Stockholm

SOCIÉTÉ - Les migrations en Suède, flux et reflux (Volet 2)

On a beau se trouver au nord de l’Europe, loin du carrefour que la France, coeur géographique européen, représente pour les flux migratoires, la Suède n’en est pas moins habitée par une population qui au fil des siècles prend la route, dans un sens ou l’autre. Focus sur les flux migratoires de Suède.

De la deuxième guerre mondiale jusqu'en 2000, les prémices de l’immigration
En 1940, la population en Suède est de 6,4 millions d’habitants. 6.700 personnes arrivent en Suède, 3.100 la quittent. Vers 1940, les réfugiés fuyant la Seconde Guerre mondiale transforment alors la Suède en une terre d’immigration. A l’issue de la guerre, de nombreux migrants Allemands et Scandinaves sont rentrés chez eux contrairement aux migrants en provenance des pays de la mer Baltique.
En 1970, la population en Suède est de 8 millions d’habitants. 77.000 personnes arrivent en Suède, 28.000 la quittent. A la suite de quoi, dans les années 1970, le bureau des migrations commence à réguler l’afflux des immigrés, ce qui sera à l’origine d’une baisse significative du nombre d’immigrés qui passe à 29.000 en 1973. De plus, certaines communautés comme les Finlandais rentrent dans leur pays à l’économie alors florissante. Durant quelques années, il y a à nouveau plus d’émigration que d’immigration.
Dans les années 1980, le processus s’inverse encore une fois. C’est la grande vague des réfugiés politiques, comme les Chiliens fuyant le régime Pinochet dès 1973. Aujourd’hui la communauté chilienne en Suède est la plus large d’Europe. Au Moyen-Orient, la guerre Iran-Irak fait des ravages. 24.000 Irakiens et Iraniens reçoivent un permis de résident en tant que réfugiés. Puis l’invasion américaine pousse encore plus d’Irakiens à la fuite vers l’Europe. En 1990, le conflit en Ex-yougoslavie et l’épuration ethnique obligent plus de 100.000 Bosniens à fuir leur pays.
En 1994, au plus haut de la vague, la population en Suède est de 8,8 millions d’habitants. 83.000 personnes arrivent en Suède, 32.000 la quittent.

Les années 2000 - Ouverture des frontières et migrations à double sens
En 1996, la population en Suède est de 8,8 millions d’habitants. 39.000 personnes arrivent en Suède, 34.000 la quittent. Dès lors, le nombre d’immigrants ne cessera d’augmenter tout en étant largement supérieur au nombres d’émigrés.
La Suède rejoint l’espace Schengen en 2001, les frontières entre le pays et les autres états membres de l'Union européenne s’ouvrent. Durant les années 2000, une autre immigration prend place, près de 29.000 personnes viennent en Suède non pas en tant que réfugiés mais pour travailler.
Fait surprenant, en 2011, plus de 51.000 personnes quittent la Suède en direction des pays voisins : la Norvège, le Danemark et d'autres pays européens, mais aussi vers les États-Unis et la Chine. C’est plus qu'en 1887, l'année record de l'émigration aux États-Unis.

Les années 2010 - Les facteurs de l’immigration
En 2006, la population en Suède est de 9,1 millions d’habitants. 95.000 personnes arrivent en Suède, 44.000 la quittent. Quels en sont les principaux facteurs ? Tout d’abord, les conflits au Moyen-Orient. Signataire de la Convention de Genève relative aux statuts des réfugiés de l'ONU depuis 1954, la Suède accueille un nombre de réfugiés qui triple entre 2010 (12.130) et 2014 (35.642). Le rapprochement des familles est un autre facteur incontournable : en 2014, plus de 40.000 personnes ont obtenu un permis pour venir vivre avec leur famille.

Mais ce sont également les opportunités d’emplois, notamment dans l'industrie de la technologie et l’informatique qui attirent beaucoup de travailleurs étrangers venant de Thaïlande, d’Inde et de Chine. En 2012, environ 20.000 permis de travail ont été accordés, une année record à ce jour. A ce critère professionnel s’ajoute la possibilité de poursuivre des études, notamment pour les étudiants chinois, qui représentent environ un cinquième des permis d'études accordées en 2014, suivis par les étudiants indiens et américains.
Enfin, l’amour peut pousser à l’immigration, le fait de venir s’installer aux côtés d’un résident suédois étant également comptabilisé.

