Stockholm

POLITIQUE - Rencontres : Les Français de l’étranger engagés en politique française

 À moins d’une semaine du premier tour de l’élection présidentielle et deux mois des élections législatives, lepetitjournal.com/Stockholm a rencontré des militants vivant à Stockholm, engagés dans la politique française. Insoumis, socialiste, membre d’En Marche ou du Front National, tous pensent que ce prochain scrutin marquera un tournant important pour la France et son rayonnement à l’étranger. Comment s’engager lorsqu’on est à l’étranger et quelle-s forme-s donner à cet engagement ? Voici leurs réponses.

Un militantisme marqué par l’expatriation
Leur engagement ou leur intérêt pour la politique a majoritairement précédé leur expatriation. Mais cette caractéristique a un impact sur leur militantisme.
Elle les amène souvent à endosser de plus grandes responsabilités, notamment lorsqu’il s’agit de nouveau mouvement ou parti. C’est ce qu’explique Yann Le Merle, vivant en Suède depuis dix-huit ans et qui milite pour le mouvement d’Emmanuel Macron, En Marche : « quand j’ai commencé, j’étais seul en Suède du coup, ils m’ont mis responsable par défaut » et ce, malgré son absence d’expérience de la politique.
Le militant à l’étranger est un relais: il fait le lien entre le système politique français et la communauté française sur place. Dans un contexte où l’abstention est très importante, les membres des différents comités doivent souvent expliquer comment se déroule le vote à l’étranger ou bien comment réaliser une procuration.
« Avant tout, l’objectif c’est que les gens aillent voter selon leurs convictions », met en avant Adrien Sthoer, un doctorant de 28 ans qui milite pour le Parti Socialiste à Stockholm. Ces militants sont également contactés pour remplir la fonction d’assesseur lors des élections. L’assesseur est une personne présente dans le bureau de vote le jour du scrutin. Elle est chargée de vérifier le bon déroulement du vote et son dépouillement.

L’engagement à l’étranger, un engagement avant tout 2.0
A l’heure où l’information se propage rapidement sur internet et notamment via les réseaux sociaux, ces derniers sont devenus des cibles principales pour communiquer et tenter de rassembler le plus de personnes autour d’un même candidat.
Les différents militants rencontrés ont souligné la nécessité d’utiliser les nouvelles technologies pour diffuser les informations et échanger. En France, les différents partis ont souvent des locaux où les militants peuvent se réunir, ou alors ces derniers peuvent coller des affiches dans des lieux stratégiques. Mais dans une ville où la communauté française représente une petite minorité, les réseaux sociaux ont remplacé les murs.
La bataille pour les urnes se déroule avant tout sur Facebook qui est devenu une plateforme où les opinions s’exposent. Par exemple, il existe un groupe Facebook des soutiens de Benoit Hamon à Stockholm et une page pour la section du Front National suédoise des Français de l’étranger. Ces différents outils permettent de partager des contenus militants : là des vidéos présentant le programme des différents candidat-e-s, ici des live chats entre militants et candidat comme c’est le cas pour Benoît Hamon. Certains candidats tels que Jean Luc Mélenchon ont véritablement axé leur campagne sur cet aspect numérique allant même jusqu’à proposer des meetings via des hologrammes ou un jeu vidéo. Pour Félix, 23 ans qui milite pour la France Insoumise, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, se concentrer sur les nouvelles technologies est vraiment un avantage pour les expatriés, car cela permet de suivre la campagne comme si l’on était en France. Mais est-ce suffisant ? Si les différents militants rencontrés ont décidé de créer des groupes de soutien réunissant des personnes ayant les mêmes sensibilité ou point de vue c’est car échanger en personne reste tout de même important. Cela permet de « se sentir moins seul et d’évoquer accords et désaccords», estime Félix. C’est pourquoi ces différentes communications numériques s’accompagnent de débats ou réunions entre sympathisants. Dans le cas de la section du Parti Socialiste cette dernière organise des fika-débats ouverts à tou-te-s qui permettent d’échanger sur les propositions. Les militants ou adhérents d’En Marche et du Front National se retrouvent eux de temps en temps pour échanger sur leurs idées. A cela s’ajoute des actions traditionnelles propres au militantisme politique telles que le fait de distribuer des programmes à la communauté française.

Le rayonnement contrarié de la politique française en Suède
De quel oeil les Suédois de leur entourage voient-ils la politique française ? Pour le parti socialiste, c’est plutôt d'un bon oeil car la députée des Français d’Europe du Nord, Axelle Lemaire et son suppléant Christophe Premat, sont socialistes, ce qui confère au PS une légitimité vis-à-vis de leurs homologues suédois du parti social-démocrate (PSD), souligne Adrien. Pour des partis dont l’implantation en Suède est plus récente cela reste plus compliqué, même si les Suédois s’intéressent à la politique française. Notamment à l’ascension du mouvement d’Emmanuel Macron, comme l’explique Yann. Des Suédois francophiles, qu’ils soient membres du PSD ou du parti conservateur (Moderaterna), ont rejoint le comité qui compte pour l’instant une vingtaine de membres. Les Suédois connaissent avant tout les “grands” candidats, précise Félix. Jean Luc Mélenchon reste très peu connu en Suède, si ce n’est à travers son hologramme, et ce sont surtout les affaires de corruption et la montée du Front National qui intéressent. Quant à la section du Front National, elle n’est pas proche de Sverigedemokraterna, l’extrême droite suédoise. Selon Michel Valgelata, responsable de la section locale du Front National, cela s’explique à la fois par le fait que le parti suédois a refusé une alliance avec le FN au parlement européen mais aussi car contrairement au FN, Sverigdemokraterna ne tente pas de faire le ménage parmi ses membres comme le fait le Front National, ce qui peut mener à des divergences idéologiques. Pour certains Suédois, Marine Le Pen est vue comme « le grand méchant loup » pour d’autre comme « la possibilité d’enfin faire bouger les choses ». Pour lui, le FN reste un « parti incompris » en Suède.

Pour les militants rencontrés, cette campagne présidentielle a abîmé l’image de la politique française, elle a pourri le climat, et leur a même parfois fait honte. “On veut une France qui rayonne et pas une France salie par les affaires de corruption”, tempête Adrien. Ces Français de l’étranger se voient comme des ambassadeurs de la France hors de ses frontières, et, s’ils affichent des opinions majoritairement divergentes, ils espèrent tous que le résultat des élections à venir permettra à la politique française de rayonner de nouveau.

Sarah Chabane lepetitjournal.com/Stockholm 18 avril 2017 

Photos: Wikimedia commons

 

 

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