Stockholm

SOCIETE - La Suède et L'Europe

En ce 9 mai, à l’occasion de la journée de l’Europe, lepetitjournal.com/stockholm s’est intéressé aux liens qu’entretiennent la Suède et l’Union Européenne. L’occasion de se pencher sur l’adhésion du Royaume de Suède lors du quatrième élargissement de l'Union européenne en 1995, ses spécificités et surtout, ce qu’en pensent les Suédois.


Un ralliement tardif à l’Union Européenne

L’histoire européenne de la Suède débute dans les années 1990. Le 13 novembre 1994, 52.3% des Suédois se sont exprimés en faveur de l’adhésion de leur pays à l’Union Européenne lors d'un référendum. Avec une majorité faible mais un taux de participation de 83.3%, les Suédois ont scellé leur destin à celui de l’Union Européenne.
Ainsi, le 1er janvier 1995 la Suède devenait membre de l’Union Européenne. Le pays rejoignait de fait l’Autriche et la Finlande, qui avaient procédé au même type de votation en juin et octobre de la même année. Quant à sa voisine la Norvège qui organisa un référendum le 28 novembre sur la même question, celle-ci refusera finalement de rejoindre l’Union Européenne. Alors, pourquoi attendre 1994 pour prendre une telle décision ?

La chute du Mur
Durant la guerre froide, la Suède était intercalée entre les blocs soviétique et américain. Pour autant, le pays, neutre depuis le début du XIXème siècle, reste non-aligné et ne s'engage dans aucune alliance militaire. Dans les années 1990, la situation géopolitique évolue. Avec la disparition du bloc soviétique, la Suède s’est retrouvée face à l’apparition de nouveaux états. La chute du mur lui permet de rejoindre les nations européennes et de prendre part à cette grande communauté sans avoir à choisir de camp.

Sortir de la crise de 1990
En parallèle, alors que la Suède est frappée en 1990 par une crise économique profonde, les partisans de l’adhésion pensaient qu'entrer dans l'UE était un bon moyen de s'en sortir. Le pays possédait une économie très ouverte et voyait en ce nouvelle communauté, active dans de nombreux domaines, une opportunité de se développer. En outre, accéder au marché commun lui permettrait non seulement d'approfondir une coopération préexistante mais également d’influencer les processus de décision.

Rester neutre avant tout
Tout comme elle l’a fait en prenant part aux Nations Unies, la Suède, en rejoignant l’Union Européenne est restée fidèle à sa tradition de maintien de la paix. L’UE ayant été fondée après la seconde guerre mondiale dans cet objectif, elle diffère d'une alliance militaire telle que l’OTAN, que la Suède a toujours refusé de rejoindre. En juillet 1991, le Premier ministre Ingvar Carlsson a remis la demande d'adhésion officielle à la CE. Deux ans plus tard, les négociations ont commencé.

Une porte d'entrée sur le nord
L’adhésion de la Suède a été vue comme une porte d’entrée sur la Scandinavie et la situation politique de l’Europe du Nord pour l’Union Européenne. De même, son expérience unique de la social-démocratie et de l’Etat-providence a permis d’élargir l’étendue du modèle social européen. La Suède a aussi pu faire office de cheffe de file dans des domaines où elle est plus en avance que certains états, comme la protection de l’environnement, l’égalité entre homme et femme, le dialogue social ou bien encore la lutte contre le chômage.

Cependant, la Suède a posé certaines conditions à son adhésion et présente aujourd'hui encore quelques exceptions si l'on compare aux autres états membres.

 

Les spécificités de la Suède, transitoires ou permanentes

Les négociations avec la CE ont été achevées le 2 mars 1994. Elles portaient sur un certain nombre de domaines, tels que la libre circulation des biens et services, qui avaient déjà été traitées dans les négociations de l'Espace Economique Européen. Ces questions ne posaient donc aucun problème tandis que d'autres dérangeaient comme, par exemple, la teneur en dioxine des poissons de la Baltique pour lesquels le Conseil a accordé des dérogations jusqu'en 2006 ou encore la classification de la teneur en matières grasses du lait pour laquelle la Suède a eu droit à une solution de transition.

Le snus et l’alcool
Dans d'autres domaines encore, la Suède bénéficie d'exemptions permanentes. C'est le cas pour le snus, alternative populaire au tabac à fumer en Scandinavie, dont l’usage est de plus en plus restreint. La Suède a encore le droit de fabriquer et de vendre le snus sur le marché suédois. A l’exception de la Suède, on ne peut en trouver dans le reste de l’Union européenne où il est interdit depuis 1992.

