C’est une boutique pas comme les autres, une institution vieille de presque un siècle : la loterie Nimet Abla. Dans le quartier d’Eminönü, elle attire les clients de tout le pays et d’ailleurs. L’échoppe est un point de passage obligé pour ceux qui rêvent de devenir millionnaires grâce à un ticket du loto. Signe particulier: les billets de Nimet Abla ont la réputation de porter bonheur…

Crédit photo AA

La boutique est petite, tellement petite qu’elle n’a pas de porte. On se faufile sous le comptoir par une ouverture sous la caisse, plié en deux ou à quatre pattes. Trois vendeurs d’un côté, trois de l’autre. L’effectif passe à neuf à l’approche du super loto, la veille du Nouvel An.

Hasan, quinze ans de maison, charrie gentiment un collègue un peu plus bedonnant. “Il est au régime depuis deux mois ! Il faut qu’il puisse se caser derrière la machine dans le coin là-bas,” plaisante-t-il à moitié.

La veille du 1er de l’An, debout toute la journée, les vendeurs n’avalent presque rien. Pas le temps : des centaines de clients jouent des coudes au guichet, excités par l’espoir d’empocher 45 millions de livres, un peu plus de 19 millions d’euros.

La bonne fortune de Nimet Abla, c’est sa réputation. On raconte qu’un ticket de loto sur dix en Turquie est vendu juste ici, derrière cette devanture jaune décorée de grosses lettres rouges. Le succès de la maison est tel qu’on peut acheter ses tickets en ligne, sur nimetabla.com. Une innovation que n’aurait pas reniée Melek Nimet Özden, si elle était encore de ce monde.

La légende de grande sœur Nimet
Nimet Abla ou “grande sœur Nimet”, comme on l’appelle affectueusement, était une femme d’affaires avisée, l’une des pionnières de la jeune République. En 1928, elle vend ses premiers tickets pour le compte de la loterie nationale. Trois ans plus tard, l’un de ses clients touche le gros lot. Nimet Abla s’arrange, comme elle le fera toujours, pour en faire la publicité dans les quotidiens de l’époque. Bingo, la légende de Nimet la porte-bonheur est née.

Désormais, ses fils et petits-enfants ont repris le flambeau. Ils gèrent trois boutiques à Istanbul, tapissées de photos en noir et blanc, dont celle d’Eminönü ouverte en 1938. La caisse est encore en bois, d’anciens billets complètent la décoration.

Crédit photo AA

Tout le monde, y compris Hasan le vendeur, rêve d’empocher le super jackpot. Hasan assure que ces quatre dernières années, trois tickets gagnants sont sortis de ce guichet. Et pourtant… “Je joue beaucoup, tous les jours, mais je n’ai jamais rien gagné !” se lamente-t-il. “Ça doit être un message de Nimet Abla : tu gagneras ton pain en travaillant et en distribuant la chance aux autres !”

Se laisser tenter ou pas
Hasan n’a pas la main chanceuse mais qui sait, peut-être qu’Ömer, un fidèle de Nimet Abla, deviendra un jour millionnaire. “Je joue tous les soirs, sans faute, qu’il pleuve ou qu’il neige, et depuis plus de trente ans. C’est un guichet porte-bonheur, vraiment !” assure ce retraité qui ne roule pas sur l’or.

En revanche, la roue de la fortune ne risque pas de choisir Abdurrahman, le marchand de glaces d’à côté. “Je ne crois qu’à une seule chance, celle qui est donnée par Allah. C’est lui seul qui décide”, soutient-il avant de reconnaître, beau joueur : “On ne peut pas nier que les commerces autour en profitent les jours de gros tirages, quand il y a la queue dehors…”

N’en déplaise à Abdurrahman, Nimet Abla a laissé le souvenir d’une femme pieuse, qui a fait plus d’une fois le pèlerinage à la Mecque et a offert à Istanbul une mosquée à son nom. Tous les ans, sa fondation finance les bourses de 200 élèves du pays.

Le ministère des Affaires religieuses, la Diyanet, rappelle aux croyants turcs que le jeu d’argent est un péché dans l’Islam. Mais les ventes de tickets de loto, chez Nimet Abla et ailleurs, ont rapporté au monopole de la loterie nationale près de 850 millions d’euros en 2011, en hausse de 14% par rapport à 2010. Une cagnotte sur laquelle l’Etat turc n’a pas l’intention de faire une croix…

Découvrez, en son et en images, l'ambiance dans la boutique de Nimet Abla:

Anne Andlauer (http://www.lepetitjournal.com/istanbul.html) mercredi 14 novembre 2012

Les guichets de Nimet Abla :

Merkez : Eminönü Arpacılar Caddesi No:13 İSTANBUL

+90 (212) 522 20 82

+90 (212) 522 57 88

Bakırköy Şubesi: İstanbul Caddesi No:5 İSTANBUL

+90 (212) 570 11 31

+90 (212) 571 69 93

Sirkeci Şubesi: Ankara Caddesi No:2 İSTANBUL

+90 (212) 513 55 69

A la une

ROLAND GARROS – Nadal, Serena et les autres

Roland Garros commence dimanche et semble promis aux grands favoris Rafael Nadal chez les hommes et Serena Williams chez les dames. Une armée de prétendants, parmi lesquels les Français, espère néanmoins bousculer l’ordre établi Lire la suite
France/Monde
Expat

TOURISME – Mauvaise pub pour la France

Les images des violents incidents au Trocadéro pour le titre de champion du PSG de la semaine dernière ont fait le tour du monde. Il y a deux mois la Chine avait fait part de son "inquiétude" après de récents vols et agressions ciblant des touristes chinois en France. Hier, un magnat chinois du cinéma présent à Cannes critiquait "l'arrogance" et l'insécurité qui régneraient en France. De quoi mettre en danger le secteur touristique ? Lire la suite
Expat - Politique

SÉCURITÉ – 20 millions pour les représentations diplomatiques françaises

Le Quai d’Orsay souhaite renforcer la sécurité des représentations françaises à l’étranger, le récent attentat contre notre ambassade en Libye ayant révélé des failles dans ce domaine. Parallèlement, la Cour des Comptes dresse un sévère bilan de l’évolution du réseau diplomatique français. Laurent Fabius prévoit de l’adapter d’ici 2015 Lire la suite
Expat - Emploi

ITALIE – Moins de perspectives pour les expatriés français

De grandes enseignes françaises comme Darty et la Fnac se sont retirées du marché italien. Le paysage de la présence des entreprises françaises en Italie change. Et dans les grands groupes, les expatriés sembleraient être l’une des premières cibles lorsqu’il s’agit de réduire le nombre de cadres. L’éloignement géographique rendrait la séparation du collaborateur plus facile tant sur un plan politique, médiatique qu’affectif. La rédaction de Milan s’est intéressée aux conséquences du retrait de filiales françaises sur les cadres expatriés en Italie. Lire la suite

ÉLITES FRANÇAISES – Ce qu'on en pense à l'étranger

Le Financial Times s'en prend aux élites françaises, les déclarant incapables de réussir au-delà du centre de Paris. L’auteur britannique Peter Gumbel, ex-professeur à Sciences Po, décrit dans le Guardian une élite dirigeante ressemblant à celle de l’Ancien régime, accrochée à ses privilèges. Pourtant la French touch peut faire merveille à l’étranger. Paradoxe ? Lire la suite