Si vous flânez du côté de l’Avenue da Liberdade, venant du Rossio ou de Restauradores et en remontant vers Marquês Pombal, faites un petit détour par cette place au nom si joyeux pour y découvrir des exemplaires d’arbres plus ou moins exotiques et de proportions démesurées. Fans de botanique, nous vous proposons une visite de ce jardin

(Photos : M.J. Sobral)

En hommage à Alfredo Keil
Ce petit jardin, pas plus grand qu’un mouchoir de poche (0,3 ha), fut crée en 1882 et rend hommage à Alfredo Keil (1850-1907), poète, peintre et musicien, compositeur de l’hymne national – A Portuguesa--  dont nous trouverons le buste sculpté contre la haie de buis (Buxus sempervirens).

De 1809 à 1835, cet endroit voyait se dérouler une fois par semaine la foire aux puces (Feira da Ladra) avant que celle-ci ne soit transférée vers le Campo de Santa-Clara où elle a lieu encore de nos jours.

Le jardin et sa botanique
En ce qui concerne la botanique, ce petit jardin recense six arbres classés d’intérêt spécial, un statut de protection et une reconnaissance officielle de leur importance.
D’abord, en arrivant dans le jardin, nous remarquons l’ombre épaisse que fournit un gros tilleul (Tilia sp.) sur la gauche. Il est vrai qu’en hiver, ayant ses feuilles caduques, on pourra passer sans trop le remarquer. Cet arbre sacré, protecteur des guerriers pour les peuples germaniques, dont le genre comprend pas moins de 30 espèces, est très commun dans les forêts des zones tempérées de l’hémisphère Nord. Aussi bien son bois clair que ses fleurs parfumées sont appréciés depuis toujours.

Côté droit, une Erythrine (Erythrina cistagalli), une légumineuse de la famille des Fabacées, qui provient d’Amérique du Sud et fleur nationale de l’Argentine, gagne à être vu quand ses fleurs "à la crête de coq" s’épanouissent d’avril jusqu’en octobre. Son nom vient du grec erythros, rouge, pour la couleur de ses fleurs et de ses graines.

Une petite lignée de Micocouliers
Si nous avançons davantage vers le bassin central, nous avons sur notre gauche une petite lignée de Micocouliers (Celtis australis), peut-être l’arbre le plus planté à Lisbonne, un habitué de la région méditerranéenne, qui a été longtemps exploité pour son bois de qualité, clair et résistant, qui servait entre autres à fabriquer les fameuses fourches à trois doigts, pour sa végétation, fourrage apprécié par les animaux d’élevage et pour son ombre généreuse, bien qu’il soit de feuille caduque. On le reconnaît facilement à son tronc lisse et gris "à la peau d’éléphant". Sa croissance relativement lente s’accorde avec le fait qu’il peut vivre facilement plus de 200 ans. Ses fruits, semblables à de petites guignes, sont comestibles et très appréciés par la gent volatile, en septembre, quand ils sont bien rouges au milieu d’une végétation encore verte. En hiver, ces mêmes fruits, séchés, resteront accrochés aux brindilles de l’arbre pendant longtemps.

Les géants de la Place de Alegria
Passons maintenant aux véritables géants de cet espace vert avec les deux Sidéroxylons (Metrosiderus excelsa) de dimension impressionnante, que l’on trouve en remontant côté gauche toujours, avec leurs racines aériennes de couleur rougeâtre qui pendent aux branches et qui nous aident à reconnaître cet arbre en provenance de Nouvelle-Zélande, où les Maori l’appelle "pohutukawa", qui signifie littéralement "éclaboussé par la mer" , référence à sa bonne adaptation en zone côtière, à l’air marin et au vent du littoral. D’ailleurs, on le plante de plus en plus au Portugal en bord de mer. Il est aussi connu comme "arbre de Noel", à cause de sa floraison aux  pompons  rouges, semblable à celle du Rince-bouteille(Callistémone), qui apparaît à la fin de l’année dans l’hémisphère Sud. Au Portugal, par contre, les fleurs s’épanouissent en juin.

Arbres en provenance d´Amérique latine
Dans la parcelle délimitée par le buis, nous remarquerons un Avocatier (Persea americana) très élancé, au feuillage persistent et brillant comme tous les Lauracées, tout comme à côté de lui le Magnolia (Magnolia grandiflora), deux arbres originaires d’Amérique du Nord et amenés pour le premier en Europe par les Espagnols qui le découvrirent au Mexique et pour l’autre par le botaniste français Pierre Magnol (1638-1715) qui parcourut le sud des Etats-Unis actuels.

Pour finir la visite en beauté, il suffit de contempler l’énorme Kapokier (Chorisia speciosa) de 200 ans d’âge, 25 mètres de haut, couvert d’épines, le tronc bombé et exceptionnel par sa floraison en automne, preuve de sa provenance d’Amérique latine, qui est un témoignage vivant du climat favorable de Lisbonne au développement de telles espèces tropicales.

André Laurins (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) reprise, vendredi 25 novembre 2011
Technicien agronome (maria.friesen@sapo.pt)

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