Vous qui voyez tant d’escales et tant d’aéroports, si, comme Henri Salvador, votre cœur vous murmure qu’il y a tant de rêves à vivre encore, partez dans le Nordeste à la découverte des vieux quartiers de São Luis do Maranhão et du magnifique parc national des Lençois Maranhenses, heureusement préservé du tourisme de masse.

À environ 5 heures d’avion de São Paulo, tout au nord du Brésil, la ville de São Luis, située sur l’île du même nom est connue comme la capitale du reggae et du "bumbá-meu-boi". Elle est aussi la seule capitale d’Etat du Brésil à ne pas avoir été fondée par des Portugais et dont le nom soit d’origine française, en référence au roi Saint-Louis. C’est en 1612 que deux lieutenants du roi de France viennent établir une colonie dans le cadre de la création d’une "France équinoxiale" au Brésil, mais les Français devront laisser la place aux Portugais qui, un temps chassés par les Hollandais, organiseront la ville selon un quadrillage rectangulaire aujourd’hui largement conservé.

En plus des édifices historiques comme le Palais des lions de style néoclassique, les maisons aux toits de tuiles rouges présentent des façades revêtues d’azulejos venus du Portugal, de balcons en fer forgé ainsi que de vérandas en bois qui permettent de mieux supporter l’humidité du climat tropical. Le Museu Histórico e Artistico do Maranhão situé rua do Sol, est un bel exemple de ces superbes manoirs construits par une classe moyenne enrichie grâce à l’exportation du coton.

Au détour des ruelles et des placettes
Pensez bien à vous équiper de protection solaire et de bouteilles d’eau pour arpenter les ruelles en pente raide de São Luis, qui,comme figée dans le temps, rappelle les vieux quartiers de Lisbonne. Le bon état de conservation de l’ensemble lui vaut d'ailleurs d’être classée au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. En traversant le pittoresque marché local Mercado das Tuhlas la tiquirá (alcool de manioc), les paniers de crevettes séchées, le guarana Jesus (soda au goût de cannelle) et les confitures de buriti, de cupuaçu ou d’açai seront à portée de main. Ne pas manquer la Casa do Nhózinho, rua Portugal, qui met en valeur le savoir-faire des habitants de la région et rend hommage à Nhózinho, artiste handicapé auteur de jouets qui passioneront les enfants.

Pour les amateurs de traditions locales, la casa do Maranhão, rua do Trapiche, est consacrée au bumbá-meu-boi, depuis le baptême du bœuf (boi) jusqu’à  la mort de l’animal, en passant par la grande fête populaire et colorée qui met en scène les personnages de l’histoire : le bœuf, le riche propriétaire terrien, les esclaves, les Indiens, etc.

Hissez la voile et larguez les amarres
En partant de São Luis, du terminal de Praia Grande, si "Dieu le veut", toujours droit devant, vous irez jusqu’à Alcãntara, située sur le continent. Les habitants sont d’ailleurs très fiers qu’un bateau parte tous les jours vers cette ville fantôme, témoin de l’âge d’or du coton et qui s’est pratiquement vidée de ses habitants après l’abolition de l’esclavage en 1888. Côté pile, ses maisons ont gardé tout leur cachet colonial (voir la maison du baron de São Bento sur la praça da Matriz). Côté face, elles font resurgir les démons de l’esclavage (voir le pilori où on attachait les esclaves exposés au public). De quoi réfléchir sur la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel qui nous explique "qu’une fois maître, l'individu devient passif/inactif. C'est son esclave qui travaille, qui s'accomplit. Ainsi le maître devient dépendant du travail de son esclave, il devient l'esclave de son esclave, car c'est en travaillant qu'on atteint la liberté"…

En 4x4 sur les pistes ensablées

De São Luis, reste à faire 260 km de bonne route asphaltée, bordée de végétation abondante de palmiers (buriti, açai, babaçu et carnaúba), jusqu’à Barreirinhas, petite ville tranquille au pied des Lençois (draps en portugais). Impossible de s'aventurer seul dans ce parc national, divisé en petits Lençois et grands Lençois.

Pour visiter ces derniers un bon guide est indispensable, il vous fera prendre un pittoresque bac et traverser le rio Preguiças avant d’emprunter en 4x4 une piste ensablée bordée d’anacardiers (arbres à noix de cajou). Après avoir grimpé une dune, la récompense ne se fera pas attendre à qui laissera son regard se perdre au loin face à des dunes de sable blanc remplies de lagunes vert émeraude.  Lâchez la main de vos enfants qui sauteront à pieds joints dans l’eau fraîche (après les avoir bien enduits de crème solaire haute protection) et fabriqueront des pyramides de sable à défaut de châteaux. Sachez qu’il faut au minimum 2 jours pour appréhender le site, mais qu'il est aussi possible de marcher plusieurs jours accompagné d’un guide. Les dunes s’étendent sur 100 km de long et 50 km de large et la meilleure saison pour les parcourir est de juin à septembre quand les lagunes sont pleines d’eau.

Pause détente sous la paillote à beira rio
La visite des petits Lençois commence par une traversée en lancha (petit bateau) jusqu’à l’embouchure du Rio Preguiças. Vous vous arrêterez à Vassouras dans une charmante paillote au bord de l’eau. Ici on a ouvert la cage aux oiseaux et les singes viennent en famille se faire prendre en photo. On y trouve même un coati apprivoisé qui enchantera les petits baroudeurs des sables. L’étape suivante permet de grimper les 160 marches du phare de Mandacaru qui offre une vue imprenable sur la mer, les Lençois, le fleuve et le sable de la plage de Caburé au loin. Sur cette plage encore déserte où votre drap de bain s’envolera peut-être vous songerez sans regret à nos grandes stations balnéaires bondées au mois d’août.

Chapeaux de paille et poisson grillé
Ici les conditions de vie sont difficiles et la pauvreté au coin de la rue. Pendant que les hommes partent à la pêche, les femmes fabriquent de leurs mains expertes de jolis objets en paille de buriti. La cuisine est authentique comme on peut le découvrir en goûtant les jus de graviola  et de cupuaçu ou la crème de bacuri aux saveurs surprenantes. Les crevettes et poissons grillés sont accompagnés d’arroz-de-cuxá, un riz préparé avec du sésame, des crevettes séchées et une sorte d’oseille, ou aussi des frites de manioc.

Pascale FLORANT (www.lepetitjournal.com - Brésil) Rediffusion

Sites Internet :
www.turismo.ma.gov.br et www.lencoismaranhenses.com.br

Bonnes adresses à São Luis :
Pour se loger : Grand Hôtel São Luis ou Portas de Amazonia dans la vieille ville. Pestana et Luzeiros dans la ville nouvelle.
Pour se restaurer : Senac, Antigamente, A Varanda dans la vieille ville. Cabaña do Sol dans la ville nouvelle.

Bonne adresse à Alcãntara :
Pousada et Restaurante Bela Vista


Bonnes adresses à Barreirinhas :
Pour se loger : Pousada do Rio, Encantes do Nordeste ou Pousada Porto Buriti à Caburé
Pour se restaurer : Marina Tropical et Buriti

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