Réalisateur de Potiche, Swimming pool ou Huit femmes, François Ozon a remporté le coquillage d´or au dernier festival de Saint-Sébastien pour Dans la maison. Son film représente à nouveau, après El artista y la modelo de Fernando Trueba, un parfait exemple de collaboration cinématographique franco-espagnole. Inspiré de la pièce théâtrale de l´écrivain madrilène Juan Mayorga, El chico de la última fila ("Le garçon du dernier rang"), le film d´Ozon a tout pour devenir un grand succès

François Ozon a présenté son film avec Juan Mayorga et le jeune protagoniste du film, Ernst Umhauer (qu´on a vu dans le film Le moine, 2010 de Dominic Möll). Le réalisateur français a déclaré que ce qui lui a plu dans la pièce de Juan Mayorga c´est la relation professeur-élève car il vient, lui-même, d´une famille d´enseignants (sa mère était professeur de français et son père de biologie). L´histoire a le mérite, d´après Ozon, de mettre le spectateur au sein d´un processus de création et de présenter des questions que se posent constamment les créateurs, qu´ils soient écrivains, cinéastes ou autres… Tout cela apparaît dans un cadre très ludique et très joyeux, dans lequel il a déclaré se reconnaître. Ozon a dit que l´assemblage entre lui et Mayorga a été parfait. D´ailleurs, depuis qu´il a découvert la pièce à Paris, il a lutté pour récupérer les droits qui avaient, au début, été achetés par un réalisateur espagnol mais sans aboutir finalement. A ce sujet, Ozon, a plaisanté en affirmant qu´ heureusement "ce n´était pas Almodovar qui avait acheté les droits car, sinon, il n´y aurait rien eu à faire". Sur le résultat du film, le réalisateur a déclaré avec humour que "depuis, Juan me parle toujours. Il n´est pas très mécontent !"

(Photo lepetitjournal.com)

Juan Mayorga, de son côté, a indiqué que quand il a reçu l´appel de François Ozon, il s´est senti honoré car il le considère comme une des personnalités les plus importantes du cinéma européen. D´après l´écrivain, Ozon s´est approprié l´œuvre car il a su la traduire au français et à la culture française, au langage cinématographique et à son univers personnel. Par exemple, il a su jouer merveilleusement avec "la pulsion voyeuriste du spectateur". Mayorga a affirmé qu´Ozon a apporté quelque chose de nouveau, en respectant ce qui est fondamental, c´est-à-dire, la rencontre entre deux êtres étranges, le professeur et l´élève. Le film conserve l´idée du besoin de raconter des histoires et de vivre les histoires des autres. Il parle de la France mais aussi du reste du monde. Quand Ozon a découvert la pièce, il a eu l´idée de faire le film en Angleterre, dans un lycée anglais privé avec des élèves en uniforme, ce qui est, actuellement, en France, comme il a dit lui-même, "très exotique". Finalement, à cause de la facilité de la langue, il a préféré tourner en France, en situant l´action dans un lycée pilote qui décide de mettre l´uniforme comme test. Il y a, tant dans la pièce comme dans le film, deux grands espaces universels de rencontre et de conflit: la famille et l´école (Mayorga est aussi professeur de mathématiques dans une école d´un quartier madrilène).

François Ozon a eu, lui aussi, l´impression de s´être approprié l´œuvre. Il a toujours essayé d´en garder l´esprit: "L´important est la manière de raconter, plus que ce qu´on raconte". D´ailleurs, il s´est amusé qu´en France, la critique ait dit que c´était son film le plus personnel. Ozon a expliqué que c´est l´histoire d´un écrivain raté. Mais, il a tenu à dire qu´ il n´y a pas d´aigreur de la part de Germain car sa vocation est d´être professeur. Le plus important c´est le couple qui se forme à la fin du film. Selon Ozon, "Le professeur et Claude, l´élève, ont besoin d´être ensemble pour continuer à vivre. Le talent et la lucidité doivent être ensemble".

Pour finir cette rencontre, François Ozon a affirmé que la force et la richesse du cinéma français se trouve dans sa diversification: "nous avons des comédies, des drames, du cinéma d´auteur…". Il a, aussi, déclaré que le système cinématographique français est très intelligent car tout l´argent qui est obtenu des entrées des films est automatiquement réinvesti dans d´autres films. Ainsi, le succès d´un film commercial permet de tourner non seulement des films à gros budget mais aussi des œuvres plus minoritaires, ce qui favorise le cinéma d´auteur.
Carmen PINEDA (www.lepetitjournal.com - Espagne) Vendredi 16 novembre 2012
Collaboratrice comme critique de cinéma dans plusieurs magazines : "Estrenos", "Interfilms" et "Cinerama". Envoyée spéciale à des festivals de cinéma en France pour les journaux "Diario 16" et "El Mundo". Jury du Prix du CEC (Círculo de Escritores Cinematográficos) au Festival international de Cinéma de Madrid (1997). Actuellement membre du CEC et critique dans cinecritic.biz et lepetitjournal.com

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