où peu d'hommes prennent leur congé parental. Et je trouve que c'est dommage parce que vous gagnez à être avec vos enfants et à apprendre à les connaître de cette façon".

Pourtant seul un homme sur quatre prend son congé en Suède. Je me demande bien pourquoi… C’est quand même super de pouvoir changer son bébé, de se lever la nuit pour donner le biberon et d’avoir le temps de faire le ménage entre la sortie au parc et les lessives !

Bon, en fait  je vous parle de tout ça parce qu’on m’a fait découvrir le photographe suédois Johan Bävman et son exposition Swedish Dads, qui montre des très beaux portraits de "latte pappa" longue durée (les modèles ont pris au moins moins 6 mois de congé parental), dans des scènes de leur vie quotidienne !

Si vous êtes enceinte, je ne saurais que trop vous recommander de montrer son site web à votre conjoint, ça peut peut-être lui ouvrir les yeux sur cette opportunité extraordinaire que la Suède peut vous apporter.

On est loin du sketch de Florence Foresti  (si ça ne vous dit rien, c'est ici)

 

Madanm Paton (lepetitjournal.com/stockholm)

22 février 2017

 

 

Vous pouvez aussi lire nos articles sur ce que la poussette dit des Suédois et sur le débat sur le congé parental

 
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