L’alcool est un autre domaine pour lequel la Suède est traitée de manière particulière. Lors de son entrée dans l'UE en 1995, la Suède avait pu conserver son monopole contre la promesse d'un traitement égalitaire de tous les fournisseurs d'alcool. Le cas suédois n'a rien d'anecdotique : les ventes de boissons alcooliques sont soumises à des restrictions dans la plupart des pays de l'UE, par le biais de monopoles de vente au détail ou le plus souvent par un système de licences et la limitation des lieux où l'alcool peut être vendu. Avec l’Europe, l’alcool devient l’objet de normes, de taxes, de commerce intra-communautaire et de politiques sanitaires à grande échelle.

L’euro
La Suède n'a pas négocié officiellement d'option de retrait (ou opting-out), exception au droit de l'Union européenne normalement applicable dans tous les états, sur l'adoption de l'euro. Cependant, à la suite d'un référendum tenu en 2003, le pays a choisi de ne pas rejoindre la zone euro. La Commission européenne et la Banque centrale européenne ont déclaré qu'ils accepteraient, pour le moment, cette option de retrait de facto. Le gouvernement suédois a toujours affirmé que le pays n'adopterait pas l'euro tant qu'un référendum n'irait pas dans ce sens. Or, le Brexit a rendu l’appartenance à l’UE d’un pays non-membre de la zone euro comme la Suède plus difficile et plus solitaire encore.

 

Je t’aime, moi non plus

La Suède a une relation ambivalente avec l’Europe. Depuis son entrée dans l’UE, elle a entrepris de grandes réformes dont l’ouverture à la concurrence et la déréglementation de certains secteurs. L’ouverture économique dont le pays a bénéficié lui a permis de relancer son économie et de la sortir de la crise de 1990. C’est en outre l'un des rares pays de l'Union européenne à ne pas avoir subi de plein fouet la crise mondiale de 2008. Depuis son entrée dans l’UE, les échanges commerciaux avec les autres pays membres ont progressé, parfois doublé comme avec la France. La Suède fait état d'une économie très ouverte, avec un taux d'ouverture s'élevant à 90%. Tout cela devrait donner à la Suède de bonnes raisons de considérer son adhésion comme un succès sans ombre.

Une méfiance latente
Parallèlement, la Suède est consciente d’être performante en termes d’économie, d’éducation, d’environnement, d’égalité des sexes ou de service public. Elle considère que son modèle de gestion étatique est supérieur à celui des autres pays européens et souhaite le préserver. C’est pourquoi elle cultive une méfiance envers l’UE et les pays membres, particulièrement les pays du sud, ce qui a freiné son adhésion à l’UE. Le refus d’adopter la monnaie européenne reflète ce sentiment de crainte.

Dans un sondage réalisé en avril 2016 pour la télévision suédoise SVT, on pouvait voir que l’adhésion des Suédois envers l’Union Européenne est mitigée. Quand 59% estimaient que l’adhésion à l’UE était une bonne chose en 2015, seulement 39% pensaient ainsi en 2016. De même, seulement 31% des interrogé-e-s pensent que la Suède a bénéficié de son adhésion à l’UE alors que 58% exprimaient le même avis à l’automne.

Quand l'euroscepticisme s'en mêle
De plus, lorsque la question a été posée de savoir si l’UE se dirigeait dans la bonne direction dans le contexte actuel, seulement 8% des sondé-e-s estimaient que cela était le cas. Les principales problématiques européennes qui concernent les personnes interrogées sont celles du terrorisme et de l’immigration, loin devant la situation économique.

Ces questions sont celles qui mobilisent les partis européens eurosceptiques comme le parti Sverigedemokraterna, l’extrême-droite suédoise. Aussi, il n’est pas surprenant de voir que ce dernier serait le premier parti de Suède selon un sondage réalisé au début de l’année 2017 par Yougov. Si une élection législative était organisée aujourd’hui, le parti récolterait 23.9% des voix, soit près de 2% de plus que le parti majoritaire en ce moment, le parti Social Démocrate. Ce parti prône la mise en place d’un référendum sur un possible Swexit, une sortie de l’UE de la Suède qui n'est pas plébiscitée par l'opinion publique, inspirée par la décision du Royaume-Uni. La prochaine élection générale en Suède aura lieu en septembre 2018 et pourrait résulter en une victoire de l’euroscepticisme.

L’appartenance à la grande famille européenne chez les Suédois est donc très mesurée, pragmatique et surtout sans affect. Au fond d’eux-mêmes, les Suédois peinent à s’identifier comme Européens et il se peut que, dans le contexte actuel, l'Europe perde encore un membre de sa famille. 

 

Sarah Chabane et Anne Donguy (lepetitjournal.com/stockholm) 9 mai 2017

Photo: Hans Olof Utsi

 

 
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