Stockholm

PORTRAITS D'ENTREPRENEURS- Jeanette Borgström, un chef d’entreprise suédois à Marseille

 

 

 

Pour être tout à fait honnête, alors que j’entends les français dire qu’ils veulent/souhaitent quitter la France pour la Suède, voir le parcours de ce jeune chef d’entreprise suédois venir réaliser ses projets en France m’a réellement étonné. J’avoue que j’imaginais le cas d’une femme expatriée qui aurait créé sa propre reconversion, mais non ! 

 

Avocate associée dans un cabinet spécialisé en droit des affaires à Stockholm et élue présidente d’une chambre économique à Uppsala, Jeanette Borgström a toujours eu en tête de fonder sa propre entreprise. Suite à la rencontre avec Cyril Gombert, futur directeur de Lavandière de Provence, lors d’une conférence, la jeune femme voit son projet mûrir et au fil des discussions, la Lavandière de Provence voit le jour : une entreprise de cosmétique, secteur qui a toujours intéressé Jeanette.

Après une longue étude de marché, elle trouve son angle d’attaque : une gamme de produits cosmétiques avec à la base l’image et le savoir-faire provençal et un design suédois adapté au marché international. “Le goût scandinave est différent de celui du sud de la France : il est épuré. Par exemple, on a fait des études de marché, on a parlé avec les grands magasins, les consommateurs, pour savoir ce qui marche et ce qui plaît aujourd’hui. On a passé beaucoup de temps à faire cette étude. On a aussi choisi une équipe de designers qui est capable de s’adapter au goût de l’Europe du Nord.” évoque t-elle.
L’entreprise développe 2 pôles d’activités : une marque de cosmétique "Lavandière de Provence" qui vend pour les boutiques, chaînes de magasins et qui propose des produits d'accueil pour les hôtels de luxe, et la conception de marques propres et sur mesure pour des distributeurs "taylor made private label".


“On travaille avec un produit naturel, le plus possible. Des huiles essentielles naturelles. On part d’un produit de qualité, qui est fabriqué en Provence. Le packaging est recyclable. Il n’y a que le flaconnage qui est italien.” précise Jeanette.
A son arrivée en France, Jeanette ne parlait pas du tout français. Elle a dû s’y plonger, notamment pour l’écriture des statuts de la société. “En Suède, ce n’est pas très difficile, on a des petits statuts et les contrats à côté. Mais ici en France, le côté administratif, c’est un peu compliqué.” Elle a accepté de répondre à nos questions. 

- Pourquoi la France ?
- Pour faire une entreprise de cosmétique, on ne peut pas rester en Suède. Il faut qu’on soit en France, où on a les fournisseurs. C’est en France qu’on fait le plus de cosmétiques dans le monde. Ici on a un choix énorme de senteurs parce que la Méditerranée est un haut lieu de la biodiversité mondiale : il y a 10 fois plus d’espèces en Provence que dans le monde. La Provence est également connue pour ses jardins d’acclimatation d’espèces exotiques, ce qui multiplie les possibilités de senteurs disponibles.

- Et être une femme chef d’entreprise en France ?
- Ce n’est pas du tout la même chose qu’en Suède. Travailler comme avocate en Suède, c’est dur. C’est un métier où on est entouré d’hommes. Mais ici, à Marseille, je pense que c’est le style méditerranéen. Parce que ça a été et ça reste très difficile d’être prise au sérieux, surtout dans les métiers industriels. On pense toujours que le président est un homme. On me demande pourquoi je suis ici, pourquoi je veux monter une entreprise, moi une jeune femme suédoise. On me dit que ça ne va pas marcher. On a du changer l’approche : pour la prise de certains contacts, je vais demander à Cyril Gombert, le directeur général, car moi, je ne peux pas. Je ne crois pas que ça puisse être comme ça en Suède.

- Qu’est-ce qui change le plus au niveau du travail entre la France et la Suède ?
- En Suède, si on cherche une personne, on regarde sur internet, on trouve le numéro direct. On appelle, on discute. Je pense que pour ça, on est très en avance en Suède. Ici, c’est long de trouver l’information et de prendre contact. C’est pas très efficace.

- Comment fait-on pour s’introduire sur le marché suédois ?Il me semble qu’il y a peu de marques dans les magasins ? 
- Il y a deux types de marché en Suède. Celui d’internet, qui est très important et celui des boutiques. Il y a énormément de chaînes, des regroupements de boutiques qui représentent une très grosse vente si tu y as accès. On répond à un appel d’offres et le processus est très long. Sur ce marché, on accueille en priorité les marques déjà très connues. C’est difficile d’y entrer. En France, ça existe, mais on peut aussi aller directement à la boutique et rencontrer le directeur d’achat.

On ne peut pas encore trouver Lavandière de Provence en magasin en Suède aujourd’hui, mais les produits sont présents sur Amazon.

Madamne Paton (www.lepetitjournal.com/stockholm) 20 avril 2017

Photos : Jeannette Borgström 

 
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