2014 et après - Les demandeurs d’asile
En 2014, la population en Suède est de 9,7 millions d’habitants. 127.000 personnes arrivent en Suède, 50.000 la quittent. Cette même année, les réfugiés des zones de guerre continuent d'immigrer en Suède. Il y a plus de 80.000 demandeurs d'asile venant essentiellement de Syrie, d'Erythrée et d’apatrides. En Europe, seule l'Allemagne a reçu plus de dossiers de demandeurs d'asile (202.000) que la Suède, suivie par la France (65.000) et l'Italie (64.000). C’est le deuxième plus haut niveau jamais enregistré pour les demandes d'asile juste après 1992, lorsque plus de 84.000 personnes fuyant l’Ex-Yougoslavie ont demandé l'asile en Suède.

En 2016, la population en Suède est de 9,9 millions d’habitants. 163.000 personnes arrivent en Suède, 46.000 la quittent. La population suédoise augmente de plus de 140.000 habitants, un record principalement dû à l'immigration. Sur plus de 110.000 décisions d'asile que l'Agence des migrations suédoise a rendues en 2016, environ 60% des demandeurs se sont vus accorder l'asile.

Cette augmentation inquiète le gouvernement suédois qui a pris des mesures visant à limiter l'immigration après le pic de 2015. En Juin 2016, le Parlement suédois a adopté des modifications législatives pour les demandeurs d'asile, rendant l’obtention d’un permis de séjour et le rapprochement des familles plus difficiles. La Suède explique ces changements par le fait que la plupart des autres pays de l'UE n’ont pas reçu leur part convenue de réfugiés.
Même si les Suédois ont des vues différentes sur l’immigration, selon une enquête Eurobaromètre de Décembre 2016, 64% des Suédois sont favorables à l'immigration des gens de l'extérieur de l'UE par rapport à une moyenne européenne de 37%.
Plus important, selon un rapport de l'Agence pour l'emploi public suédois (Arbetsförmedlingen), la Suède a besoin d'un ajout annuel de 64.000 immigrants âgés entre 16 et 64 ans pour compenser la baisse de la natalité en Suède. Dans le cas contraire, il n'y aurait pas assez de main d’oeuvre pour maintenir le fameux Etat providence suédois.

Aujourd'hui, une personne sur six de la population suédoise actuelle est née dans un autre pays. 18% de la population est née à l’étranger. En janvier 2017, La population suédoise a passé le cap des 10 millions. Qui est le dix-millionième ? L’histoire ne dit pas s’il s’agit d’un nouveau-né ou d’un demandeur d’asile.

Mots utiles : 
Invandring : immigration
Utvandring: émigration
Flyttning : migration
Flyktingar : réfugiés
Asylsökande : demandeur d'asile

 

Anne Donguy (lepetitjournal.com/stockholm), 16 mai 2017
Photo : Simon Paulin
Tableaux : Scb

Sources :
Eurostat
Statistiska Centralbyrån Scb

Retrouvez le premier volet de notre série sur les migrations ici.

 
A la Une à Stockholm

CULTURE - Allsång på Skansen : chantons tous en chœur !

Folklore moderne à la suédoise, Allsång på Skansen est une véritable institution musicale. Aux beaux jours, entre 10.000 et 25.000 personnes convergent devant la scène de Solliden, dans le parc d’attractions de Skansen situé sur l'île de Djurgården, pour reprendre en chœur les airs célèbres du moment ou les mélodies de toujours.
Une internationale

EXPATRIATION – 10 pays pour booster sa carrière

Etats-Unis, Royaume-Uni, Taïwan... Sur la base des réponses apportées par 14.000 personnes expatriées (de toutes nationalités), la dernière enquête publiée par InterNations compile les pays où il faut s’expatrier si l’on veut booster sa carrière. L'Europe est mal classée.
Actu internationale
En direct d'Europe
Expat
Expat - Emploi

EXPATRIATION – 10 pays pour booster sa carrière

Etats-Unis, Royaume-Uni, Taïwan... Sur la base des réponses apportées par 14.000 personnes expatriées (de toutes nationalités), la dernière enquête publiée par InterNations compile les pays où il faut s’expatrier si l’on veut booster sa carrière. L'Europe est mal classée.

COACHING - Le sacrifice du conjoint suiveur

Selon une enquête récente auprès de la population francophone expatriée, 49% des conjoints suiveurs en recherche d’emploi auraient le sentiment d’avoir sacrifié leur carrière*. Ce chiffre m’a interpellée, car je trouve cela dommage de voir autant de personnes qui voient leur expatriation comme un sacrifice de leur carrière. 
Expat - Politique
Magazine